Colette Nys-Mazure, Dieu au vif

La vie prise au vif des mots

Colette NYS-MAZURE, Dieu au vif. Sur le chemin où Tu m’espères, Médi­as­paul, coll. “Grands témoins”, 2014

nys mazure dieu au vifLes pre­miers jours d’automne nous appor­tent un nou­veau livre de Colette Nys-Mazure, Dieu au vif. Sur le chemin où Tu m’espères. Il s’articule en trois sec­tions qui évo­quent l’enfance et la vie de l’auteure (« Trace en pointil­lé »), sa pas­sion de la lit­téra­ture (« Lire, écrire, partager »), qu’elle pra­tique comme lec­trice, comme écrivaine et comme enseignante et ani­ma­trice d’ateliers d’écriture, et enfin ses réflex­ions sur l’Église d’aujourd’hui, la place des femmes (aus­si dans le monde des let­tres), des éclats de « l’essentiel de [son] expéri­ence spir­ituelle ». 

C’est cette dernière par­tie qui donne son titre au livre, de manière peut-être un peu for­cée, col­lec­tion « Grand Témoins » oblige car, en réal­ité, la lec­ture et l’amour des livres et des mots  sont un fil con­duc­teur au moins aus­si présent que la foi de l’auteure. Nous décou­vrons, au fil des épisodes évo­qués, une petite fille amoureuse des livres avant même de savoir lire, une lec­trice éclec­tique, un pro­fesseur tou­jours en recherche de la meilleure manière d’éveiller chaque élève au plaisir de la lec­ture comme « mal­adie con­tagieuse », une femme qui « red­oute la parole détenue par une seule voix, prise au piège de sa pro­pre élo­quence [et qui] préfère et de loin, le tra­vail d’atelier, la cir­cu­la­tion des expéri­ences et des savoirs tou­jours par­tiels ».

Colette Nys-Mazure ne porte pas sa foi en ban­doulière mais, tout en étant habitée et nour­rie par sa rela­tion à Dieu, elle pra­tique et partage « le poème et la prière comme forme fon­da­men­tale du lan­gage et de la rela­tion ».

Ce livre est riche en petits bijoux ciselés (ah le plaisir de l’ottoman noir et du tus­sor bleu dans « La robe noire »), et en « hyper-liens », pour adopter le lan­gage infor­ma­tique, car l’auteure est généreuse en évo­ca­tions d’une quan­tité de livres – surtout des recueils de poésie – qui don­nent au lecteur des idées et des envies de lec­ture : René Char, François Cheng, Gabriel Ringlet, Albrecht Goes, Marie Noël, Jules Super­vielle … ou Colette Nys-Mazure.

Mar­guerite Roman


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°184 (2014)