Chanson : un langage qui s’invente

illu musique

Mal­gré l’in­térêt du pub­lic pour les gen­res par­alit­téraires, mal­gré les études savantes qui leur sont con­sacrées depuis plusieurs décen­nies, ces gen­res con­ser­vent dans notre cul­ture un statut à part : sinon inférieur, du moins dénivelé par rap­port aux œuvres réputées « nobles » – celles qui nour­ris­sent les pro­grammes sco­laires. Roman polici­er, sci­ence-fic­tion, chan­son, bande dess­inée, roman-pho­to sont des formes « à faible légitim­ité », dis­ent les soci­o­logues : des­tinées à un pub­lic large, d’une durée de vie éphémère, sou­vent assim­ilées à de sim­ples pro­duits de con­som­ma­tion, elles ne béné­fi­cient que rarement de recon­nais­sances pres­tigieuses. Maintes fois dénon­cée, une telle dis­crim­i­na­tion est con­tra­dic­toire avec le con­cept même de « cul­ture », ce pour quoi elle doit être résol­u­ment con­tre­car­rée.

Être-de-lan­gage, le sujet humain n’a d’autre voie que faire sig­ni­fi­er en per­ma­nence ce qu’il vit : expéri­ences passées et présentes, émo­tions ressen­ties, évène­ments extérieurs, pro­jets per­son­nels, etc.  Il le fait certes quo­ti­di­en­nement dans son for intérieur ou dans sa parole, mais cela ne suf­fit pas : il lui faut s’aider de cer­tains arte­facts, ceux-là qui relèvent de l’art et de la fic­tion, et dont la nature pro­fonde est pré­cisé­ment d’é­mou­voir en pro­duisant du sens. C’est d’ailleurs par cette fonc­tion qua­si­ment vitale que s’ex­pliquent l’im­mense diver­sité et le renou­vèle­ment con­stant des arte­facts con­cernés, car le besoin de sig­ni­fi­ca­tion dans le monde humain est infi­ni. Encore les livres, albums, œuvres musi­cales, sculp­tures, films devraient-ils être aisé­ment disponibles pour tous, matérielle­ment et psy­chologique­ment. Or, ils ne le sont pas, pour dif­férentes raisons dont l’une nous retien­dra par­ti­c­ulière­ment : tous les groupes soci­aux n’ont pas la même cul­ture, en sorte que toutes les œuvres ne leur sont pas égale­ment acces­si­bles.

C’est dire ceci – on nous par­don­nera l’al­lure expédi­tive du raison­nement – : les pro­duc­tions para-artis­tiques ne sont pas moins indis­pens­ables que les œuvres plus pres­tigieuses. Entre ces deux pans de la créa­tion, si tant est qu’il soit avisé de les sépar­er, existe une com­plé­men­tar­ité fon­da­men­tale. Quant à la ques­tion de la « valeur » ou de la « qual­ité », rock, ciné­ma ou bande dess­inée ont leurs chefs-d’œu­vre au même titre que musique sym­phonique, théâtre ou pein­ture. Ils ont aus­si, l’atout n’est pas mince, une plus grande capac­ité com­mu­nica­tive, touchant plus vite un pub­lic plus large. Enfin, ils con­stituent pour la langue un ter­rain priv­ilégié d’ex­péri­men­ta­tion et de refaçon­nage. Ain­si, le français qui s’ex­pose dans la chan­son belge actuelle – domaine auquel s’at­tachera le présent arti­cle – ne peut être réduit à une sim­ple refor­mu­la­tion de con­tenus déjà con­nus : il traduit au con­traire une volon­té de réin­ven­ter l’id­iome pour en tir­er des effets inédits.

Il fal­lait, pour véri­fi­er toutes ces hypothès­es, dis­pos­er d’un cor­pus représen­tatif. Celui-ci nous est fourni « prêt-à‑l’emploi » par Les Quartz de la Chan­son, con­cours bien­nal organ­isé par la Cel­lule Cul­ture-Enseigne­ment du Min­istère de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles. À chaque édi­tion sont sélec­tion­nés cinq chanteurs : l’an­née 2009–2010 rassem­blait Balo­ji, James Deano, Jeron­i­mo, Saule et Zoé ; en 2011–2012, c’é­tait le tour d’Akro, de Bal­iMur­phy, de Daniel Hélin, de Mièle et de Mon­sieur Dupont ; enfin, Nina Miski­na, Pitcho, Camp­ing Sauvach, Antoine Hénaut et Mary M. ont été sélec­tion­nés en vue du con­cours 2013–2014. À rai­son de trois textes par chanteur, cela forme une antholo­gie de quar­ante-cinq textes, soit un échan­til­lon­nage quan­ti­ta­tive­ment mod­este, mais sig­ni­fi­catif par rap­port aux critères retenus : être belge, chanter en français, avoir pub­lié un album dans l’an­née précé­dente, être acces­si­ble au pub­lic des 14–20 ans, don­ner des textes de qual­ité, for­mer un éven­tail diver­si­fié. Petite pré­ci­sion : cette sélec­tion n’a nulle­ment la pré­ten­tion de con­stituer un pal­marès, encore moins de dis­qual­i­fi­er les auteurs qui n’ont pas été retenus. 

Haine du Système

Au-delà des styles pro­pres aux dif­férents chanteurs, au-delà des thèmes qu’ils abor­dent, l’é­coute révèle prompte­ment une tonal­ité dom­i­nante : l’amer­tume. Si la jeunesse fut sou­vent con­sid­érée comme l’âge des grands pro­jets et de l’en­t­hou­si­asme, ce cliché est large­ment démen­ti dans les chan­sons qui nous occu­pent, lesquelles témoignent plutôt d’une anx­iété général­isée devant l’ex­is­tence. En soi, le con­stat n’est pas neuf ; on l’a notam­ment relié aux sec­ouss­es économiques qui se sont suc­cédé depuis les années 70, mais aus­si à la crise du mod­èle famil­ial tra­di­tion­nel. Ce qui frappe, c’est que le pes­simisme de nos auteurs n’est plus con­finé à la sphère indi­vidu­elle : il prend pour cible le fonc­tion­nement de la société et jusqu’à l’avenir de la planète. « C’est grave, doc­teur ?  J’ai mal à la terre » chante Zoé. Et Daniel Hélin (24) :

La terre tourne sans principes
Sans théorie du droit
Sans culotte et sans slip
Elle tourne de ci de là

Perçues comme des scan­dales, la mis­ère et la faim dans le monde sont des thèmes récur­rents, de même que leur petite sœur la dèche. Ain­si chez Jeron­i­mo (8) ou chez Saule (10, 12). Plus vin­di­catif est le rappeur Balo­ji, qui se réfère à l’his­toire récente de son pays d’o­rig­ine : « le pil­lage de nos minéraux, de nos lin­gots / ça ne vous ren­dra pas le Con­go ». Hélin lui fait écho dans la chan­son déjà citée : « toutes les gross­es for­tunes / nous dis­ent y a pas une tune », mais « y a assez de fric / pour faire bouf­fer l’Afrique » (24). L’in­sup­port­able, on le note, est moins dans la pau­vreté elle-même que dans le dur con­traste entre dému­nis et nan­tis – lequel peut pren­dre une tour­nure plus anec­do­tique : « bon o.k. je pars chercher du boulot, quar­ante-cinq refus plus tard abat­tu au bout du rouleau j’a­ban­donne » chante un autre rappeur (4).

Saule

Saule

Le sen­ti­ment d’in­jus­tice vise aus­si – surtout – la grande machine insti­tu­tion­nelle et admin­is­tra­tive dans laque­lle cha­cun est con­traint de grandir et de vivre, réduit de ce fait à une con­di­tion alié­nante. Mary M. (45) et Balo­ji évo­quent la galère du sans-papi­er « encer­clé par les cir­cu­laires et les for­mu­laires », men­acé d’ex­pul­sion (2). « Le sys­tème est malade » clame-t-il, pen­dant que Jeron­i­mo vitupère jour­nal­istes et politi­ciens (7). De son côté, Akro innove en stig­ma­ti­sant un bouc émis­saire inat­ten­du qui est aus­si la métaphore de ce sys­tème kafkaïen (16) :

Où sont tous mes potes ?  Dans ton ordi­na­teur
Nos sou­venirs de goss­es ?  Dans ton ordi­na­teur
Mon sens des valeurs, dans mon ordi­na­teur
Ma femme, mon beurre, dans mon ordi­na­teur

Le même dénonce dans Bon Bob le con­formisme auquel nous asservis­sent l’é­d­u­ca­tion et la tyran­nie de la rentabil­ité, lui opposant un mode de vie plus bohème, plus frater­nel. Antoine Hénaut lui donne un écho assour­di : « on fait sa vie comme on se tient à table […] on fait sa vie en bon expert compt­able » (40). Mais le plus acerbe est décidé­ment Hélin, qui se déchaine dans Almanach : « y a des mou­tons qui sont con­tents / que leur moëlle soit sucée ain­si », « on peut torcher les marées noires / un ramasse-mou­ettes par bénév­ole », « les avions tombent et lais­sent des traces / ça change rien on doit faire les cours­es »…

Éclaircies

Cette vision oppres­sante n’est pas tou­jours vouée au fatal­isme pur. Le plus faible garde par exem­ple la ressource – certes dérisoire – de se réfugi­er dans un monde imag­i­naire (36, 43) ou dans la rêver­ie en espérant un « raz-de-marée » sal­va­teur (7), celle d’e­spér­er une vie meilleure dans l’au-delà (12), ou encore de « sauver les apparences » avec des vête­ments de mar­que (3), atti­tudes d’évite­ment et de repli sur soi. Deano rejette plus claire­ment la dés­espérance : « ouvre les yeux frère, pense que sur terre y a telle­ment de choses à faire » (5). Il reprend la même exhor­ta­tion, mais en l’am­pli­fi­ant, dans Sans excep­tion : « mon frère, tu veux kif­fer ta vie, tu veux être fier / D’ac­cord, mais tu sais qu’il fau­dra faire des efforts ». Cette pos­ture moral­isatrice, soulignons-le, est toute­fois rare dans notre cor­pus, et con­traste avec des options plus agres­sives : « fou­tons le feu aux min­istères » (44).

L’amer­tume peut aus­si don­ner lieu à des mes­sages de type sapi­en­tiel, ceux qui énon­cent une vérité ou une valeur générale : « la lib­erté tient dans ce que l’on détient » (3), « la vie d’un homme est de courte durée » (5), « le meilleur enne­mi du désir c’est la vie / qui passe et détru­it les châteaux de sable » (26). Hélin dénonce le car­ac­tère fac­tice du fes­ti­val rock et réclame une plus grande authen­tic­ité, tant des artistes que des spec­ta­teurs. Selon Akro, « plus les mes­sages s’échangent moins on dia­logue » (16), et « la société développe plus l’en­veloppe que le cour­ri­er » (17). Il est vain de choy­er son apparence physique, puisque tôt ou tard la mort nous attend, affirme Bal­iMur­phy (19), tan­dis que Deano dénonce l’ob­ses­sion de l’ar­gent : « loin de la vérité spir­ituelle, l’homme per­du s’est écarté de l’essen­tiel » (4). Pren­dre con­science de la pré­car­ité, autrement dit, ne saurait jus­ti­fi­er la dérive incon­trôlée dans le matéri­al­isme.

Les réac­tions non fatal­istes nous l’indiquent, la malig­nité du monde extérieur n’est pas une réal­ité brute, incon­tourn­able : pour nos chanteurs, elle est plutôt un défi, que cha­cun relève à sa façon. Elle peut être dénon­cée, exhibée dans sa vérité la plus crue, par un témoin par­ti­c­ulière­ment lucide ou blessé par la vie. Elle peut être tenue à l’é­cart, tant bien que mal, en un tro­pisme indi­vid­u­al­iste d’au­to­pro­tec­tion. Elle peut aus­si être com­bat­tue, ce qui implique une atti­tude tournée vers l’ac­tion col­lec­tive. Dans tous les cas, on est loin d’une descrip­tion neu­tre ou impas­si­ble. Mais, on va le voir, les choses sont plus com­pliquées quand la dif­fi­culté vient du monde intérieur…

Les démarches égotistes

Le pes­simisme exprimé dans nom­bre de chan­sons trou­ve sa source dans l’échec ou le mal-être indi­vidu­els. Ici, la cause n’est plus dans le Sys­tème social, mais bien dans l’in­ca­pac­ité du sujet à sur­mon­ter les épreuves per­son­nelles qui s’im­posent à lui. Ces épreuves peu­vent être légères et sans con­séquence grave, telles l’indé­ci­sion exis­ten­tielle de Bal­iMur­phy et sa pro­cras­ti­na­tion : « tout le monde avance dans son des­tin / J’hésite encore, je suis blo­qué » (20). Elles peu­vent résul­ter de l’é­goïsme ou de l’aveu­gle­ment du héros. Pitcho dépeint l’ex­is­tence comme une gri­saille que n’é­gaie aucune couleur, aucune lumière (34), mais ne s’ex­onère pas de tout reproche : « je me sens comme une merde des fois » (35). M. Dupont : « tu ne man­ques pas d’amour / c’est juste que tu ne le vois pas » (29). De même, après la rup­ture, le héros de Plus belle sans moi bat vaine­ment sa coulpe : « qu’avais-je dans les yeux / pour ne pas le voir déjà / elle était belle, nom de Dieu » (21). Sit­u­a­tion ana­logue mais réac­tion dif­férente chez Hénaut : « je sais bien que je fini­rai bien / par te repren­dre le cœur » (41).

Les textes préc­ités recè­lent un thème insis­tant : la soli­tude – jamais libre­ment choisie, soulignons-le. Quand elle s’in­stalle durable­ment, souf­france et désar­roi sont au ren­dez-vous. Ain­si, Zoé évoque avec beau­coup de sen­si­bil­ité l’al­coolisme de son com­pagnon qu’elle se refuse à aban­don­ner dans sa déchéance : « tu touch­es le fond de la bouteille […] et je me noie dans ton sui­cide » (15). Autre voix, plus dés­espérée : « je n’ai per­son­ne où aller / mes yeux se fer­ment pour me dire / qu’il serait temps d’en finir » chante Saule en duo avec Dominique A (11). Enfin, dans une sit­u­a­tion dif­férente mais tout aus­si angois­sante, M. Dupont n’hésite pas à pra­ti­quer un humour grinçant qui sug­gère sans ambages l’an­goisse sous-jacente :

Si j’su­is séro, hoho­ho
Si j’su­is séro,
Séro… Posi­tif !
[…]
D’habi­tude
J’su­is un mec posi­tif
Mais là d’un coup je suis négatif

Par rap­port à la thé­ma­tique du mal-de-vivre, les chan­sons de Miski­na sont par­mi les plus som­bres. Ain­si J’viens de loin, sorte de mono­logue dépres­sif où la rappeuse décrit sa vie comme une accu­mu­la­tion de ratages. « J’viens de loin, j’sais pas où je vais, il fait un temps de chien / J’n’ex­celle que dans l’ex­cès donc j’ac­célère » avoue l’héroïne, qui entrevoit pour hori­zon « ce silence qu’on appelle la mort »…

Quelques textes, cepen­dant, don­nent un autre son de cloche. Zoé évoque le dif­fi­cile mais cru­cial lien fille-mère, fait d’éloigne­ment d’abord, de retrou­vaille ensuite : « cha­cune de nous a pris sa route / moi l’en­fance, toi ton méti­er » et, après bien des années, « je te sens au fond de mon corps / c’est moi qui te porte aujour­d’hui » (13). Plus inhab­ituelle, la déc­la­ra­tion d’un petit-fils à sa grand-mère dis­parue : « mais si tu n’es pas là moi je ne vis pas / depuis que tu es par­tie je pleure toutes les nuits » (27). Quant aux chan­sons de Camp­ing Sauvach, elles ont quelque chose de pais­i­ble qui fait fig­ure d’ex­cep­tion dans notre cor­pus. Ce qu’on a l’air con exprime un sen­ti­ment franche­ment inso­lite, la gêne qu’on peut éprou­ver à être heureux (37). Dans Saint-Ger­main, le chanteur se con­tente de son sort même s’il n’est pas mon­té à Paris pour y réalis­er ses ambi­tions ini­tiales (38). « Et j’userai mes semelles jusqu’à la corde / partout où le vent m’emmène / pour peu que le vent m’emporte » (39), con­clut-il.

Une vision manichéenne ?

Notre par­cours thé­ma­tique l’a mon­tré incidem­ment : presque toutes les chan­sons qui com­posent notre champ d’in­ves­ti­ga­tion sont sous-ten­dues par une struc­ture oppo­si­tion­nelle assez sim­ple – on pour­rait dire binaire. Rarement explicite dans le texte, elle est recon­naiss­able sans peine par l’au­di­teur, même s’il peut dénom­mer de dif­férentes manières les ter­mes de l’op­po­si­tion. Ten­tons donc l’ex­er­ci­ce. L’on dressera sans mal – quoique en gom­mant quelques nuances au pas­sage – la sélec­tion suiv­ante : 

- dému­nis vs nan­tis (3, 8, 12, 24). Vari­antes : vic­times vs exploiteurs (1), enfants mis­érables vs enfants choyés (10)

- matéri­al­isme vs spir­i­tu­al­ité (4), matéri­al­isme vs human­isme (18)

- inac­tiv­ité vs dynamisme (5). Vari­antes : laiss­er-aller vs volon­tarisme (6, 42), indé­ci­sion vs engage­ment (20)

- vérité offi­cielle vs désen­chante­ment (7)

- soli­tude vs vie de cou­ple (11, 41). Vari­antes : absence (de l’être aimé) vs présence (27), non-amour vs réciproc­ité amoureuse (29)

- san­té vs mal­adie (14, 30). Vari­antes : vital­ité vs alcoolisme (15), san­té men­tale vs dépres­sion (31), volon­tarisme vs igno­rance de la fin (39)

- tyran­nie (du sys­tème) vs lib­erté (16). Vari­ante : autorités admin­is­tra­tives vs sans-papiers (2)

- con­formisme vs anti­con­formisme (17, 40)

- nar­cis­sisme vs clair­voy­ance (19). Vari­antes : aveu­gle­ment amoureux vs lucid­ité (21, 28), l’il­lu­soire vs la vraie vie (22), futil­ité vs grav­ité (23), ambi­tions de jeunesse vs réal­isme de l’âge mûr (38)

- l’éphémère vs le durable (26)

Dans la plu­part des cas, les ter­mes de l’op­po­si­tion sont affec­tés d’une valeur pos­i­tive pour l’un, néga­tive pour l’autre. Sont « posi­tifs » la spir­i­tu­al­ité, la fra­ter­nité, le dynamisme, la clair­voy­ance, le cou­ple épanoui, le non-con­formisme, la san­té, la lib­erté, le fait d’être à l’abri du besoin ; « négat­ifs » le matéri­al­isme, l’é­goïsme, la vie végé­ta­tive, l’aveu­gle­ment, la soli­tude, la norme sociale, les addic­tions, la sujé­tion, le fait d’être sans emploi. Des con­temp­teurs de la chan­son excipent quelque­fois de ce dual­isme pour la qual­i­fi­er de sim­pliste, lui reprochant de char­ri­er une vision du monde car­i­cat­u­rale. C’est qu’ils ne com­pren­nent pas les lois du genre, par­ti­c­ulière­ment ses con­traintes com­mu­nica­tives que nous évo­quions en débu­tant. Le chanteur, qui s’adresse à un pub­lic large et sou­vent hétérogène, n’a que quelques min­utes pour lui trans­met­tre une émo­tion, une expéri­ence ou une opin­ion per­son­nelles : il est impératif, dans ces con­di­tions, d’u­tilis­er des for­mu­la­tions frap­pantes et con­den­sées. Aus­si pour­rait-il dif­fi­cile­ment, dans le con­tenu du texte, faire l’é­conomie des con­trastes forts et des antag­o­nismes tranchés, qui don­nent à ses pro­pos leur indis­pens­able relief.

L’élaboration sonore

La chan­son n’est pas seule­ment un genre textuel : elle est aus­si, dès l’o­rig­ine de sa con­cep­tion, une « mise en voix ». Les auteurs le savent, écri­t­ure et vocal­i­sa­tion ne sont pas deux étapes dis­tinctes. Dès le pre­mier mot, il leur faut envis­ager ce que la phrase « don­nera » au moment de l’in­ter­pré­ta­tion, la manière dont elle va son­ner sur la scène ou dans le stu­dio d’en­reg­istrement. Ils prê­tent donc une atten­tion aigu­isée à la phoné­tique et à la prosodie, que le texte soit des­tiné à être chan­té ou à être dit comme dans le cas du rap. Certes, si le paroli­er et le com­pos­i­teur sont deux per­son­nes dif­férentes, il arrive que le sec­ond tra­vaille en toute autonomie. Mais ce n’est guère le cas dans le cor­pus qui nous occupe, et cela n’at­ténue d’ailleurs en rien la respon­s­abil­ité du paroli­er dans l’élab­o­ra­tion sonore du texte : tra­vail sur les sonorités, sur les jeux d’é­cho, sur l’ac­cen­tu­a­tion syl­labique, sur le rythme, etc.

Un mécan­isme phoné­tique con­sub­stantiel au texte de chan­son – comme à la poésie – con­siste dans la répéti­tion rap­prochée d’un même son ou d’une même suite de sons. C’est là une struc­ture dom­i­nante du genre, généra­trice de rythme, et qui se décline en de nom­breuses vari­antes. Les plus sim­ples d’en­tre elles, à savoir la rime (ter­mi­nai­son phoné­tique­ment iden­tique de deux ou de plusieurs vers) et l’as­so­nance (ter­mi­nai­son sem­blable par les dernières voyelles accen­tuées), sont fréquentes chez nos auteurs sans être omniprésentes. Saule en est friand, qu’il s’agisse de rimes plates, alternées ou embrassées, de même que Zoé, Mièle ou Camp­ing Sauvach. On observe égale­ment de nom­breuses rimes intérieures : « mets de la vase­line exter­mine la bib­ine » (5), « j’m’en bal­ance je n’ai plus con­fi­ance » (7), « c’est dans le manque de pèze que je pèse » (18).

Un peu plus rare, l’allitéra­tion con­siste dans la répéti­tion des con­sonnes ini­tiales, mais aus­si de con­sonnes intérieures, dans une suite de mots rap­prochés : « pour sceller mon sort de ressortissant » (2), « la vie s’écroule et j’crève croule dans la boue », « écrit sous écrou » (4), « le grand crique nous croque » (43). M. Dupont aligne des vers qui débu­tent de façon sim­i­laire : posi­tif, affec­tif, exces­sif, négatif, défini­tif, récep­tif, réca­pit­u­latif (30). Autre procédé moins fréquent mais car­ac­téris­tique, l’ana­gramme : « la rai­son du plus faible, du moins fiable » (3), ou encore Mélodies démolies, titre de l’al­bum de Jeron­i­mo.

Dans ce reg­istre des répéti­tions phoné­tiques, pointons une fig­ure priv­ilégiée : la parono­mase, soit l’as­so­ci­a­tion syn­tax­ique de mots qua­si-homonymes. Balo­ji en est un orfèvre : « la déter­mi­na­tion est le fac­teur déter­mi­nant », « Con­go­lais à part entière, tous appar­en­tés » (1), « encer­clé par les cir­cu­laires », « les offi­ciels gar­dent ça offi­cieux », « la terre promise ne tient pas ses promess­es » (2), « je m’a­grippe aux griffes » (3). Autres trou­vailles chez Akro : « diver­tisse­ment, asservisse­ment » (16), « on joue à cache-cache avec ton cash », « c’est le hip-hop qui m’a don­né des potes » (17), « tous coupables […], on est tous capa­bles / de revenir en arrière », « dans nos cen­tres on les con­cen­tre » (18). Et chez Pitcho : « on est sen­si­ble aux ultra­vi­o­lets mais pas à l’ul­tra­vi­o­lence », « arro­gant, on défie les oura­gans », « je sonde le ciel, songe au soleil » (34), « je me méfie de mes défis » (35), « en semant men­songe sur men­songe / on se ment à soi-même » (36).

L’anaphore con­siste à répéter un mot en tête de vers suc­ces­sifs : « arrête de dormir […] / arrête de faire le môme […] / arrête de zon­er […] » (5), « bien bien bien / bien­v­enue au monde » (10), « entre le Ying et le Shakra / entre les villes et la cam­pagne / entre le string et la bur­ka […] » (20), « elle est plus belle sans moi / elle respire à nou­veau / elle s’a­muse et ça lui va » (21). Autre fig­ure proche, l’itéra­tion : « ils le savent, ils le savent » (2), « bien­v­enue au monde » repris treize fois dans la même chan­son (10), « dans mon (ton) ordi­na­teur », réponse invari­able à huit ques­tions suc­ces­sives (16). Des vers entiers peu­vent être répétés, notam­ment dans le sys­tème du refrain, cer­tains chanteurs allant jusqu’à intro­duire un refrain dans le refrain : « on est loin d’la vérité, loin d’la vérité spir­ituelle / très très loin d’la vérité, beau­coup trop loin d’la vérité » (4), « mais ce qu’on a l’air con […] / mais ce qu’on a l’air con » (37).

À côté des jeux phoné­tiques, il faut soulign­er la grande récur­rence du style allo­cu­tif, celui qui con­siste à s’adress­er fic­tive­ment à quelqu’un, don­nant ain­si au texte une allure plus vivante : « tout ceci ne vous ren­dra pas le Con­go » (1), « moi j’te par­le d’én­ergie uni­verselle » (4), « ouvre les yeux », « arrête de fuir le monde » (5), « hey Bob, es-tu un bon Bob ? » (17), « t’as beau courir » (19), « je sais déjà ce que tu as » (26). Plusieurs de ces apos­tro­phes sont adressées à un per­son­nage qual­i­fié de « frère », soit celui qui est con­sid­éré par l’au­teur comme un sem­blable, vic­time des mêmes dif­fi­cultés (5, 6).

Tout ce tra­vail sur le « sig­nifi­ant » de la langue est par­ti­c­ulière­ment intense chez les rappeurs (Balo­ji, Deano, Akro, Miski­na, Pitcho), lesquels ont aban­don­né le chant au prof­it d’une élo­cu­tion excla­ma­tive, jac­u­la­toire. La musique d’or­di­naire a pour fonc­tion de charmer, de séduire : c’est pré­cisé­ment cet aspect jugé lénifi­ant qu’ils veu­lent éviter, décidés à exprimer vocale­ment la révolte et la véhé­mence dont leurs textes sont nour­ris. Aus­si les morceaux de rap sont-ils soutenus par une suite d’im­pul­sions fortes, d’a­hans, de pul­sa­tions pour­rait-on dire en faisant référence aux rythmes car­diaque et res­pi­ra­toire, c’est-à-dire au cor­porel. Certes, la per­for­mance peut se dou­bler d’un accom­pa­g­ne­ment musi­cal. Mais, dans celui-ci, c’est générale­ment la bat­terie ou les per­cus­sions qui domi­nent, venant ren­forcer l’ac­cen­tu­a­tion sac­cadée de l’in­ter­prète et pro­duisant une impres­sion de sec­ousse répétée. Que le rap soit prin­ci­pale­ment le fait d’artistes mas­culins n’est sans doute pas un hasard…

Réinventer la langue

La langue à l’œu­vre dans les textes de notre cor­pus n’est pas le français académique. Elle  veut au con­traire en pren­dre le con­tre­pied, mimer l’id­iome de la rue et des ado­les­cents, qui joue sur le vocab­u­laire et quelques formes syn­tax­iques brèves. Ain­si en va-t-il des nom­breuses apoc­opes typ­iques du lan­gage pop­u­laire : « Kin » pour Kin­shasa (1), « accro aux acces­soires » (3), « la bonne vibe » (6), « des voitures d’oc­case » (18), « pas d’ar­gent, pas d’mé­docs » (10), « manger bio » (19). Une large place est égale­ment faite aux voca­bles argo­tiques : « mor­fler » (2), « sapeur stand­ing » du verbe se saper (3), « la glande, la déprime » (4), « zon­er », « fumer du teu­teu » (5), « le bédo, la clope et la bib­ine », « tu veux kif­fer ta vie », « j’su­is pas ton man­daï » (6), « j’ai la gerbe » (16), « des coins crades », « ce trip en car­go », « le poto », « le shit » (17), la « punk atti­tude », « les tripes des ploucs », les « jour­naleux », (22), « chialer » (23), « j’capte plus le beau temps » (31), etc.

Nos textes sont égale­ment émail­lés de vul­gar­ismes, qui en accentuent la dégaine incivile tout en pro­duisant des éclats de voix : « une bande de con­nards […] qui font que des con­ner­ies », « cha­cun pense à son cul, c’est tout », « prof­ite merde » (4), « arrête de faire le con », « la guerre et la merde », « si tu bouffes que de la merde » (5), « un d’ces putains d’plan­nings », « cracher ses putains d’poumons », « plutôt crev­er » (6), « de som­bres crétins crachent » (7), « tu chies du plas­tique, malax­es du mas­tic » (17), « quand t’auras la gueule en pous­sière » (19), « dans le camp­ing ça nique pas mal » (22), « on jette du caca en plas­tique » (23), « la terre […] elle se fout que l’on crève » (24), « qu’est-ce que tu fous avec cette conne » (28), « mais ce qu’on a l’air con » répété dix fois (37).

Pas de lan­gage branché sans angli­cismes plus ou moins orig­in­aux. « Mon flow [est] dépareil­lé » (3), « l’homme triste bug », « la force est under­ground » (4), « quand tu seras dead » (5), « en restant clean », « le break et le rap comme céré­mo­ni­al », « on est dans l’dark », « check la bonne graine » (6), « mon cash », « Face­book, Myspace, Msn, Skype / Twit­ter, Google, Clubs sur Hi 5 », « des I pod au digi­pass, trop de codes, plus de place » (16), « c’est la boom box qui m’a boosté non stop », « con­nais-tu ton score ?  Es-tu tou­jours au top ? » (17), « tôt ou tard, any­way », « dans mes poches c’est le crash bour­si­er » (18), « t’as beau te lifter », « avec ton coach », « ta mine en spray » (19), « dans les back stage », « cha­cun son look » (22), à quoi l’on pour­rait ajouter des néol­o­gismes comme « même si tu as feng­shuisé ta cham­bre » (19).

Un procédé lan­gagi­er plus com­plexe : la par­o­die et le décalque d’ex­pres­sions con­nues. « La rai­son du plus faible » (3) pas­tiche la con­clu­sion de La Fontaine « la rai­son du plus fort est tou­jours la meilleure », tan­dis que « douze mois et qua­tre saisons en enfer » (34) fait allu­sion à Rim­baud. Mais les références lit­téraires ne sont pas majori­taires. « Repris de justesse » (2) con­tre­fait l’ex­pres­sion judi­ci­aire « repris de jus­tice », « tout ceci ne vous ren­dra pas le Con­go » (1) le titre d’une émis­sion de la RTBF, « alors on pense… » (16) la célèbre chan­son de Stro­mae, « allons enfants de l’après-guerre » (44) le début de la Mar­seil­laise. D’autres for­mu­la­tions, enfin, pas­tichent plus sim­ple­ment des expres­sions courantes : « ce cou­plet est coupé à peau et à sang » (2), « le fin du fin jus­ti­fi­ait les moyens » (3), « j’ai mal à la terre » (14), « la mère à boire » (15), ou encore « désolé si je te fais du mal, mais c’est pour mon bien » (35)…

Autre procédé d’e­sprit voisin, le sar­casme. Jeron­i­mo proclame « l’ar­gent c’est bien » (8), Saule « bien­v­enue au monde » en s’adres­sant aux enfants des pays pau­vres (10), Mary M. « vivre au soleil quelle pure mer­veille » (45). Mais c’est in exten­so qu’il faudrait citer des chan­sons de D. Hélin comme Fes­ti­val rock :

Fes­ti­val rock tout l’monde s’a­muse
Pub­lic pété et ven­tre à l’air
C’est le pognon qui est la muse
Des anar­chistes des hautes sphères

Tous ces mots, toutes ces expres­sions fonc­tion­nent comme autant de sig­naux de recon­nais­sance lancés par le chanteur à ce pub­lic dont il émane et auquel il s’adresse, un pub­lic aux car­ac­tères socio­cul­turels bien déter­minés. Il s’ag­it donc à la fois de sus­citer un effet de groupe, de com­plic­ité, et de tenir à l’é­cart ceux qu’on juge étrangers parce qu’ils sont d’une autre généra­tion ou qu’ils font par­tie du Sys­tème. Ain­si s’ex­plique le par­ti pris lan­gagi­er d’an­ti­con­formisme, de con­tes­ta­tion des mod­èles étab­lis, de for­mu­la­tions hyper­boliques, de provo­ca­tion plus ou moins agres­sive. Il serait exagéré d’y voir une langue nou­velle, mais il est sûr que le français sco­laire s’y trou­ve sin­gulière­ment mal­mené et trans­fig­uré. Un tel com­porte­ment n’est pas gra­tu­it. Le chanteur se trou­ve devant un obsta­cle que d’autres ont affron­té avant lui : pour dire le plus per­son­nel de notre vie affec­tive, le plus intime de notre mal-être, nous ne dis­posons que des mots de tout le monde. Com­ment, dès lors, exprimer de façon orig­i­nale notre vérité pro­pre ?  Un idi­olecte pur verserait dans l’in­com­mu­ni­ca­ble. Aus­si la langue de nos artistes doit-elle être enten­due comme un com­pro­mis entre d’une part le refus de suiv­re telles quelles les voies tracées, et d’autre part le désir de se faire com­pren­dre.

Refrain…

Si la jeune chan­son belge con­serve quelque par­en­té avec la poésie, c’est moins dans sa thé­ma­tique ou son imag­i­naire que par l’élab­o­ra­tion intense du matéri­au sonore et par le tra­vail sur la langue. Pour la plu­part, les chanteurs d’au­jour­d’hui n’ont que faire du joli, de l’har­monieux ou du nos­tal­gique. Ils ne veu­lent pas plaire à tous et à tout prix. Ce qui leur importe, c’est d’être per­cu­tants, de frap­per l’imag­i­na­tion de l’au­di­teur, de le con­va­in­cre rapi­de­ment, de l’emporter comme dans une bour­rasque. Le car­ac­tère manichéen de leur vision du monde n’est pas une philoso­phie, c’est une rhé­torique, soit une manière de struc­tur­er la parole pour lui assur­er une trans­mis­si­bil­ité opti­male. L’inces­sante réin­ven­tion lan­gag­ière à laque­lle ils se livrent ne relève pas de l’ac­ro­batie gra­tu­ite, mais con­stitue au con­traire une part inté­grante du mes­sage qu’ils veu­lent délivr­er : le refus d’ac­cepter le monde et la vie tels qu’ils sont. Et que dire des voix, des mélodies, des rythmes et des autres con­sti­tu­ants audi­tifs, dif­fi­ciles à décrire en mots ?  Comme d’autres gen­res par­alit­téraires, mais avec les moyens qui lui sont pro­pres, la chan­son nous touche parce qu’elle nous sur­prend, parce qu’elle nous sub­jugue, parce qu’elle réveille en nous des sen­sa­tions et des pen­sées aupar­a­vant con­fus­es, parce qu’elle les fait advenir au lan­gage.

Daniel Laroche


  1. Balo­ji, Tout ceci ne vous ren­dra pas le Con­go
  2. Balo­ji, Repris de justesse
  3. Balo­ji, La rai­son du plus faible
  4. J. Deano, Loin de la Vérité
  5. J. Deano, Arrête de fuir
  6. J. Deano, Sans excep­tion
  7. Jeron­i­mo, Le nord, le sud et le grand mur
  8. Jeron­i­mo, L’ar­gent c’est bien
  9. Jeron­i­mo, Tri­an­gle équilatéral
  10. Saule, Per­son­ne
  11. Saule, Bien­v­enue
  12. Saule, Petite Mis­ère
  13. Zoé, Mal à la terre
  14. Zoé, Je porte un toast
  15. Zoé, Maman
  16. Akro, Dans mon ordi­na­teur
  17. Akro, Bon Bob
  18. Akro, Tous coupables
  19. Bal­iMur­phy, Pous­sière
  20. Bal­imur­phy, J’hésite
  21. Bal­iMur­phy, Plus belle sans moi
  22. D. Hélin, Fes­ti­val rock
  23. D. Hélin, Almanach
  24. D. Hélin, Ici et main­tenant
  25. Mièle, Le jour et la nuit
  26. Mièle, Les châteaux de sable
  27. Mièle, Tu n’es pas là
  28. M. Dupont, Une petite chan­son misog­y­ne
  29. M. Dupont, Pau­vre idiot
  30. M. Dupont, Posi­tif
  31. N. Miski­na, J’viens de loin
  32. N. Miski­na, Espérance de vie
  33. N. Miski­na, La rue m’as­sas­sine
  34. Pitcho, Après la pluie
  35. Pitcho, Comme une m…
  36. Pitcho, Redescends sur terre
  37. Camp­ing Sauvach, Ce qu’on a l’air con
  38. Camp­ing Sauvach, Saint-Ger­main
  39. Camp­ing Sauvach, La route est longue
  40. A. Hénaut, Inévitable
  41. A. Hénaut, J’ai pas la trouille
  42. A. Hénaut, 36.000
  43. Mary M., Des gens qui s’ai­ment
  44. Mary M., Allons enfants de l’après-guerre
  45. Mary M., Vivre au soleil

Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°175 (2013)