Les chemins de la création : Nicole Malinconi

nicole malinconi

Nicole Mal­in­coni

De tous les métiers de la créa­tion, celui d’écrivain est sans doute celui qui, par sa nature même, est le plus secret. Cela explique en par­tie l’aura qui con­tin­ue à entour­er les auteurs, alors même qu’au regard du ciné­ma ou des arts plas­tiques, la lit­téra­ture fait de plus en plus fig­ure de par­ent pau­vre. Cette nou­velle série se pro­pose de mon­tr­er les écrivains au tra­vail. De quelle manière et dans quelles con­di­tions écrivent-ils ? Com­ment chem­ine le texte entre les pre­mières lignes et le livre imprimé ? Qu’est-ce qui le favorise ou l’empêche, le relance ou le retarde ? C’est avec Nicole Mal­in­coni que nous avons choisi d’ouvrir le bal.

Nicole Mal­in­coni me reçoit dans sa mai­son namuroise, qu’elle partage depuis de nom­breuses années ans avec son com­pagnon Jean-Pierre Lebrun. Une belle demeure située à deux pas de la Sam­bre, avec des niveaux décalés et des pièces nom­breuses, presque trop grande, dit-elle, depuis que leurs enfants respec­tifs sont par­tis.

Le bureau se trou­ve au troisième étage, mais c’est au séjour du pre­mier que l’entretien a lieu. Café, bis­cuits, choco­lats. Atmo­sphère chaleureuse. Ce jour-là, il y avait des embouteil­lages à Bouge, la mal nom­mée, si bien que je me suis présen­té chez elle avec un retard de dix min­utes. Nous dis­posons d’un peu moins de deux heures pour l’entretien, après quoi l’attend un autre entre­tien (celui de sa voiture qu’elle doit con­duire au garage).

Se sortir du magma

Le Car­net et les Instants : Com­ment se passe une séance d’écriture ? Écrivez-vous vite ou lente­ment ?
Nicole Mal­in­coni :
Très lente­ment. Je ne suis pas quelqu’un qui s’absorbe pen­dant des heures. Il y a des gens qui sont capa­bles de ça, moi pas. Je dois tout le temps lut­ter con­tre la dis­trac­tion, c’est presque un com­bat avec moi-même. Il y a mille choses dans le quo­ti­di­en qui peu­vent servir d’échappatoire. Cela peut être aus­si bien les tâch­es ménagères que des ren­con­tres aux­quelles je repense, des choses que l’on m’a dites. La con­cen­tra­tion est quelque chose qui m’est dif­fi­cile. Je dois tout le temps me forcer à revenir à mon tra­vail. J’ai cela aus­si en lisant, je suis une lec­trice très lente. Mais bon, on est fait d’une cer­taine manière, et il faut bien s’en accom­mod­er, « faire avec ». Sachant que ce sera comme cela jusqu’à la fin…

Cette dis­trac­tion dont vous par­lez est-elle seule­ment un élé­ment par­a­site, ou bien quelque chose d’inhérent à l’écriture, à votre écri­t­ure ?
Bien sûr, dans l’absolu, ce serait mieux si elle n’existait pas. Mais d’un autre côté, je crois qu’elle m’est néces­saire. Écrire, c’est comme extraire les mots d’un mag­ma, d’une pâte. Cette con­cep­tion n’est pas étrangère à ce qu’il me vient, à mon âge, de dire de l’écriture. Je n’aurais pas pu dire cela il y a vingt ans. Qu’écrire, c’est comme sor­tir quelque chose du mag­ma. On dit sou­vent qu’écrire, c’est se saisir des choses. Pour moi, on est plutôt saisi par les choses, on est touché, « emparé ». On est d’abord aux pris­es avec un ressen­ti ou une émo­tion. On pour­rait en rester là et se con­tenter d’être sen­si­ble à cette chose, sans aller plus loin. Ce que j’appelle l’impérieuse néces­sité d’écrire, c’est met­tre de l’ordre dans ce mag­ma. Donc, la dis­trac­tion, elle est encore dans le mag­ma, elle est du côté de ce dont il faut se sor­tir. Sur le moment on lutte con­tre cela, mais après coup on se dit que c’était peut-être l’étape néces­saire pour que puisse s’accomplir le tra­vail. C’est quelque chose qui est de l’ordre de la néces­sité, et en même temps c’est quelque chose qui fait hor­reur, si bien que toutes les occa­sions sont bonnes pour s’y sous­traire. Dans ce sens, oui, la dis­trac­tion pour­rait être une défense con­tre le tra­vail d’extraction du mag­ma. 

Travail et plaisir

Écrire est-il, pour vous, de l’ordre du tra­vail ou du plaisir ?
En tout cas, c’est aux antipodes de ce que cer­tains appel­lent le plaisir d’écrire, de l’écriture comme amuse­ment, voire comme hob­by. C’est d’abord un tra­vail, avec tout ce que cela com­porte. Mais est-ce vrai­ment pénible pour la cause ? Est-ce que le tra­vail est pénible ? Je n’en suis pas sûre. Si ce n’est pas l’exécution d’une tâche rou­tinière, si c’est un vrai tra­vail, un tra­vail au sens noble du terme, je ne pense pas que cela s’accompagne de la notion de péni­bil­ité. Par con­tre, écrire implique une incer­ti­tude, avec ce que cela com­porte d’angoissant. Je me sou­viens d’avoir écrit un petit texte, dans un moment de dés­espoir de moi-même, où je dis­ais : si au moins cela pou­vait avoir la sim­plic­ité d’un mur qu’on con­stru­it. On est sûr de la fab­ri­ca­tion du mur, on voit la chose qui se fait devant nos yeux. Dans l’écriture, il y a quelque chose qui est de l’ordre du non-savoir, de la tra­ver­sée d’un incon­nu. René Char dis­ait : “Les mots qui vont sur­gir savent de nous ce que nous ignorons d’eux.” Écrire est un acte qui engage, on y laisse quelque chose de soi-même. Mais ne pas écrire est aus­si une angoisse. On ressent une vacuité à ne plus se requérir soi-même pour ce tra­vail. Alors, des deux angoiss­es, il vaut encore mieux choisir celle-là.

On a l’impression que le fait d’écrire est asso­cié à quelque chose de pénible plutôt qu’à quelque chose d’agréable.
Cela dépend. Il y a des moments de grâce, où la phrase est là, le mot est là, on sait que c’est celui-là et pas un autre. Et puis des moments de dureté où ça n’avance pas, où on n’est pas sat­is­fait du résul­tat, où il faut chercher. Si on a la con­science de la néces­sité d’écrire – ce qui à moi m’apparaît de plus en plus –, on est tenu par le tra­vail. Si ça rate, on s’accroche, on y revient. La jubi­la­tion, elle est plutôt dans l’après-coup, quand l’épisode est arrivé par grâce et qu’on peut dire, là, j’y suis, pour cette phrase, ou ce pas­sage, ou ce titre… Il y a des moments où l’on perçoit une adéqua­tion entre ce qu’on a écrit et le désir qu’on y a mis. On se sent alors récom­pen­sé de tous les efforts accom­plis. 

Vouloir et non-vouloir

Vous imposez-vous une dis­ci­pline de tra­vail, en vous asseyant chaque jour à votre table et en ne la quit­tant pas avant le moment fixé ? Ou au con­traire atten­dez-vous d’être dans un état de récep­tiv­ité, de disponi­bil­ité pour vous met­tre à la tâche ?
Je crois qu’une dis­ci­pline de tra­vail est néces­saire. D’autre part, écrire n’est pas seule­ment une ques­tion de volon­té. Mau­rice Blan­chot dis­ait : « Vouloir écrire, quelle aber­ra­tion. » Et il ajoutait : « L’écriture, c’est la déchéance de vouloir. » La ques­tion, c’est de savoir où est la fron­tière entre l’acharnement et la rigueur. Rester à sa table même quand ça ne va pas, même quand on est en proie à la dis­trac­tion, même quand on dés­espère de soi-même, je pense, j’espère que c’est du côté de la rigueur. Mais le pas est très vite franchi vers l’acharnement. C’est seule­ment après que l’on sait où se trou­ve la fron­tière. La dif­fi­culté avec l’écriture, c’est qu’elle vous vient à tra­vers une rigueur néces­saire, parce que si l’on ne se met pas à sa table avec ses feuilles et son sty­lo, rien ne se passera ; et qu’en même temps, c’est une non-maîtrise, et si l’on s’acharne, il y a toutes les chances que ce soit raté, que ça n’aboutisse pas.

Cela fait penser au vouloir dans le non-vouloir des taoïstes.
Oui. La notion de vouloir est très para­doxale. J’aime bien la for­mule de Mar­guerite Duras qui dis­ait : « J’écris comme une pas­soire. » Ou encore : « Il faut être dans un trou pour écrire, avec plus rien, que la syn­taxe ou le sens. » 

Donner la parole

Pour revenir à l’image du maçon, com­ment posez-vous la pre­mière pierre, et par quelles étapes arrivez-vous au mur ter­miné ? Sachant que votre démarche est par­ti­c­ulière, puisque la plu­part de vos textes, pour ne pas dire tous, par­tent d’une expéri­ence vécue et tra­vail­lent une matière auto­bi­ographique ?
Pour Da solo, c’est la musique de la voix de mon père qui m’a beau­coup guidée. Il par­lait le français à la façon ital­i­enne, en écor­chant par­fois les règles. Cela avait une con­no­ta­tion un peu mal­adroite qui me plai­sait beau­coup, je notais cela de façon brute. J’avais avec ma mère un lien fusion­nel, à la fois très ten­dre et infer­nal. J’ai dû faire tout un chemin pour être aus­si la fille de mon père – ce père que j’avais tenu à dis­tance, tant j’étais de son côté à elle. Ce qui a été une chance pour moi, c’est qu’il lui ait survécu. Le jour de la mort de ma mère, mon père était à l’hôpital et ma mère aus­si, dans des cham­bres séparées, ce jour-là je suis allé trou­ver mon père dans sa cham­bre pour lui annon­cer qu’elle était décédée. Et alors il s’est mis à par­ler d’elle, du moment où ils s’étaient ren­con­trés, de la guerre. Et tout a sur­gi, avec une force extra­or­di­naire, un véri­ta­ble fleuve de mots. Cela a duré sept ans, et pen­dant ces sept ans nous avons par­lé comme jamais nous ne l’avions jamais fait lui et moi. De son enfance, de son his­toire, de com­ment je ne lui avais pas par­lé, de com­ment il en avait souf­fert, de com­ment alors il s’était tu.

Est-ce qu’écrire serait, pour vous, une façon de don­ner la parole à ceux qui ne l’ont pas ? Votre père, votre mère, les femmes de l’hôpital, mais aus­si les pros­ti­tuées de Jardin pub­lic, les petites gens qu’évoquent avec émo­tion et ten­dresse plusieurs de vos livres ?
Au départ, on ne sait pas tout cela, on le sait seule­ment après. Je ne suis pas sûre que le point de départ, ce soit la volon­té de don­ner la parole à ceux qui ne l’ont pas. À l’hôpital, ce qui me touchait dans ce que j’entendais, c’était la façon dont les femmes par­laient. Je ne devais même pas les sol­liciter, les struc­tures de l’hôpital voulaient que les femmes ail­lent dire à quelqu’un d’étranger ce pour quoi elles venaient. Sou­vent, elles dis­aient des choses très crues, liées au corps, à la mater­nité, à son refus ou à son accep­ta­tion. Ce lan­gage con­cret me touchait. L’idée m’est venue assez vite de not­er ces con­ver­sa­tions, les tour­nures qu’elles employ­aient pour dire les choses. Sans doute y avait-il un lien avec le par­ler sim­ple de mes par­ents, aus­si bien mon père que ma mère : elle venait de la cam­pagne wal­lonne, où l’on expri­mait les choses de cette façon-là ; lui, comme je l’ai déjà dit, accom­modait le français à sa sauce. Beau­coup plus tard, je me suis ren­du compte que dans le fond, j’avais retrou­vé mes par­ents réu­nis dans ma manière d’écrire, en prenant chez l’un et chez l’autre une espèce de mal­adresse du dire. Une cer­taine pau­vreté de la langue aus­si, qui n’est ni éru­dite, ni savante, ni apprêtée, mais qui quelque­fois est por­teuse de tout ce que la théorie ne porte plus. Plus j’avançais, plus j’avais de l’intérêt pour l’écriture qui ne se laisse met­tre à l’abri de rien (on peut écrire sur n’importe quoi, sur l’eau qui coule dans le caniveau…), mais qui à l’inverse se per­met de ten­ter d’atteindre à tout. Il y a un dou­ble mou­ve­ment : écrire, c’est se laiss­er boule­vers­er com­plète­ment par les choses, par leur matéri­al­ité, ce que j’appelle le réel, et qui est inac­ces­si­ble ; mais c’est aus­si s’intéresser à cela, aller vers cela.  

Le mot de la fin

Vous avez déclaré qu’il vous arrivait d’écrire « dans votre tête ». Cela sem­ble con­tra­dic­toire avec l’idée énon­cée plus haut, selon laque­lle on n’écrit vrai­ment que lorsque les mots sont couchés sur le papi­er.
C’est peut-être moins vrai main­tenant. Cela date d’une époque où il me sem­blait que quand ça s’écrivait, cela devait rester pra­tique­ment tel quel, sans beau­coup de mod­i­fi­ca­tions. Il me sem­ble que dans le passé je mod­i­fi­ais moins que main­tenant. J’avais ces péri­odes de grand blanc où il me sem­blait que le tra­vail se con­stru­i­sait dans mon esprit. Quand j’écrivais, ce qui venait alors, c’était pour moi le bon mot, la bonne phrase. C’est comme si avant, j’osais moins me ris­quer à ce que les mots sor­tent, alors que main­tenant, je me dis qu’une phrase écrite peut être mod­i­fiée.

Au stade où vous en êtes, estimez-vous que vous avez encore à pro­gress­er, à amélior­er cer­tains aspects de votre écri­t­ure ou de votre manière de tra­vailler ? Aimeriez-vous par exem­ple écrire un jour un « vrai » roman, une œuvre qui relève de la fic­tion plus que du vécu ?
Pro­gress­er n’est peut-être pas le mot qui con­vient, parce qu’il implique un juge­ment de valeur. J’aimerais surtout que cela ne s’arrête pas, que je reste capa­ble d’écrire jusqu’à ma mort. Quant au fait d’arriver à faire un « vrai » roman, cette ques­tion m’a longtemps pour­suiv­ie. Je me demandais quel était le frein qui fai­sait que je ne me lais­sais pas aller à l’imagination « pure ». Je l’ai regret­té sou­vent, mais main­tenant je me dis qu’on fait avec les moyens qu’on a. Je suis arrivée à l’écriture par des choses très réelles, c’est cela qui m’a amenée à écrire, et je con­state que c’est tou­jours cela qui m’inspire, ce qui est lié à la vie avec ce qu’elle peut avoir de chao­tique. Alors je ne sais pas s’il y a quelque chose à appro­fondir ou à amélior­er, je me demande si le mieux n’est pas de con­tin­uer à faire ce pour quoi l’on se sent fait. Mais les choses vous pren­nent par­fois par sur­prise. Si je me dis que je n’écrirai jamais de roman, peut-être qu’alors cela va se pass­er à mon insu…

En l’écoutant par­ler, j’ai envie de lui pos­er une dernière ques­tion. Si elle était née dans un milieu social plus favorisé, si elle avait été ce que Bour­dieu appelle un « héri­ti­er », aurait-elle écrit d’une manière dif­férente ? Ou peut-être, au con­traire, n’aurait-elle pas écrit du tout ? Y a‑t-il un lien entre les con­di­tions où elle a gran­di et le genre de livres qu’elle a faits ? La réponse sera aus­si brève que la ques­tion était longue. « Qui sait ? » dit-elle sim­ple­ment.

Ce sera (presque) le mot de la fin. C’est qu’il est l’heure d’aller con­duire sa voiture au garage, et il nous reste à faire une ou deux pho­tos de l’endroit où elle tra­vaille. Nous allons donc dans son bureau situé sous les combles. Une pièce tout en longueur, avec des poutres appar­entes. Des livres, des tableaux, des objets fam­i­liers. Un bureau à volet coulis­sant. Un fau­teuil en bois. Je demande à faire une pho­to d’elle en train d’écrire. « Pas ques­tion ! » proteste-t-elle. Elle se retourne et fixe l’objectif avec un large sourire, l’œil pétil­lant d’autoritaire mal­ice.

Où, quand, comment ?

Dedans ou dehors ?
J’écris à mon bureau. Mais pas néces­saire­ment. Je peux tra­vailler dans une autre pièce de la mai­son quand il n’y a per­son­ne. Il m’arrive aus­si d’écrire à l’extérieur. Nous avons une mai­son à Grig­nan, dans la Drôme, où il y a une ter­rasse, j’aime bien écrire sur la ter­rasse. Mais de préférence cela se passe dans mon bureau. En fait, je ne me pose pas la ques­tion du lieu où j’écris. Pour Hôpi­tal silence, après avoir ren­con­tré les femmes qui venaient en con­sul­ta­tion, j’allais m’enfermer dans la salle de bains et je notais les entre­tiens que j’avais eus avec elles. Pour Da solo, une fois sor­tie de chez mon père, j’arrêtais la voiture et je jetais sur le papi­er le con­tenu de nos con­ver­sa­tions. J’ai procédé de la même manière pour le livre sur Michelle Mar­tin.

Le matin ou le soir ?
Main­tenant que je n’ai plus d’obligations pro­fes­sion­nelles, j’écris le matin. Je branche le répon­deur. Je tra­vaille trois, qua­tre heures. Quand je tra­vail­lais au musée [Musée Rops à Namur], j’avais arrangé mon horaire pour avoir des demi-journées, j’écrivais le matin et je tra­vail­lais l’après-midi. Sou­vent, après le petit-déje­uner, je lis le jour­nal. Mais ce n’est pas indis­pens­able, je peux écrire même si le jour­nal n’est pas là ! Là non plus, il n’y a pas de règles, je pour­rais écrire à d’autres moments. Con­traire­ment à cer­tains écrivains, je ne suis pas attachée à des rit­uels, des habi­tudes strictes.

À la main ou à l’ordinateur
À la main, très clas­sique­ment. Avec un sty­lo ou un cray­on, sur un bloc de feuilles ou dans un cahi­er, peu importe. Quand je veux voir où en est le texte, je le tape sur l’ordinateur. Mais je ne com­mence jamais directe­ment un texte à l’ordinateur. Tout au plus m’arrive-t-il de le con­tin­uer de cette manière. Le dernier texte que j’ai écrit était une com­mande pour un petit théâtre [1]. J’ai com­mencé par le rédi­ger à la main, puis comme cela n’avançait pas, j’ai tapé ce que j’avais déjà fait, et ensuite j’ai con­tin­ué à l’ordinateur. Peut-être parce que c’était des repar­ties, des répliques assez cour­tes. L’ordinateur est pra­tique pour se relire, on n’est pas encom­bré par les ratures, les flèch­es, etc. Et les cor­rec­tions sont aus­si plus faciles. Mais pour le reste, non, j’ai besoin d’avoir devant moi ce que j’ai écrit. Il y a une matéri­al­ité de l’écran et des let­tres virtuelles qui ne me plaît pas du tout. Et puis je suis telle­ment lente que ce que j’écris s’efface à l’écran… enfin il appa­raît des petits pois­sons… ou la pho­to d’une per­son­ne qu’on aime bien…

Daniel Arnaut


[1] L’homme mort, com­mandé à l’auteur par la Comédie de Saint-Éti­enne et représen­té dans le cadre d’un pro­jet de ren­con­tres théâ­trales en milieu sco­laire. Le texte a paru dans un vol­ume inti­t­ulé Cinq cour­tes pièces pour une Comédie (coédi­tion Lans­man et la Comédie de Saint-Éti­enne, 2008).


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°155 (2009)