Jean-Luc Fonck, Histoires à délire debout

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Jean-Luc FONCK, His­toires à délire debout, Cast­er­man, 2003

fonck histoires a delire deboutJe m’at­tendais à pass­er un bon moment en ouvrant le recueil d’his­toires du chanteur de Sttel­l­la dont j’aime le trai­tement débridé qu’il impose à la langue pour en tir­er humour et poésie, d’au­tant plus que le livre était annon­cé comme rele­vant de la même veine, un pro­longe­ment en voix off pour lec­ture silen­cieuse. De fait, dès les pre­mières lignes, les jeux de mots se téle­scopent à un rythme accéléré (on doit en rater !) au risque, évidem­ment, de quelques répéti­tions mal­v­enues (un livre n’est pas une chan­son…). Le délire affiché en titre est bien présent aus­si : les tables de nuit ont le som­meil lourd à cause du nom­bre de som­nifères qu’on y dépose, les escaliers par­lent et cer­tains jeunes écoutent de la musique autour d’un chêne hi-fi quand d’autres n’ont Qu’une vieille pla­tane. Jusqu’i­ci, rien qu’un esprit jubi­la­toire et une déto­nante manière d’animer le monde. Très vite, cepen­dant, on s’aperçoit que cette vir­tu­osité pour le jeu de mots ne masque que dif­fi­cile­ment une absence de style sou­tenu et, si on accepte volon­tiers d’être en­traîné dans un monde loufoque, on ne suit toute­fois plus le mou­ve­ment quand ce jeu pour le jeu devient pure­ment gra­tu­it. Dans ces His­toires à délire debout, nous ne som­mes ni en terre sur­réal­iste ni en un pays des mer­veilles proche d’Al­ice mais dans un monde qui, au-delà de quelques bons gags, relève avant tout de l’in­co­hérence. Et je n’ai jamais aimé que l’on prenne le lecteur en otage d’une affir­ma­tion pour lui en assén­er une con­traire deux pages plus loin, même au pré­texte de faire un bon mot ; peu m’im­porte le sujet, aus­si far­felu soit-il, son écri­t­ure doit être cohérente. Pré­ten­dre ignor­er tout d’une per­son­ne que l’on revoit ou d’une ville dans laque­lle on a vécu est un peu facile en prévi­sion de rebondisse­ments inat­ten­dus !

Je m’en voudrais de ne pas dire que Jean-Luc Fon­ck fait preuve d’une belle inventi­vité (irre­spectueuse, par­fois, ce qui ne fait pas de tort) mais il n’ar­rive à l’ex­primer que sous forme de petits sketch­es, internes à ses his­toires, qui sont tous coulés au même moule. Celui qui s’aven­tur­era dans ce livre con­stat­era néan­moins que l’in­spi­ra­tion s’es­souffle à grande vitesse et que, quand le livre se ter­mine, on se dit qu’il était temps. Reste encore ceci : en toile de fond, il n’y a, ici, que mas­sacres, assas­si­nats ou acci­dents irre­spon­s­ables… On peut sans doute rire de tout mais l’hu­mour n’a pas tous les droits et il me sem­ble un peu léger de dépecer, pour rire, une jeune femme dont le seul tort était de vouloir avoir des amis. Du divertisse­ment à la bar­barie, il n’y a qu’un pas, allè­grement franchi.

Il faut ajouter que le livre est agré­men­té de pho­togra­phies (qui n’ont rien à voir avec le texte) asso­ciées à un jeu de mots. Pro­duit for­maté pour les fêtes (hélas passées) par le très médi­atisé Jean-Luc Fon­ck et ses amis ? Sans doute, mais, tant qu’à faire, l’édi­teur aurait pu créditer les illus­tra­tions ou lim­iter le nom­bre de coquilles. Drôle peut-être, mais déce­vant.

Jack Keguenne


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°131 (2004)