Béatrice Libert, Au pays de Maurice Carême

Voilà, voilà, ce que je veux vous dire

Béa­trice LIBERT, Let­tres à l’intemporel, Le bruit des autres, 2010
Béa­trice LIBERT, Musique de cham­bre, Le bruit des autres, 2010
Béa­trice LIBERT, Au pays de Mau­rice Carême. Regarder, lire, écrire, créer, Couleur livres, 2010

libert au pays de maurice caremeBéa­trice Lib­ert aime écrire. Des poèmes, des réc­its, des nou­velles, des essais. Mais aus­si des let­tres. Comme autre­fois pour beau­coup d’entre nous peut-être, avant l’usage immod­éré du cour­riel. Elle en écrit beau­coup et des plus sérieuses aux plus fan­tai­sistes. Que les des­ti­nataires soient réels ou inven­tés, con­crets ou sym­bol­iques, elle a quelque chose à dire à cha­cun. Ces mes­sages, elle les a rassem­blés dans un recueil et pour éviter de les dater ou pour pro­longer le plaisir de la lec­ture, elle a inti­t­ulé celui-ci Let­tres à l’intemporel. Ce qui lui per­met de s’adresser tant à Daudet qu’à son pro­pre jardin, à Icare ou à une araignée, à sa mod­este Meuse comme à l’océan. Elle s’adresse même à Dieu pour lui dire en toute lib­erté sa manière de penser, de douter. Comme elle n’aime pas trop l’empois des mythes, elle les apprivoise et se sent par­faite­ment à l’aise pour rédi­ger les mots doux que s’envoient Ève et Adam.

Le lecteur n’est pas oublié dans cette cor­re­spon­dance : il est cité et a droit à un avant-pro­pos ou il est tou­jours là, dans l’ombre des des­ti­nataires invo­qués, comme un com­plice inévitable.

Dans un sec­ond vol­ume, Musique de cham­bre, sor­ti en même temps chez le même édi­teur, Béa­trice Lib­ert s’adresse encore à quelqu’un, mais cette fois sur un ton plus intime. Très intime même. Soit qu’elle évoque, pour lui, pour elle, pour nous, nom­bre de scènes privées, brûlantes, exta­tiques ; des caress­es, des orgasmes, des envols, sous le titre explicite de Petite mort. Soit qu’ensuite, et plus longue­ment cette fois, avec des mots infi­nis de douleur et de beauté, elle entre en déplo­ration, pour regret­ter dans Le sel de la perte l’absence de celui-là peut-être dont elle avait célébré l’enivrante présence dans la pre­mière par­tie du dip­tyque. Un petit livre pré­cieux qui cor­re­spond à des humeurs bien dif­férentes, mais que réu­nit une même fer­veur.

Béa­trice Lib­ert a enseigné et elle en a gardé le goût de trans­met­tre des expéri­ences, le souci de partager ses décou­vertes, d’initier au plaisir. Comme elle a pub­lié en 2009 Au pays de Magritte, voici qu’elle renou­velle l’exercice en nous emmenant cette fois Au pays de Mau­rice Carême, pour reviv­i­fi­er la lec­ture de ce poète majeur de l’enfance et du bon­heur. Comme le précé­dent, ce petit livre s’adresse aux par­ents, aux enseignants, aux ani­ma­teurs ou édu­ca­teurs, à tous ceux qui aiment la poésie et par-dessus tout aux enfants, curieux ou soucieux de le devenir.

Jean­nine Paque


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°164 (2010)