Une orgie de chocolat
Nadine MONFILS, Nuits retroussées à Venise, Tabou, coll. « Vertiges », 2011
Si l’érotisme magique avait une capitale, ce serait assurément la ville des Doges. Nadine Monfils en serait une des citoyennes d’honneur. Et tout en convenant avec Truman Capote que Venise « c’est comme manger une boîte de chocolats à la liqueur, d’un seul coup », elle proclame sans vergogne le « délice de faire des excès de temps à autre ». Il faut dire qu’elle ne lésine pas sur les épices dont elle farcit la ganache de ces courtes nouvelles. Avec un peloton de jeunes personnes happées par les effluves pervers de la ville et par les mystères joyeux de la rencontre à risques, conclue le plus souvent dans les fééries extatiques d’un sado-masochisme vigoureux, agrémenté de pénétrations monstrueuses et de troublantes métamorphoses. Fastes encore savamment exacerbés par l’ingénuité des visions et vibrations poétiques. Moments parfois rêvés? Pourtant, que penser de ces traces et griffures au réveil? Mais les hommes aussi peuvent être les proies des fantasmes vénitiens. En particulier des tueurs à gages coincés entre leurs contrats et leur fascination pour la femme qu’ils condamnent à mort. Quant aux rats qui parcourent les pages, on les imagine sortis des canaux comme une expression même des ensorcelantes et vénéneuses dépravations que cette « boîte de chocolats » peut inspirer et nourrir.
Ghislain Cotton
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°168 (2011)