Nadine Monfils, Monsieur Emile

Elle a l’aspect charmant d’une adorable rousse”(Apollinaire)

Nadine MONFILS, Mon­sieur Emile, Gal­li­mard, coll. “Série noire”, 1998

monfils monsieur emileAlphonse, qui n’a qu’une couille, ce qui ne le préserve pas de la chaude-pisse, soigne sa ver­rue en la frot­tant (recette belge) d’un os humain et observe à la longue-vue la rousse Bet­ti­na : ses poils pu­biens sont noirs. Mon­sieur Emile, quand Nicky le nég­lige, s’arrange « pour se couch­er à côté d’elle et lâch­er des pets mon­strueux ». La Belge Car­men Dubou­chon, alias Annick Tamèr, viv­ote en écrivant des BD pornos, élève des lap­ins nains et a une sacrée pétoche du schnouf­m­ouf.

On a décapité Chrys­tine pour four­rer sa tête dans l’aquar­i­um. Le com­mis­saire Kamikaze ne dés­espère pas de dénouer l’in­trigue en faisant du cro­chet. Les lap­ins nains boulot­tent le cadavre du fac­teur et font la fine bouche devant son zizi sec­tionné. Le rat Mar­cel n’est pas si regar­dant, qui grig­note un doigt de Car­men, dont la cage tho­racique grouille de vipères qu’Al­phonse nour­rit aimable­ment de souris. Une carte postale représente le Pont du Dia­ble à Thueys (qui tuait qui ?). Les let­tres d’amour de Ray­mond, « ça com­mençait rose bon­bon et ça se ter­mi­nait rose crou­pi­on. » La douce Marie s’est décou­vert un ancêtre, Joseph Va­cher, éven­treur de bergères qui rêvait tant de ressem­bler à Jack l’Even­treur. Agnès ne veut pas renouer avec François : « J’ai pas l’temps parce que je suis morte. » Ajouter une boulette de papi­er, un fau­teuil Louis XV, un bâton­net de test de grossesse, un col­lier en macramé, une tête de lapin dans une cuvette de W.-C., un fœtus em­broché en vue du bar­be­cue, un kayak dans les rapi­des d’Ardèche, une jambe de bois, un petit ami par­ti dans sa cabane au Cana­da. A l’ex­em­ple de l’ex­cel­lent cor­don bleu qu’est Nadine Mon­fils, mix­er le tout à tout berzingue, épicer de per­ver­sité, d’hu­mour poilant et de pas­sion de l’écri­t­ure (dont l’alacrité des dia­logues et l’o­rig­i­nal­ité des comparai­sons : « Marie, avec son air de petite souris qui grig­note les étoiles de la nuit. » / « Quand les gens nous man­quent, les jours sont pareils à un chew­ing-gum sur lequel on tire indéfin­i­ment. »), mélanger les gen­res sans que la sauce se fige ou se déglingue — c’est le roux qui lie la sauce, mais surtout, oh surtout ne pas épais­sir ! —, cuire à brefs cha­pitres bouil­lon­nants, servir chaud/froid, dé­guster rapi­de­ment. Un régal !

Pol Charles


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°104 (1998)