Après quarante ans de créations artistiques et de présence sur la scène littéraire, Monique Dorsel, la directrice et l’âme du Théâtre-Poème a décidé de passer la main. C’est désormais Dolorès Oscari qui reprend, dès cette saison, le flambeau qui ne semble pas prêt de s’éteindre puisque d’importants travaux de rénovation sont prévus afin de remettre le bateau à flots et de poursuivre l’aventure lancée dès 1968.
Depuis les débuts en 1968, le Théâtre-Poème aura traversé toutes les modes et réussi à s’adapter aux tendances littéraires les plus diverses. Des premières rencontres lors d’un colloque autour de Roland Barthes jusqu’à la représentation d’Oh les beaux jours de Samuel Beckett en mai dernier mis en scène par Charles Gonzalès, Monique Dorsel a sans cesse privilégié la voix et le texte qu’il soit littéraire, philosophique ou dramatique.
Entourée d’amis fidèles comme Yves Bical ou Fabienne Crommelynck, l’actrice Monique Dorsel a toujours cherché à innover. Pour preuve, la formule des repas-spectacles qui a très vite enthousiasmé le public ou encore les débats autour de la psychanalyse qui ont permis au Théâtre-Poème d’élargir son horizon littéraire.
Si l’oralité constitue une composante majeure de la passion qui a animé le lieu, la création, dès le début, du Mensuel littéraire et poétique a permis de laisser une trace de cette aventure. Et quelle trace ! En 365 numéros, ce bulletin des amis du Théâtre, tiré à près de 13000 exemplaires, n’aura jamais démérité. Programmes détaillés, critiques de livres, renseignements biographiques, entretiens, ce petit journal littéraire, connu de tous les passionnés, a vu le jour grâce à Emile Lanc, mari de Monique Dorsel et artiste protéiforme qui a assuré la mise en page dès le début. Scénographe, sculpteur, metteur en scène, éditeur[1], cet « homme aux mille talents » comme le nommait Jacques De Decker, aura mis son énergie au service du théâtre.
Mais c’est sans doute à un espace de liberté et de résistance que l’on pense quand on évoque cette enseigne du Théâtre-Poème. Un lieu de connivence et de proximité, d’amitiés aussi, qui a su mêler dans un même dynamisme, art, création et réflexion.
On pourrait s’amuser à établir la liste de tous les grands noms de la littérature qui sont passés un jour ou l’autre dans cette petite salle de la rue d’Ecosse. Ce serait sans doute fastidieux. Signalons seulement qu’en inaugurant très tôt des séances d’entretiens littéraires, Monique Dorsel peut être fière d’avoir convié à sa table des auteurs comme Philippe Sollers, Julia Kristeva, Umberto Eco, Georges Perec ou Roland Barthes. Quelques noms parmi des milliers d’autres qui ont sans conteste fait de ce petit théâtre un grand lieu pour l’esprit et la pensée.
Rony Demaeseneer
[1] On lui doit également la création des éditions de l’Ambedui.
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°158 (2009)
