Paroles partagées
Colette NYS-MAZURE, L’envers & l’endroit, précédé de Tapisserie angevine, Cénomane, 2011
L’idée est originale : réunir les textes des participants d’un atelier d’écriture, peu familiers de l’expression orale et écrite, comme de la lecture, et les dix nouvelles que cette expérience prenante a inspirées à un écrivain, Colette Nys-Mazure, qui animait cet atelier. Celui-ci se déroulait l’an dernier au château d’Angers et au musée Jean Lurçat, d’où le titre de la première partie du livre, Tapisserie angevine, placée sous l’invocation du célèbre artiste : « La vie, pour qui tente de vivre droit, c’est chose sucrée et salée, douce et amère, convulsive et sereine. »
Nous vivons donc les étapes d’un atelier d’écriture. De l’art de rompre la glace, de susciter le récit d’un souvenir personnel sur un thème donné (l’attente, par exemple) à l’invention de jeux, d’exercices d’observation, de réflexion, au fil desquels s’éveille, prend forme et couleur, un élan, un mouvement de création. Se libèrent la mémoire, l’imagination.
Tout est propice à l’éclosion de la parole personnelle : les feuilles, pétales ou cailloux, ramassés dans le parc du château ; le prénom de chacun ; la tapisserie exposée au musée qu’ils ont préférée… Et l’on sent monter le plaisir, l’émotion de dire. De se dire.
« D’eux à moi », résume Colette Nys-Mazure, « j’ai perçu le poids du non-dit et de l’héritage familial, la place irremplaçable des grands-parents, aussi bien que le sentiment « d’avoir été oublié ». La souffrance des dérives scolaires ou professionnelles, de l’échec amoureux. Le souci des enfants […] ».
À partir de là, elle a écrit des nouvelles, contes, fragments qui composent le second volet du diptyque, intitulé L’envers & l’endroit.
Ici affleure une douleur vivace (De manière accidentelle, L’empêchement). Là perce la solitude de l’enfant, désarmé face au monde incompréhensible, inquiétant des adultes (À la vie, à la mort, Adul-taire). Ailleurs s’égrènent des anecdotes de la vie quotidienne saisies au vol, parfois un peu minces…
Un livre à plusieurs voix, qui sonnent vrai.
Francine Ghysen
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°168 (2011)