Colette Nys-Mazure, Contes d’espérance

Une porte se ferme, une autre s’ouvre

Colette NYS-MAZURE, Con­tes d’espérance, Desclée de Brouw­er, 2010

nys mazure contes d'espéranceColette Nys-Mazure a rassem­blé quelques his­toires brèves qui se déroulent toutes au moment de la Noël. Une petite ving­taine de nou­velles com­posent le recueil qui s’intitule Con­tes d’espérance. Textes très brefs le plus sou­vent, de qua­tre à huit pages. Seuls quelques-uns sont un peu plus longs. Peut-on par­ler de con­tes de Noël à leur sujet ? Pas au sens tra­di­tion­nel en tout cas. En effet, plutôt que d’histoires mer­veilleuses ou opti­mistes, il s’agit d’infimes bribes de des­tins, pas tou­jours drôles, par­fois à la lim­ite du trag­ique, des his­toires comme on peut en crois­er tous les jours dans la rue, sans tou­jours les remar­quer, des­tins de soli­taires, céli­bataires ou retraités, qui repren­nent gout à la vie à la faveur d’une ren­con­tre ou parce qu’ils con­sta­tent qu’ils peu­vent encore aider les autres…

Atteinte d’un can­cer, Antoinette dis­simule sa mal­adie à sa fille adop­tive pour ne pas ternir son bon­heur tout frais et s’éteint douce­ment un peu avant la nais­sance de son petit-fils. M. Brice, insti­tu­teur à la retraite, se met à aider deux goss­es des rues à faire leurs devoirs avec l’espoir de leur éviter de som­br­er dans la mis­ère. Véronique elle-même, porte sec­ours à une femme voilée croisée dans une échoppe de deux­ième main et l’accompagne à l’hôpital, avant de finir par accouch­er le même jour qu’elle dans la cham­bre où elle lui rendait vis­ite. Plus loin, c’est une sex­agé­naire dont le fils vit aux États-Unis et qui, plutôt que de ven­dre sa mai­son et d’aller en mai­son de retraite, suit le con­seil avisé d’un voisin et accueille chez elle une deman­deuse d’asile et sa fille blessée.

Par­fois, un rien de fan­tas­tique, comme dans l’histoire d’André, chirurgien déchu, qui reprend con­tact avec l’Afrique un soir de Noël et qui cherchera en vain le lende­main l’impasse où une famille d’immigrés du Niger l’a accueil­li à bras ouverts. Quelques des­tins de femmes aus­si, qu’un homme a quit­tées et qui, en se rep­longeant dans des rela­tions antérieures, avec un père éloigné, avec des amies, retrou­vent le courage de vivre. Lais­sons la con­clu­sion au pré­faci­er du recueil, Claude Goure : « Ces his­toires de vies au creux du quo­ti­di­en le plus quo­ti­di­en, ces con­tes de la vie ordi­naire que Colette Nys-Mazure tran­scende par la grâce de son regard et de son écri­t­ure, je les lis comme de mod­ernes paraboles où, à un moment pré­cis, mys­térieuse­ment, il suf­fit d’un regard, d’un peu de ten­dresse, d’un peu d’amour, d’un peu de con­fi­ance et d’un peu d’amour pour se sen­tir guéri… »

René Begon


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°166 (2011)