Nadine Monfils, Tequila frappée

Une banlieue tapée : cauchemar ou grand guignol ?

Nadine MONFILS, Tequi­la frap­pée, Bel­fond, 2009

monfils tequila frappéeDéjà son nom, « Pan­dore », libère un tas de con­no­ta­tions, des plus poé­tiques et gra­cieuses aux plus hor­ri­bles, voire aux franche­ment ridicules. Un nom de ban­lieue inspi­rant, pour Nadine Mon­fils, qui nimbe celle-ci d’une atmo­sphère cha­toy­ante et fan­tas­tique où se croisent pétales de rose, explo­sion flam­boy­ante, meurtres sanglants et jeux sadiques. Tel est le monde fam­i­li­er et pour­tant renou­velé de l’auteure, dans Tequi­la Frap­pée, son dernier roman.

Tequi­la, c’est la bois­son favorite de l’inspecteur Lynch, mais c’est aus­si le surnom qu’il a don­né à son unique com­pagne, une chi­enne qui n’a rien de séduisant, si ce n’est des câlins volon­taristes et un sourire inef­fa­ble, à l’heure où elle prend l’apéro avec son maître, elle dans le fau­teuil con­fort­able et lui où il peut. Dans la ligne de Baby­lone Dream, Prix Polar 2007 au salon Polar & co de Cognac, Tequi­la frap­pée est un thriller réus­si, pal­pi­tant à souhaits, avec toute la frag­men­ta­tion néces­saire d’une intrigue qui joue savam­ment de la rup­ture du suivi et donc de l’impatience du lecteur, entre sus­pense et déri­sion. Cette struc­ture et la pra­tique d’un vocab­u­laire, lui aus­si tout en relief alterné entre sen­si­bil­ité, finesse, et grossièreté assumée, pra­tiques bien plus délibérées qu’il y paraît, avec des nuances qu’on nous donne  à com­pren­dre ou à devin­er dans le détour, con­courent à la maîtrise totale d’un genre. On ne peut aus­si qu’apprécier un art con­som­mé des noms, surnoms ou sobri­quets des dif­férents inter­venants. Lynch et Barn sor­tent prob­a­ble­ment d’un quel­conque réper­toire améri­cain, inat­ten­du pour ces deux policiers, ter­ri­ble­ment français, seuls et déprimés s’ils n’avaient l’un, une chi­enne – et laque­lle ! Tequi­la –, l’autre, un chat, Mid­night et, en com­mun, une maîtresse servi­able, la pute Coco, « une bouf­fée d’oxygène à elle toute seule ». Une vie de flic, c’est dur ! On s’en sort avec l’humour noir ou le sens de la mis­sion : soit apais­er les drames des gens en menant habile­ment  son enquête et en démasquant le coupable. Ici ce ne sera pas facile, bien enten­du. Bon nom­bre d’indices seront relevés et de vrais ou faux mau­vais, sus­pec­tés, avant que sur­gisse la vérité. Ain­si va le bon polar. Quant à l’aspect thriller, il va de pair avec la mul­ti­pli­ca­tion des drames et leur accéléra­tion, qui se pour­suit jusqu’à la toute fin. Il ne faut pas compter sur cet arti­cle pour en sur­pren­dre le moin­dre bout. Sachez tout de même, tout sus­pense redou­blé et plaisir assuré, que vous ren­con­tr­erez, au fil de l’histoire, le plus intéres­sant de la pop­u­la­tion de Pan­dore. Out­re les ani­maux déjà cités et leurs hommes, vous fer­ez la con­nais­sance d’une Alice sans miroir, d’un Cousteau au sous-marin ter­restre, d’un mon­sieur Green dirigeant un asile, d’une Berthe, le pied ! , de Magritte et ses hommes au cha­peau boule, d’une concierge Chiq­ui­ta parce qu’elle s’habille en jaune et d’un épici­er plus banale­ment con­nu sous le nom de Bébert, dont le prin­ci­pal mérite est d’être l’époux d’une pro­fesseure de rum­ba. Bref, que du plaisir et, en défini­tive, la promesse d’une ren­con­tre fugi­tive avec l’une ou l’autre des nom­breuses petites filles crim­inelles bien con­nues de Nadine Mon­fils.

Jean­nine Paque


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°157 (2009)