Brèves rencontres
Colette NYS-MAZURE, Perdre pied, Desclée de Brouwer, coll. “Littérature ouverte”, 2008
Le premier roman d’un auteur qui jusqu’ici cultivait la forme poétique et, dans ses livres en prose, privilégiait l’essai et la chronique intime.
Un court roman-mosaïque, sans prétention, qui se joue en une semaine d’été, au bord de la Manche. Entrecroisant les pas, les voix d’une poignée de personnages, réunis par le hasard et le soleil des vacances, et que Colette Nys-Mazure dessine d’une plume chaleureuse, compréhensive, avec leurs blessures secrètes, leurs attentes, leur quête de vérité, d’accord — de réconciliation, parfois — avec soi-même, avec les autres, avec la vie.
Il y a ceux qui demeurent, qui habitent le paysage : Jeanne, la soixantaine, généreuse, attentive, qui loue des chambres d’hôtes dans sa maison au toit de chaume, car elle «aime accueillir des inconnus en escale». Antoine, son mari, peintre de marines, qui ne se lasse pas d’ «inscrire la mer contre le fugitif», de «retenir la vague qui déjà s’effondre», mais sent monter en lui la marée du soir. Un jeune voisin, Julian, qu’un accident de moto a cloué dans un fauteuil roulant, et qui, passionnément curieux des êtres, les observe, les devine, tisse des liens d’amitié.
Il y a ceux qui sont de passage : Amélie et sa fille adolescente Mosane, dévastées par le départ d’Olivier, qui ne parviennent pas, dans leur détresse, à se rejoindre. La première s’enferme dans sa tristesse amère d’épouse délaissée ; l’autre, en mal de ce père chéri, aux signes trop rares, fuit dans l’anorexie. Hilde, chavirée par la fin de sa première histoire d’amour, qui garde, dans son désarroi, une ardente certitude : «Quand on aime, c’est forcément pour toujours, il n’y a pas prescription», et qui «voudrait que sa vie rende un son juste, rien que cela». Frédéric, musicien en vacances avec ses enfants, qui saute avec une inépuisable gentillesse des châteaux de sable pour les plus petits aux interrogations acérées de son aîné, Matias, dix ans…
Brèves rencontres sur la plage blonde du mois d’août. Paroles échangées autour d’un pique-nique. Instants partagés. Confidences voilées. Rires en écho. Connivences.
La vie quotidienne saisie en tableaux rapides qui laissent entrevoir l’envers des choses, les possibles tapis sous les apparences familières. Les creux où l’on perd pied. L’appui retrouvé. L’esquisse d’un chemin…
Francine Ghysen
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°155 (2009)