Entre aphorismes et confidences
Jack KEGUENNE, évidence intermédiaire, Éléments de langage, 2014
Le nouveau recueil de poèmes de Jack Keguenne, évidence intermédiaire, paraît chez un jeune éditeur bruxellois, éléments de langage, dont le véritable nom annonce l’ambition : éléments de langage pour mettre le feu à la langue de bois. Dessein ample et incisif, s’il en est.
Écrits en majeure partie durant un séjour à Montréal, et dans le sillage de cette résidence d’écriture, ces poèmes, tour à tour énigmatiques et transparents, vont de l’interrogation méditative, parfois ombrée d’inquiétude, à la touche légère. De l’aphorisme à la confidence.
On y peut puiser une exhortation à oser affronter l’inconnu :
surgir de soi-même et tenter.
n’accoster que longtemps après – et sans connaître le
rivage.
suivre est un verbe à égarer.
Entendre des questions en suspens, des mélancolies voilées :
hier s’étire, demain glisse déjà. à quelle porte frapper
pour l’aujourd’hui ?
oublier, est-ce une façon de renaître ?
Sourire d’une idée drôle et tendre :
les oiseaux ne savent pas quand c’est dimanche.
Reconnaître l’accent d’une détresse soudaine, d’un secret dénuement :
la solitude nous surprend en sursaut, la déchirure
s’installe, insidieuse. nostalgie d’un passé pourtant peu
abouti.
Dépasser les espoirs raisonnables et laisser chanter, palpiter les possibles :
l’improbable déploie les horizons
le monde s’embellira de sourires
S’émouvoir d’un élan, entre promesse et rêve :
conjuguer avec toi le verbe ‘infinir’.
Le plus beau vers du recueil, je crois.
Francine Ghysen
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°182 (2014)