Une vingtaine de romans et de recueils de nouvelles, contes et récits, huit recueils de poésie et d’aphorismes, quelques essais, à quoi il convient d’ajouter une multitude d’écrits destinés à des journaux, périodiques et revues. Voici un palmarès qui a de quoi faire pâlir d’envie les plus féconds de nos écrivains et qui aurait dû, à lui seul, garantir à son auteur une place de choix dans les mémoires collectives. Or, qui se souvient aujourd’hui de Louis Dubrau ?
Celle qui, née Louise Scheidt, s’était choisi un prénom masculin pour éviter la misogynie de la critique, avait-elle pressenti l’oubli dans lequel son œuvre allait tomber ? Certes, les éditions Névrosée ont eu la bonne idée de remettre en circulation deux de ses romans, À la poursuite de Sandra, qui lui valut le prix Rossel en 1964, et À part entière, tandis que l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique l’a inscrite dans son programme éditorial pour 2025. Il n’empêche que cette vie marquée au sceau de l’engagement sincère et de l’exigence littéraire reste certainement méconnue pour de nombreux lecteurs et lectrices.
Elle s’appelle Louis
L’enfance de Louise Scheidt, née à Bruxelles le 19 novembre 1904 d’une mère belge et d’un père originaire de Metz, est marquée par des événements tragiques. Alors qu’elle est âgée de deux ans, son père se suicide. Sa mère se remarie six ans plus tard avec un homme odieux, qui malmène l’enfant tout autant que l’épouse. Ces épreuves influencent certainement le tempérament de la future autrice, chez qui des contemporains soulignent la « franchise mordante », le « jugement vif, intelligent et corrosif »[1], tout autant que son œuvre, comme le sous-entend Adrien Jans : « D’où provient l’élément noir souvent amer, de votre œuvre romanesque ? D’expériences personnelles, d’une enfance sans douceur et plusieurs fois marquées par les épreuves […] provoquant déjà une vision du monde dominée par la vulnérabilité du bonheur. »[2]
L’intérêt de la jeune femme pour l’écriture émerge très tôt : elle rédige une première pièce de théâtre à huit ans et se choisit, déjà, un mystérieux pseudonyme, Sône Arpanka[3]. Après une scolarité mouvementée, menées entre autres au sein des écoles bruxelloises Daschbeek et Gatti de Gamond, connues pour leur volontarisme en faveur de l’éducation des filles, Louise quitte Bruxelles pour Paris en 1925. Elle s’inscrit en élève libre au Collège de France et en Sorbonne, s’initie au dessin et à la musique, et fréquente le milieu artistique parisien. En 1934, elle rentre en Belgique et l’année suivante, Le Thyrse accueille son premier poème, Dualité. Comme le souligne Claire Lejeune qui lui succéda à l’Académie, « [i]l est vrai qu’elle fut double, paradoxale, dans sa vie comme dans son œuvre, non qu’elle fût tantôt ceci, tantôt cela, cruelle OU tendre, noire OU blanche (dans ses chaleureux poèmes africains), féminine OU virile, mais les deux à la fois, simultanément, sans pouvoir être jamais hypocrite car elle se savait double, dès son tout premier poème »[4]. Ce baptême poétique s’accompagne d’une décision déterminante pour le reste de sa carrière et de sa vie : désormais, elle sera Louis Dubrau, partout et en tous lieux[5]. « Nous disons Louis, nous disons Dubrau. Madame nous paraît insolite », lit-on dans le discours de réception de l’autrice à l’Académie, qu’Adrien Jans a écrit mais n’a pas eu l’heur de prononcer puisqu’il est mort inopinément une semaine avant l’événement.
À son retour à Bruxelles, la jeune femme rencontre Pierre-Louis Flouquet et commence à collaborer au Journal des poètes en tant que poète, critique et conférencière. Les AML conservent une soixantaine de lettres que Dubrau a adressées à celui qui a été directeur de la revue jusqu’en 1967. On y aperçoit non seulement la complicité poétique qui règne entre eux, mais également, de temps à autre, le franc-parler de Dubrau : « Voici l’interview de [Raymond] Schwab. Quel chichiteux ! Il dit exactement ce que je dirais mais en plus pédant. Il a même respecté l’ordre des questions. Enfin, ce petit rigolo sera-t-il content ? Mystère. J’ai vu Pierre Emmanuel plein d’onction et de prudence. Je crois pouvoir faire un bon papier avec ce qu’il m’a dit. »[6] L’autrice sera l’une des têtes pensantes du Journal, avant et après-guerre, au sein d’un groupe fondamentalement masculin.
En 1935, elle épouse Fernand Janson, un professeur de morale. Ce mariage ne lui apporte pas le bonheur espéré ; le motif de l’amour conjugal décevant, marqué au sceau de l’incommunicabilité, sera un fil rouge dans sa production littéraire. L’année suivante, elle publie son premier roman, Zouzou[7], suivi du recueil de poésie Présences[8] et du recueil de contes Louise[9]. Ainsi ses débuts éditoriaux s’effectuent-ils dans les trois genres qui l’occuperont toute sa vie. Avec le recueil qui porte le prénom reçu à l’état civil, Louis Dubrau pose le cadre de ce qu’elle ne cessera jamais, en définitive, d’explorer à travers ses textes postérieurs, à savoir la quête de soi et la recherche de l’identité à travers le multiple. Car il y a toujours un peu, beaucoup, passionnément de Louise dans l’œuvre de Louis, quoiqu’il lui soit arrivé de s’en défendre. Son recueil Abécédaire reçoit en 1939 le prix Verhaeren et, en 1940, elle publie Amour, délice et orgue[10], un recueil d’aphorismes que préface Victor Larock, qui deviendra après-guerre député socialiste, puis brièvement ministre.
Au cœur de l’action
Tout en poursuivant ses activités littéraires[11], Louis Dubrau voit sa vie prendre un nouveau tournant avec la guerre. En 1940, elle s’engage dans la Croix-Rouge pour venir en aide aux populations réfugiées, aux prisonniers et aux blessés de l’annexe de l’hôpital Depage[12]. De cette expérience difficile, elle tirera un récit bref, Service de nuit, daté de décembre 1940 et publié dix ans plus tard[13]. À travers la narratrice à la première personne, c’est toujours elle que l’on devine en filigrane, dans un style singulier, relevant à la fois du réalisme et du lyrisme : « Vainement, j’appelle le sommeil. Trop éveillé, mon corps perçoit le crissement de la paille, le glissement d’une couverture déplacée. Hélas, je ne suis pas une infirmière. Je n’ai aucun titre, aucune pratique susceptible d’anesthésier en moi le libre jeu de la sensibilité. »[14]
L’époque l’amène également à l’action politique. En 1942, elle intègre l’Union des femmes (UFB), un groupe à visée internationale lié au parti communiste belge. Elle y assure des missions de renseignement et la rédaction d’une feuille d’opinion, Femmes dans la lutte, née dans la clandestinité en 1941 et qui deviendra en octobre 1944, Femmes dans la vie, revue où elle sera très active. Son engagement dans le mouvement et dans la militance l’amène à être nommée présidente de l’UFB[15] à la Libération[16]. Elle s’implique en particulier dans la défense des droits des femmes, à travers des articles et lors de prises de parole : « Il faut que les femmes votent. Il est profondément injuste de refuser à celles qui non seulement travaillent pour le bien-être de la société mais encore enfantent de cette société, tant au point de vue strictement lyrique qu’éducatif, le droit de désigner à qui, à quelles mains, elles remettent le fruit de leur labeur, de leurs veilles, de leurs soucis et de leurs sacrifices. »[17]
Toutes ces actions l’épuisent : « C’est très beau de brûler la chandelle par les deux bouts, mais encore faut-il qu’il reste de la chandelle et du train où je vais, il n’y aura bientôt plus qu’une épitaphe. »[18] Après la guerre, elle se retire de tous ses engagements politiques d’une manière qui apparait comme radicale : « […] j’ai refusé toutes les décorations et j’ai demandé aux organismes auxquels j’avais appartenu pendant la guerre de rayer mon nom de toute liste de ce genre. »[19] Elle fait parvenir sa résolution au parti, dans une formule qui laisse peu de place à la discussion : « Pour raison de santé et parce que mon activité littéraire requiert tout mon temps, je vous prie d’accepter ma démission du Parti Communiste. »[20] Bien qu’elle continue à s’impliquer dans diverses activités liées peu ou prou à la gauche et qu’on l’associera parfois au parti socialiste, elle abandonne définitivement toute militance politique au profit de la seule littérature.
Bâtir une œuvre et une littérature
Dans les années 1940 et 1950, Louis Dubrau rallie plusieurs initiatives qui contribuent à la réorganisation du champ littéraire de l’après-guerre. Elle y occupe souvent une position de pouvoir et, dans la plupart des cas, elle y est la seule personnalité féminine aux côtés d’un panel nourri d’hommes, prolongeant d’une certaine manière l’engagement féministe qui avait été le sien pendant la guerre. Elle est membre du jury du prix de poésie Max Rose[21], rejoint la section belge du Pen Club dont elle devient commissaire en 1946, puis secrétaire en 1948, tout comme le comité organisateur des Biennales de Poésie de Knokke, aux côtés des confrères qu’elle fréquente de longue date au sein du Journal des Poètes. Elle est une habituée de la Maison des Jeunes, de l’Association des Écrivains belges, etc.
Son activité littéraire prend, elle aussi, un nouvel envol. En 1946, elle fait paraitre L’an quarante[22], dont la matière s’ancre dans l’expérience récente de la guerre. En 1947 parait le roman Un seul jour[23], dans lequel « une jeune femme, déprimée, croit soudain voir le monde se figer et les derniers spasmes de sa vie se réfugier au sein d’elle-même. »[24] Manuelle est l’héroïne de ce long monologue, « audacieux et violent – tant par la forme que par le thème »[25], qui amène Dubrau à poser un regard impitoyable sur la vacuité de l’existence humaine. En 1948, c’est à nouveau la poésie qui l’occupe, avec le recueil Pour une autre saison[26], puis, en 1950, elle signe un nouveau roman, La part du silence[27], qui fait scandale en raison de propos que d’aucuns jugent licencieux. Pour sa part, le journal Le Peuple souligne la hardiesse du projet tout comme la dureté de ce roman sans concession, qui traite de « l’amour-prison, heureux ou malheureux ». Dubrau « traite ce sujet avec un réalisme intelligent, une lucidité, une justesse d’expression très grandes » et se « classe de plus en plus parmi les moralistes » ; avec « son esprit caustique, son mordant, son humour », elle « prend place dans la longue filiation des sceptiques, qui ne sont pas les moins amusants des gens de lettres… »[28]. Dont acte !
À partir des années 1950, Louis Dubrau entreprend des voyages réguliers à travers le monde. Bien avant que cela ne soit tendance, elle aime visiter ces terres lointaines seule, en dehors des circuits touristiques et au contact direct de la population. De ces périples autour du monde, elle ramène des souvenirs et des impressions[29], comme le reportage « Des deux côtés du rideau de sable » inspiré par son voyage en Israël[30], le recueil de poèmes Ailleurs. Poèmes de l’Équateur[31], consécutif à son premier séjour au Congo en 1955 ou La fleur et le turban[32], une série de récits tirés de ses visites au Proche et Moyen-Orient. Dans ces textes affleure son sens aigu de l’observation et son regard tantôt sensible, tantôt acerbe pour l’autre et l’ailleurs, comme dans cette description de la capitale iraquienne : « Sans doute y ‑t-il encore des voleurs à Bagdad, mais c’est là tout ce qu’elle garde de légendaire. On ne peut imaginer plus de laideur rassemblée en un moindre espace. Désordre, saleté, maisons dont les revêtements s’écaillent. La pierre et le béton y dominent, cependant elle évoque le “Bidonville” banlieusard. »[33]. Après un voyage à Madagascar et à la Réunion, elle écrit encore Les îles du Capricorne[34].
La décennie 1950 se révèle très productive pour Louis Dubrau. Émanation du Journal de poètes, la Maison du poète publie en 1951 L’arbre de connaissance, une suite de contes où est évoquée l’enfance solitaire d’une fillette. Le sujet est autobiographique, l’autrice ne s’en cache d’ailleurs pas : « J’ai vécu le drame de l’enfant unique, isolé, blessé par tout ce qu’il ne comprend pas. »[35] Dans l’interview accordée à Marcel Lobet, Dubrau se trouve dans l’obligation de se justifier quant à l’usage, dans ses textes précédents, d’un style considéré comme trop cru : « On m’a fait grief, à tort ou à raison, d’employer un langage trop direct, des mots trop réalistes sous la plume d’une femme. Je ne me suis assagie, mais je crois simplement que le sujet décide du langage. » On mesure ici la distance heureusement parcourue depuis lors en termes de conditionnement genré.
Suivent les nouvelles Double jeu[36], récipiendaires du prix Malpertuis, ainsi que les romans L’autre versant[37] (1953) et La Belle et la Bête[38]. Dès les titres, on identifie ce motif, déjà abordé précédemment, d’une part d’ombre et de dualité intrinsèque que chacun porte en soi, avec l’inévitable déchirement que l’une et l’autre charrient. La recherche du vrai, le souci de l’atmosphère et l’absence de faux-semblant finissent de caractériser les textes de cette période. Se défendant de l’accusation de produire une littérature pessimiste (sous-entendu, trop pessimiste pour une femme), elle tempère : « Il importe tout simplement d’enlever les masques, de voir les choses telles qu’elles sont, mais en gardant un optimisme qui permet de continuer à vivre. »[39]
Le temps de la reconnaissance
Si Louis Dubrau admet se sentir plus à l’aise dans le format concis du conte ou de la nouvelle, c’est pourtant grâce à un roman qu’elle va recevoir la consécration de ses pairs. En 1964, comme si un seul ne suffisait pas, deux de ses titres sont en compétition pour le Rossel, À la poursuite de Sandra et Comme des gisants, tous deux publiés chez Albin Michel ; le premier emportera la mise. Dans ce texte à la chronologie éclatée, la romancière vise à « montrer comment on ne connaît vraiment un être que lorsqu’on l’a perdu. »[40] L’intrigue est relativement simple : Pierre, un ancien amant de Sandra, se met à sa recherche et tente de percer le mystère de sa disparition. Cette enquête l’emmène sur les traces laissées par cette jeune femme aussi énigmatique que magnétique, de Paris à Lisbonne et des Açores à Abidjan, soit des lieux que Dubrau elle-même a visités. Plus le protagoniste pense l’approcher en remontant le fil de celles et ceux qui ont croisé sa route, plus Sandra se dérobe à lui, se rendant toujours plus insaisissable. Il s’agit sans doute du roman le plus abouti de Dubrau, celui d’ailleurs qu’elle avoue préférer, avec Un seul jour[41]. Le dispositif narratif qui consiste à brosser le portrait d’une héroïne à travers les seuls témoignages des personnes qui l’ont connue, déjà éprouvé dans À la poursuite de Sandra, trouve un nouvel avatar avec Les témoins[42]. En alternant les dialogues entre le père et le fils d’une femme morte, Dubrau met ici à l’épreuve une structure relativement moderne, tout en profilant encore davantage son style concis et sans emphases.
Entre 1968 et 1985, Dubrau publie des romans et récits mettant en scènes de rendez-vous manqués, des attentes déçues, un bonheur qui s’échappe, parfois tragiquement. C’est Le bonheur cellulaire[43], Les témoins, Le cabinet chinois[44], À part entière[45], Jeu de massacre[46], Les imaginaires[47], La femme forcée[48]. Une telle production se laisse difficilement synthétiser en quelques mots… Retenons peut-être l’originalité du dispositif de la nouvelle Jeu de massacre, qui donne son titre au recueil et que résume ici Albert Ayguesparse : « [Il s’agit d’]une romancière [qui] est amenée à faire son autocritique, à rechercher dans quelle mesure les personnages du roman qu’elle a écrit ressemblent à leurs modèles. […] une nouvelle à l’intérieur de la nouvelle, et rien n’est plus passionnant que ce jeu cruel, un rien hallucinant […]. »[49]
Le 6 mai 1972, Louis Dubrau est admise à l’Académie de Langue et Littérature françaises de Belgique, événement qui vient parfaire la reconnaissance de ses pairs. Comme cela a été le cas dans les autres institutions et mouvements qui l’ont admise en leur sein, Dubrau va s’impliquer activement dans cette nouvelle responsabilité, dont elle devient directrice pour l’année 1978. Elle décède le 16 mai 1997, à 93 ans, et repose dans l’une des dix tombes du Jardin des Poètes, ce carré du cimetière de Mont-Saint-Aubert (Tournai) créé à l’initiative de Géo Libbrecht, qui fut son ami.
« Partir. Ne plus se souvenir / D’aucun ciel, d’aucun nuage… / Éternel voyageur d’un éternel voyage »[50], écrivait-elle en 1937. Espérons que le lecteur et la lectrice d’aujourd’hui et de demain puissent au contraire se souvenir de Louis Dubrau, dont l’œuvre s’incarne dans la quête exigeante d’un nouvel imaginaire destiné à démêler la complexité des rapports humains.
Laurence Boudart
[1] Frédéric KIESEL, Louis Dubrau, Bruxelles, Pierre de Meyere, coll. « Portraits » n°20, 1971, p. 7.
[2] Adrien JANS, « Réception de Mme Louis Dubrau », dans Bulletin de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises, Tome LI, n°2, Bruxelles, Palais des Académies, 1973, p. 64.
[3] « L’auteur répond », dans Frédéric KIESEL, op. cit., p. 71.
[4] Claire LEJEUNE, « Discours [de réception] », dans Bulletin de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises, tome LXXXVI, n° 1–2, Bruxelles, Palais des Académies, 1998, p. 100.
[5] Sa correspondance, par exemple, en témoigne ostensiblement.
[6] FS18 13/1301.
[7] Paris, Éditions Albert, 1936. Celui-ci lui vaut un long article dans le journal rexiste, Le pays réel, dans lequel Paul Torrent lui reconnaît « un talent incontestable » et lui prédit un bel avenir : « Je salue son aurore avec beaucoup d’enthousiasme et, du même coup, les splendides heures qui vont venir. » (Le pays réel, 20/7/1936, p. 6).
[8] Bruxelles, Éditions Cahiers du Journal des Poètes, 1937.
[9] Paris, Éditions Albert, 1938.
[10] Bruxelles, Éditions La Maison du Poète.
[11] Elle publie des poèmes dans la collection « Messages », deux romans policiers aux éditions du Jury en 1942 – Le destin de Madame Hortense et L’art du crime –, un essai, Malherbe et son école aux éditions Labor. Elle donne en outre des conférences et se retrouve au sommaire de l’Anthologie de la Décade : 1930–1940.
[12] Dossier Louis Dubrau, Archives du CarCob.
[13] Bruxelles, Éditions du Temple, 1950.
[14] Louis DUBRAU, Service de nuit, Bruxelles, Éditions du Temple, 1950, p. 11.
[15] On la voit dans la tribune du 1er Congrès national de l’Union des femmes (15–17 décembre 1945), archives CarCob.
[16] Elle prend part au congrès organisé à Paris les 5 et 6 septembre 1945 en vue de l’organisation du Congrès international des femmes (Interview dans Le drapeau rouge, 12/9/1945, pp. 1–2).
[17] Document dactylographié non daté, non signé, attribué à Louis Dubrau, CarCob, dossier Louis Dubrau.
[18] Louis DUBRAU, lettre à Pierre-Louis Flouquet, 8 janvier 1945, AML, cote FS18 00013/1324.
[19] Louis DUBRAU, lettre à Pierre-Louis Flouquet, 31 octobre 1946, AML, cote FS18 13/1455.
[20] Louis DUBRAU, lettre adressée au Secrétaire du Parti communiste belge, 13 février 1947, CarCob, dossier Louis Dubrau. Elle réaffirme sa décision dans une lettre datée du 6 mars 1948 : « il n’est plus question pour moi de m’occuper d’aucune politique ni d’appartenir à aucun groupe qui, tôt ou tard me demanderait une prestation à laquelle je ne suis plus en mesure de répondre. » (Idem).
[21] Organisé par l’association des Jeunesses littéraires de Belgique, il récompense des jeunes poètes de moins de 35 ans.
[22] Bruxelles, éditions du Carrefour.
[23] Paris, Corrêa.
[24] GUILLAUMET, « Le monde des livres », Les Nouvelles littéraires, 9 octobre 1947, p. 3.
[25] Ibid.
[26] Antibes, Éditions des Îles de Lérins, 1948.
[27] Bruxelles, Éditions L’Écran du monde, 1950.
[28] F. D., « La part du silence », Le Peuple, 7/2/1950, p. 4.
[29] Plusieurs de ces reportages seront publiés dans des revues (Synthèses, Audace, Le Thyrse, Revue générale) ou dans la presse généraliste (La Lanterne, Le Phare dimanche, Le Soir).
[30] Publié dans le premier numéro de la revue Audace, créée en février 1954 par Carlo de Mey.
[31] Paris, Librairie des Lettres, 1956.
[32] Bruxelles et Paris, Brepols et Garnier, 1959.
[33] Louis DUBRAU, « Le Judas innocent », La fleur et le turban, Bruxelles, Brepols, 1959, p. 55.
[34] Bruxelles, André de Rache, 1967.
[35] Marcel LOBET, « Louis Dubrau, à propos de L’arbre de la connaissance », Le Soir, 27/1/1961, p. 7.
[36] Bruxelles, Éditions L’Écran du monde, 1952.
[37] Bruxelles, La Renaissance du livre, 1953.
[38] Bruxelles, La Renaissance du livre, 1961.
[39] Marcel LOBET, « Louis Dubrau. Romancière, voyageuse et poète », Le Soir, 1/11/1961, p. 8.
[40] A[drien] J[ans], « Un quart d’heure avec… Louis Dubrau, Prix Victor Rossel 1964 », Le Soir, 10/11/1964, p. 5.
[41] Frédéric KIESEL, Louis Dubrau, Bruxelles, Pierre de Méyère, coll. « Portraits », n°20, p. 74.
[42] Bruxelles, André De Rache, 1969.
[43] Bruxelles, Pierre de Méyère, 1968.
[44] Paris, Louis Musin, 1970.
[45] Bruxelles, Renaissance du Livre, 1974.
[46] Bruxelles, Pierre de Méyère, 1977.
[47] Bruxelles, Renaissance du Livre, 1982 ; prix de la Communauté française 1981.
[48] Bruxelles, Éditions La Rose de chêne, 1985.
[49] Cité par Claire LEJEUNE, « Préface », dans Louis DUBRAU, À la poursuite de Sandra, Bruxelles, Académie Royale de Langue et de Littérature françaises, 2000, p. XVII.
[50] Louis DUBRAU, Présences, 1937.
1942–1943 : l’intermède policier de Louis Dubrau
Dans le parcours littéraire de Louis Dubrau, essentiellement marqué par la poésie, le roman et la nouvelle, le carrefour des années 1942–1943 a quelque chose de singulier. Alors qu’elle se lance en littérature dès 1936, l’autrice bénéficie rapidement d’une certaine reconnaissance littéraire en Belgique comme en France, où elle publie notamment le recueil Abécédaire récompensé par le prix Verhaeren en 1939. Mais cette carrière, comme bien d’autres par ailleurs, se heurte à l’implacable bouleversement que constitue le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Cette situation inédite semble pousser l’autrice à une parenthèse qui durera le temps d’une année. Elle se tourne en effet vers un genre populaire et de grande consommation situé alors aux antipodes de la forme poétique qui caractérisait ses débuts : le roman policier. Elle publie ainsi coup sur coup, dans la collection « Le Jury » dirigée par Stanislas-André Steeman, deux récits : Le destin de Madame Hortense (1942) et L’arme du crime (1943). Après cette double expérience policière, elle abandonne définitivement le genre pour une carrière prolifique bien éloignée des littératures populaires et qui l’amèneront, notamment, à être élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1972.
Pour étonnante qu’elle puisse paraitre, cette incursion n’est pourtant pas si exotique si on la replace dans le contexte de la littérature belge durant la Seconde Guerre mondiale. Coupée de la France par l’occupant, le marché du livre francophone n’est alors plus alimenté par la production de sa voisine. Cette situation inédite provoque, à partir de 1941, un formidable essor de l’édition belge qui voit la naissance de dizaines de maisons d’éditions et de collections à l’identité générique forte. Dans cette profusion de propositions, c’est assurément le policier qui domine. Très populaire depuis le début du 20e siècle, le genre connait une première heure de gloire en Belgique dès avant les années 1940, notamment grâce au succès international que rencontrent à la fois Georges Simenon et Stanislas-André Steeman. Mais durant cette période 1940–1945, parfois désignée comme l’âge d’or du roman policier belge, c’est une partition aux enjeux plus identitaires qui se joue alors. Car se développe autour du roman policier, tout un discours critique et médiatique voulant faire de ce genre, dans une forme inspirée par l’approche psychologique qui a fait le succès de Simenon, le représentant de la singularité des Lettres belges francophones. Sous le patronage symbolique de l’inventeur du commissaire Maigret (il vit alors en France et ne participe pas activement à cette dynamique), une série d’acteurs littéraires de l’époque, au premier rang desquels il faut placer Steeman, vont alors stimuler une importante production signée uniquement par des plumes belges.
La plus célèbre de ces initiatives, et certainement la plus réussie, n’est autre que celle entamée par Steeman lui-même avec « Le Jury ». Cette collection de fascicules puis de romans brochés parait de 1940 à 1944, date à laquelle l’occupant interdit sa publication. L’énergie qu’il déploie dans le succès de sa collection ainsi que l’aura dont il bénéficie en Belgique lui permettent d’agréger de nombreuses personnalités en dehors même du cercle restreint des auteurs de romans policiers. Il va ainsi attirer des figures qui bénéficiaient déjà d’un statut littéraire en dehors du policier, comme le surréaliste Max Servais ou Louis Dubrau. L’influence de Steeman et de sa collection sur l’intermède policier de l’autrice n’est certainement pas à négliger, mais se joue alors un phénomène qui dépasse le seul fait de l’auteur de L’assassin habite au 21 puisqu’ailleurs d’autres incursions tout aussi inattendues se font jour, comme en témoigne la publication, également en 1942, d’un étonnant roman policier pour enfant, L’oreille volée, signé Marie Gevers.
Entre opportunité éditoriale et intérêt nouveau pour un genre jusqu’alors largement méprisé, ces autrices et auteurs sont donc nombreux à s’initier au policier. « Je suis encore tout étonnée […] d’avoir osé affronter le public du Jury. J’ai toujours peur qu’il ne crie à l’imposture et ne me renvoie à mes contes, à mes romans et à mes poèmes », confie Louis Dubrau l’autrice dans la préface de L’arme du crime. Dans cette vaste production, l’autrice apparait pourtant comme une élève appliquée et plutôt talentueuse. Appliquée car elle ne déroge pas au cadre traditionnel du genre : une victime, un enquêteur, des témoins et un coupable à identifier au moyen d’interrogatoires et de déductions logiques. La romancière tisse même les premiers fils de ce qui aurait pu être une série puisque les deux aventures mettent en scène le même enquêteur, l’inspecteur Ambroise, doté d’une esquisse de caractère qui ne demandait qu’à se déployer. Mais au-delà de ces éléments génériques, les récits sont aussi l’occasion d’explorer des thèmes chers à l’autrice : l’incompréhension tragique des couples et la nécessaire solidarité des femmes ici conjugués dans des intrigues policières parfaitement efficaces.
Nicolas Stetenfeld
- Articles parus dans Le Carnet et les Instants n°223 (2025)





