“Le tueur de jonquilles” de Michel Joiret

Le commissaire fume la pipe !

Michel JOIRET, Le tueur de jon­quilles, Dri­cot, 2008

joiret le tueur de jonquillesDepuis plusieurs décen­nies, Michel Joiret est un infati­ga­ble passeur de littérature(s) : prof de français puis con­seiller péd­a­gogique, con­férenci­er et guide de voy­ages lit­téraires, créa­teur de la revue Le Non-Dit et anthol­o­giste (La Lit­téra­ture belge de langue française, chez Didi­er Hati­er). Il est aus­si l’auteur d’une trentaine de recueil de poèmes et de dix romans, de Leila (paru aux Éper­on­niers en 1981) au trou­blant Chemin d’Amandine (Luce Wilquin, 1999).

Est-ce le change­ment de siè­cle qui a amené Joiret à chang­er de genre ? En 2000, il, signe son pre­mier roman polici­er, L’Heure de fourche (Le Pré aux Sources), dans lequel il donne nais­sance à un attachant com­mis­saire brux­el­lois, Théodore Saint-Loup (fumeur de pipe enragé et ama­teur éclairé du tabac de la Semois, comme son créa­teur !). Ce grand patron des « flics de la rue du Marché-au-Char­bon » est le plus sou­vent assisté par deux adjoints aus­si sem­blable­ment attachés à leur chef que dis­sem­blables : Justin Van Gaal, « col­lab­o­ra­teur con­scien­cieux, solide, soucieux de l’orthodoxie admin­is­tra­tive », et Julien Roos, « au physique de maque­reau ». Dès cette pre­mière enquête du com­mis­saire Saint-Loup évo­quant le temps trou­blé des tueurs som­bres et des Comités blancs, Michel Joiret s’est plu à coller autant à son époque qu’à ses racines. C’est donc bien à Brux­elles, et plus par­ti­c­ulière­ment à Matongé, qu’est réap­paru, dès 2004, Théo Saint-Loup menant une nou­velle enquête crim­inelle inti­t­ulée A l’enseigne du Beau Noir (Dri­cot).

Dans Le Tueur de jon­quilles, on retrou­ve le com­mis­saire Saint-Loup reni­flant, entre deux bouf­fées de pipe, les traces d’un assas­sin doté du sens du spec­ta­cle : n’a‑t-il pas abat­tu d’une seule balle, dans un célèbre stade brux­el­lois bour­ré de sup­port­ers, un joueur en plein match ? Heureuse­ment qu’il peut aus­si compter sur l’aide de Justin et Julien, les deux inspecteurs frères enne­mis, et sur les soins (par­fois plus moraux que physiques !) de sa ten­dre amie Thérèse, une toubib voyageuse et libérée, et de la belle Rim, une jeune cour­tisane maro­caine à la clien­tèle tou­jours trop envahissante…

Chris­t­ian Libens


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°153 (2008)