Le parti de vivre
Colette NYS-MAZURE, Courir sous l’averse, Desclée de Brouwer, coll. “Littérature ouverte”, 2009
Pas vraiment des nouvelles. Des petits tableaux, instants de vie saisissant les personnages dans leur vérité sensible. Des bribes d’une chronique intime. Des impressions de voyages, à Rome ou à Riga, en résidence d’écrivain. Des éclats de mémoire. Le noir d’un mauvais rêve. Le bleu du matin guetté à la fenêtre.
On retrouve, dans Courir sous l’averse, l’auteur de Célébration du quotidien, Secrète présence… Attentive à l’autre ; aux chansons légères des jours et à leur musique profonde. Sa foi en la vie.
Colette Nys-Mazure ne se défend pas de cet «air de famille» qui relie ses écrits, au contraire. «Mes textes sont pétris d’autres textes ; ils s’adressent un clin d’œil complice à l’intérieur du travail cohérent que je tente.»
Textes courts, dépassant rarement trois ou quatre pages, où se croisent visages, états d’âme, destinées.
L’auteur et ses personnages courent dans la lumière et sous l’averse, d’un moment de grâce à un pincement de détresse, sans jamais semer l’enfant qu’ils furent, que secrètement ils restent.
Quelques-uns, pourtant, ont perdu le goût, la force de courir au-devant de la vie. Ils se sont immobilisés, désemparés, au bord du désespoir. L’amoureuse délaissée, qui ne sait plus qui elle est, comment se reconstruire. («Tu étais l’ami, l’amant, le compagnon. Tu peuplais l’espace à toi seul. […] Peut-on renaître ?») Jean, le professeur retranché dans une hautaine solitude, inguérissable d’une blessure d’enfance, qui ne croit plus en ses élèves, en son métier, ni en son histoire. Ou Amélie, qui s’aperçoit que sa maison et son existence, impeccablement nettes et rangées, fermées à la fantaisie, à l’imprévu, sont devenues un désert, où règne «l’ordre, mortel comme un péché».
Mais «le parti de vivre», presque toujours, l’emporte. Inséparable de l’élan d’aller vers l’autre, de le rencontrer, de s’ouvrir à lui. Il suffit parfois d’un livre dépassant d’une poche pour susciter le dialogue, peut-être l’amitié. Et quelle promesse de bonheur quand ce livre est signé Edith Wharton…!
Tant pis, nous dit entre les lignes Colette Nys-Mazure, pour les importuns, les gâcheurs de plaisir et de paix. Tant pis pour les petites misères, les embûches, les déconvenues. Il y a tant à découvrir, à sentir, à partager…
Et, fidèle à elle-même, elle clôt son livre par une ode à la maternité, au miracle de chaque naissance. Aux «femmes d’ici et d’ailleurs», ardentes, vaillantes, opiniâtres, qui, même au fond du désastre, vont se relever, se remettre en marche, «rameuter la vie».
Francine Ghysen
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°159 (2009)