Roger Foulon, L’homme à la tête étoilée

Chronique d’un fou

Roger FOULONL’homme à la tête étoilée, Luce Wilquin, 1995

foulon l'homme a la tete etoileeL’homme à la tête étoilée de Roger Foulon relate la biogra­phie, en par­tie imag­i­naire, d’un person­nage réel. Roman tein­té de région­al­isme et de psy­cholo­gie, aux con­fins du thriller quant au sujet, mais traité avec la bon­homie d’une chronique. Libérât est un enfant du pays des collines. Ado­les­cent per­tur­bé, ma­ladif, puis engagé dans la ter­ri­ble guerre de 14–18 où, à la suite d’une blessure à la tête, il perd irrémé­di­a­ble­ment la rai­son et se prend doré­na­vant pour Dieu, excusez du peu. Entre l’id­iot du vil­lage, le vision­naire et le para­noïaque. Sa folie s’achèvera bruta­lement dans cette autre folie meur­trière que fut la sec­onde guerre mon­di­ale. Ni vic­time à part entière, ni pré­da­teur, Libérât est un per­son­nage qui ne manque pas de pathé­tique mais qui pêche peut-être par insuffi­sance de con­tours. Les mécan­ismes de son alié­na­tion restent obscurs et si ses erre­ments, certes, piquent la curiosité — font même par­fois sourire — ils ne suff­isent pas à for­mer une trame suff­isam­ment ser­rée et sig­ni­fica­tive pour camper une fig­ure capti­vante. Le trag­ique d’un tel des­tin, sou­vent pressen­ti, s’é­ti­ole en sur­face. Encore que le pou­voir d’évo­ca­tion aurait pu naître sous un regard pure­ment clin­ique : Libérât, psy­chopathe rêveur, aurait alors rejoint le rang des per­son­nages de roman noir. Or jamais l’an­goisse du bizarre n’alerte le lecteur. L’au­teur s’est-il inter­dit d’en tir­er davan­tage, de peur de trahir la mémoire d’un homme qui a réelle­ment vécu ? A glan­er molle­ment dans trop de reg­istres à la fois sans en adopter aucun, ce roman perd en acuité. On n’en oubliera pas pour autant quelques pages qua­si hal­lu­cinées sur la guerre des tranchées ou encore le réc­it aux relents amers d’un voy­age avorté vers un impos­si­ble roy­aume.

Dominique Cra­hay


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°90 (1995)