Nadine Monfils, La vieille qui voulait tuer le bon Dieu

Sur la route de Monfils

Nadine MONFILS, La vieille qui voulait tuer le bon Dieu, Bel­fond, 2013 

monfils la vieille qui voulait tuer le bon dieuTan­dis que la série louftingue des « Enquêtes du com­mis­saire Léon » pour­suit le cycle de ses réédi­tions, Nadine Mon­fils retrou­ve une autre de ses créa­tures, l’in­fecte Mémé Corne­muse, vieille garce crim­inelle et salace dont on con­naît les trois pas­sions : Jean-Claude Van Damme avec qui elle entre­tient un dia­logue mys­tique, Annie Cordy, son idole de la chan­son, et les Écos­sais parce qu’ils ne por­tent rien sous leur jupe. La vieille qui voulait tuer le bon Dieu s’ou­vre sur un dou­ble meurtre dans l’im­meu­ble dont Corne­muse occupe la loge de concierge avec son aménité habituelle.

Détail, les mains des frères Mar­cel et Bouboule ont été coupées comme leur sexe que l’on retrou­ve plan­tés, qui dans un camem­bert, qui dans un pâté. Ginette Plouf, l’épouse de Mar­cel et ado­ra­trice de Lady Di, encore éblouie par une infidél­ité con­som­mée sur un capot de Mer­cedes, va men­er sa petite enquête dans cet immeu­ble far­ci, comme tous les immeubles, de bipèdes imprévis­i­bles. Entretemps, Corne­muse qui aura fait un drôle de ménage pré­pare le braquage d’une bijouterie avec son pro­tégé Jef Stu­ut. Plan com­pro­mis par l’héberge­ment de la crim­inelle Miche­line Mar­ti­ni dans le cou­vent d’en face ! Bien enten­du, cet entrelacs d’élé­ments préoc­cu­pants n’est que la très décente mise en bouche d’un gueule­ton où cha­toient les dons sin­istres et gail­lards de Corne­muse, aus­si experte à ®abat­tre les mâles qu’à lire l’avenir dans leur géni­toire droit. On pour­ra la féliciter au pas­sage de son mariage avec Gilbert Mon­tag­né ou de l’ex­is­tence soudain révélée d’un fils ban­quier dont la for­tune atteste, à ses yeux de braque­use, une hérédité sans faille. Tout cela avec cet art du clair-obscur (ou du rose-noir) qui mêle un poème de Mau­rice Carême au tableau d’un mas­sacre ou une chan­son nunuche de Lisette Jam­bel à l’as­sas­si­nat de Dieu, tiré comme un faisan.

Ghis­lain Cot­ton


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°177 (2013)