Une rencontre improbable
Claire HUYNEN, Néfertiti en bikini, Cherche Midi, 2014
Dès le titre du dernier roman de Claire Huynen, Néfertiti en bikini, on aura compris que l’auteure a décidément choisi de se tenir loin de toute intention documentaire. Et pourtant, son héroïne, Jo (qui n’aime pas son prénom Josèphe), est, depuis l’enfance et une visite au musée du Louvre, passionnée par l’égypte, dont elle s’appropriée une image définitive.
« L’envie d’aller toucher la pierre, la terre qui l’avaient tant fait rêver enfant s’était inscrite comme un songe. Une appétence fantasque. Une tentation qu’elle préservait dans les confins de la chimère. »
Aussi, lorsqu’elle reçoit de sa mère en cadeau une croisière sur le Nil, à bord d’un hôtel flottant, le Cleopatra, un forfait tout inclus avec les visites, elle est loin d’être enchantée à l’idée d’aller se confronter à une réalité préemballée et déjà conditionnée. Bien qu’elle n’ait imaginé ce voyage qu’en solitaire, elle ne peut refuser ce présent à partager avec sa mère, certaine de lui faire plaisir.
Or, « Magic’Vacances. Le Cleopatra. Rien que nous deux. C’était tout ce qu’elle avait toujours fui ». On devine, connaissant la douceur féroce de l’humour de Claire, qu’une « Néfertiti en bikini » ne peut être que grotesque. En effet, sans éluder du tout l’évocation de paysages et de monuments magnifiques ni l’émotion qu’ils devraient susciter, elle réussit à en criminaliser l’approche tant son regard est sévère sur tout ce qui caractérise le tourisme de masse, la chartérisation de l’Histoire et l’horreur économique de ce genre de loisirs. Si ces altérations constantes engagent l’héroïne à fuir, c’est pour aller vers d’autres rencontres, authentiques, celles-là, et aussi, parvenue à la fin du voyage, nouer avec sa mère une nouvelle relation, un échange fragile, certes, mais positif.
On parcourt avec plaisir ce récit tout en simplicité et concision. Des notations brèves, des phrases courtes, d’un mot parfois. Mais toujours tranchant, juste. Un texte léger et savoureux.
Jeannine Paque
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°183 (2014)