Alain le Bussy, Les filles d’Alain le Bussy

Le mys­tère féminin selon Alain le Bussy

Alain le BUSSYLes filles d’Alain le Bussy, L’oeil du sphinx, 2006

le bussy les filles d'alain le bussyRetraité bar­bu et dis­ert, natif d’Es­neux, près de Liège, Alain le Bussy est un auteur de sci­ence-fic­tion fécond, dont l’œu­vre compte à ce jour une bonne quar­an­taine de romans et pas loin de deux cents nou­velles. Une valeur sûre dans une dis­ci­pline au sein de laque­lle il est par­al­lèle­ment l’opiniâtre organ­isa­teur de con­ven­tions inter­na­tionales qui voient accourir au bord de l’Our­the, en prove­nance de l’Eu­rope entière, une foule d’au­teurs de SF prompts à échang­er sur leur art.

Le livre que le Bussy a pub­lié fin de l’an­née dernière chez le petit édi­teur parisien «L’Œil du Sphinx» («Ods») fig­ure, sem­ble-t-il, un peu en marge de sa pro­duc­tion habituelle. Il s’ag­it d’un recueil de qua­torze nou­velles dont l’écri­t­ure s’est éch­e­lon­née sur une trentaine d’an­nées et qui pos­sè­dent en com­mun deux par­tic­u­lar­ités : la pre­mière est d’avoir comme héroïnes des jeunes femmes et l’autre de met­tre en scène un nar­ra­teur qui est aus­si auteur de sci­ence-fic­tion. Si l’on ajoute à cela que plusieurs nou­velles, bien qu’an­crées dans un univers plutôt fan­tas­tique, se déroulent dans la région de Liège ou même dans cer­tains coins d’Es­neux, on n’au­ra aucune peine à déduire – ce que con­firme d’ailleurs l’écrivain – que l’ou­vrage est truf­fé de clins d’œil que l’au­teur se fait à lui-même en même temps qu’à des proches ou à des représen­tantes et représen­tants du milieu de la SF, allu­sions qui nous échap­per­ont com­plète­ment, à vous et à moi, mais qui amuseront sans doute les intéressés.

Le Bussy aime les îles ou les côtes isolées du monde. Il réus­sit par­ti­c­ulière­ment bien à évo­quer l’at­mo­sphère de ces lieux éloignés de la civil­i­sa­tion, îlot bre­ton ou crique des Cornouailles, où son nar­ra­teur aime à se retir­er pour écrire et où il fait d’é­tranges ren­con­tres féminines. Dans ce livre où tout sem­ble aller par moitiés, les his­toires se parta­gent équitable­ment entre la SF et le fan­tas­tique. Pre­mière nou­velle du livre, «La fille qui veil­lait sur le quai A» évoque les con­di­tions de vie sur une île rescapée d’un Grand cat­a­clysme au fil des réflex­ions d’une l’héroïne qui attend son com­pagnon par­ti pêch­er au loin. Autre île sauvée du désas­tre dont les habi­tants viv­o­tent, tant bien que mal, pra­ti­quant la récupéra­tion d’é­paves, pour la nou­velle qui suit, «La fille qui ne lais­sait pas de traces sur le sable». On reste dans la SF avec la nou­velle située à la citadelle de Liège dans laque­lle un nar­ra­teur tombe sous le charme d’une femme qui lui sera enlevée par ses sœurs extra-ter­restres.

Atmo­sphère d’é­trangeté, plutôt, pour ce texte situé au fond d’une crique à Land’s End, dans l’ouest de l’An­gleterre : un écrivain avide de soli­tude y observe à la jumelle une mys­térieuse artiste qui trace son por­trait de façon de plus en pré­cise à mesure qu’il croit s’ap­procher d’elle incog­ni­to. Univers fan­tas­tique, certes, mais aus­si esneu­tois, dans la nou­velle «La fille qui chas­sait la pluie» où le nar­ra­teur lie con­nais­sance, der­rière chez lui, avec une femme pour­suiv­ie par une sécher­esse malé­fique.

À tout pren­dre, on aurait préféré que les nou­velles d’Alain le Bussy s’ap­pel­lent Les filles qui… plutôt que de les voir affublées de ce titre lour­de­ment redon­dant. Un caprice d’édi­teur, à n’en pas douter… auquel on aurait cepen­dant tort de s’ar­rêter tant ces textes brefs ont du charme.

René Begon


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°148 (2007)