Karel Logist, Mesures du possible

Réflexions du réel

Karel LOGIST, Mesures du pos­si­ble, Arbre à paroles, 2012

logist mesures du possibleLes édi­tions de l’Arbre à paroles affinent leur col­lec­tion « Poésie Ouverte sur le Monde » qui com­prend d’ores et déjà une dizaine de titres en met­tant l’accent unique­ment sur le for­mat anthologique. Trois axes d’approche se pro­fi­lent : par thème, par pays avec un ensem­ble d’écrivains sélec­tion­nés par un(e) spé­cial­iste et enfin, par auteur. Mesures du pos­si­ble fait par­tie de cette dernière caté­gorie.

Regroupe­ment de trois recueils, Ciseaux car­rés, Une quar­an­taine et Un danseur évi­dent parus respec­tive­ment en 1995, 1997 et 2004, ce pro­jet a pour des­sein de réu­nir ces livres (cer­tains d’entre eux sont épuisés) en les faisant réex­is­ter sous un nou­veau vol­ume. En plus d’assurer sa mis­sion de garan­tir la cir­cu­la­tion active de titres plus anciens,  le directeur de cette col­lec­tion, David Gian­noni, est heureux de met­tre en valeur ce qui con­stitue l’œuvre sin­gulière du poète Karel Logist. Auteur d’une douzaine de livres, Karel Logist est égale­ment un des co-fon­da­teurs du col­lec­tif Le Fram à Liège et a reçu le prix François Cop­pée de l’Académie française pour Tout emporter, antholo­gie per­son­nelle rassem­blant des textes parus de 1998 à 2008. L’intérêt du présent ouvrage est mul­ti­ple. Soulignons d’abord que ce livre témoigne de la moder­nité de la langue du poète mal­gré les années écoulées depuis l’écriture de ces textes. Il per­met aus­si au lecteur de se plonger dans les pre­mières années d’écriture d’un écrivain et de décou­vrir la genèse de ses préoc­cu­pa­tions essen­tielles. Entre hier et aujourd’hui, les thèmes récur­rents qui tra­versent ses livres demeurent : le temps, l’amour, l’enfance, la mémoire, le voy­age et la poésie elle-même. Une pré­face didac­tique offre au lecteur des clés majeures pour pénétr­er dans cet univers. Elle est égale­ment un out­il pré­cieux pour tout péd­a­gogue désireux d’aborder l’aspect formel et thé­ma­tique de son œuvre.

Cette antholo­gie cohérente réu­nit des recueils qui se dis­tinguent les uns des autres. Le pre­mier, Ciseaux car­rés, est com­posé d’une série de poèmes nar­rat­ifs respec­tant la forme qua­dra­tique évo­quée dans le titre du recueil. Le lecteur suit à tra­vers des réc­its courts la déam­bu­la­tion d’un per­son­nage qui doute en per­ma­nence, ques­tion­nant le monde qui l’entoure et le rôle qu’il y joue. Dans Une quar­an­taine écrit un an plus tard, le poète s’élance dans des réc­its épiques rocam­bo­lesques en vers libre. Cepen­dant, le poète y affirme dès le début sa volon­té d’écrire « dans la vie ». Le dernier recueil, Un danseur évi­dent, est plus musi­cal, tant par la forme des poèmes qui s’apparentent à plusieurs repris­es à des chan­sons que dans les titres des poèmes qui sont tous en langue étrangère. Le monde de l’enfance pré­domine et les images sont de plus en plus ancrées dans la réal­ité du quo­ti­di­en, celle qui nous con­cerne tous.

La poésie de Karel Logist touche à tout. Si l’on peut not­er une évo­lu­tion, c’est l’importance crois­sante du quo­ti­di­en au fil des pages. Sa poésie par­le de lui, mais aus­si et surtout des autres. Selon ses pro­pres dires, « elle ne se drappe pas de grand thème ni de majus­cule. Elle se veut engagée dans la société »1. La pho­togra­phie en cou­ver­ture d’ouvrage est un por­trait de Karel Logist prise par Serge Delaive, autre poète et ami lié­geois. Vis­age mi-caché, mi-dévoilé, elle illus­tre déli­cate­ment l’univers du poète où réal­ité et sens voilés cohab­itent.

Mélanie Godin


1 Extrait d’un entre­tien réal­isé dans la 22ème émis­sion de « Poésie à l’écoute – Des ailes et des nuages » du 2 mars 2011.


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°171 (2012)