J’ai l’impression que ce que l’on retient des gens lorsque le temps a passé, c’est essentiellement une image et que cette image risque fort de ne guère correspondre à la réalité. Ne reconstruisons-nous pas les écrivains du passé selon nos besoins et nos envies? Ainsi donc, il m’est difficile de penser à ce que j’aimerais que l’on retienne de moi. Une bonne image? Une mauvaise image? Qu’importe.
Quant aux textes… J’ai quarante-deux ans. J’écris depuis longtemps de petites choses et je n’ai pas l’ambition de devenir un grand écrivain. D’ailleurs je n’en ai pas les moyens. J’écris comme d’autres font des aquarelles. Je ne suis pas sûr qu’elles résisteront au temps mais ce n’est pas cela qui m’intéresse. Mon plaisir est de les offrir aux gens que j’aime. À usage personnel, j’écris parce que c’est une façon qui me convient de mettre un peu de paix dans le désordre des jours. Ma morale, quand j’écris un roman, c’est d’essayer de sauver mes personnages, de leur ouvrir des portes. Si plus tard quelqu’un veut retenir quelque chose de moi, qu’il oublie mon nom et retienne quelques vers d’un de mes poèmes. Quelqu’un l’a dit avant moi : le plus bel hommage qu’on puisse faire à un écrivain, c’est de citer une phrase qu’il a écrite, un vers, en disant : “Je ne sais plus qui a dit ça mais c’est tellement juste”.
Francis Dannemark
Texte paru dans Le Carnet et les Instants n°100 (1997)
