Christian Hubin, Sans commencement

À la découverte de Christian Hubin

Chris­t­ian HUBIN, Sans com­mence­ment, Bib­lio­thèque munic­i­pale de Charleville-Méz­ières, coll. « Une sai­son en poésie », 2007

hubin sans commencementDepuis quelques années, la bib­lio­thèque munic­i­pale de Charleville-Méz­ières, située dans les Ardennes français­es et dirigée par Gérard Mar­tin, met à l’hon­neur un poète ou un écrivain rel­a­tive­ment con­tem­po­rain dont l’o­rig­ine géo­graphique coïn­cide avec une cer­taine prox­im­ité du lieu. Après Michel Far­doulis-Lagrange, André Dhô­tel et Armel Guerne, c’est l’œu­vre de Chris­t­ian Hubin qui a été mise en lumière au Musée Arthur Rim­baud du 7 sep­tem­bre au 14 octo­bre 2007. Bap­tisée «Sans com­mence­ment», l’ex­po­si­tion s’ac­com­pa­gne d’un cat­a­logue réal­isé par le très con­scien­cieux Philippe Blanc et paru dans la col­lec­tion «Une sai­son en poésie». Le nom de cette col­lec­tion, clin d’œil à l’œu­vre d’Arthur Rim­baud, évoque égale­ment la volon­té de faire paraître régulière­ment et à n’im­porte quelle sai­son un vol­ume détail­lé con­sacré à la poésie d’un auteur de renom­mée.

Illus­tré par une œuvre orig­i­nale de Gilles du Bouchet, ce cat­a­logue con­stitue à lui seul un ouvrage de référence majeur de par la richesse des infor­ma­tions qu’il con­tient. Tra­vail titanesque de col­lecte d’archives, il abor­de par dif­férents éclairages l’ex­i­gence d’écri­t­ure du poète ex-posé, sa grande poésie. Les deux pre­miers tiers du livre regor­gent de réflex­ions et d’analy­ses cri­tiques divers­es de haut vol (cer­taines parues précédem­ment en revues). Sig­nalons d’ailleurs à titre infor­matif que de grands spé­cial­istes de l’œu­vre hubini­enne séjour­nent en Bel­gique, tels que Pierre Rom­née, Fran­cis Éde­line, Éric Brog­ni­et ou André Miguel. Des textes inédits sor­tis de l’om­bre ou com­posés pour l’oc­ca­sion par ses pairs parsè­ment l’ou­vrage, attes­tant de l’in­flu­ence con­sid­érable de Chris­t­ian Hubin dans le monde poé­tique actuel. Par­mi eux, on peut épin­gler un court essai de Jacques Brault sur la poésie du poème, des textes dédi­cacés par Franc Ducros, Madeleine Gagnon, Jacques Garel­li ou Salah Stétié, une let­tre inédite de Julien Gracq (avec qui il a partagé une grande ami­tié) ou encore un bel hom­mage de Valère Nova­ri­na pour «l’écrivain qui cache et qui dés­celle notre langue et poète HORS de lui…».

Favorisant une décou­verte en pro­fondeur du monde poé­tique hubinien, cette somme de textes tend à con­cré­tis­er, d’une cer­taine façon, la quête poé­tique et méta­physique per­ma­nente ini­tiée il y a presque quar­ante ans d’i­ci. Évo­lu­tion d’une cohérence absolue, l’ou­vrage con­tient une chronolo­gie détail­lée de sa vie, minu­tieuse­ment entre­coupée par une somme con­sid­érable de témoignages d’Achille Chavée, René Char, René Ménard, Jean Mal­rieu, José Cor­ti, Pierre Dhain­aut, Claude Louis-Com­bet, André Miguel, Yves Bon­nefoy… Tous con­ver­gent dans la recon­nais­sance d’un sen­ti­ment partagé, la portée hors du com­mun de cet auteur dans le paysage lit­téraire d’au­jour­d’hui.
En guise de clô­ture, une bib­li­ogra­phie soignée suiv­ie d’un port­fo­lio com­prenant une ving­taine d’il­lus­tra­tions don­nent l’en­vie de se déplac­er pour aller admir­er de plus près cette remar­quable expo­si­tion.

Mélanie Godin


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°149 (2007)