Colette Nys-Mazure, Vallotton, le soleil ni la mort

Dis-moi ce que tu vois, je te dirai qui tu es

Colette NYS-MAZURE, Val­lot­ton, le soleil ni la mort, Inven­it, 2013

nys mazure vallotton le soleil ni la mortQuoi de plus per­son­nel, de plus intime que d’évoquer son enfance avec ses joies et ses fêlures ? Beau­coup s’y sont risqués, dans des textes qui ont mar­qué le genre lit­téraire de la biogra­phie.

Dans Val­lot­ton, Le Soleil ni la mort, Colette Nys-Mazure explore sous une forme tout à fait orig­i­nale le trau­ma­tisme de son enfance  – la mort bru­tale de ses par­ents lorsqu’elle n’avait à peine que sept ans – à tra­vers l’évocation du tableau Le Bal­lon de Félix Val­lo­ton : « je demeure à l’arrêt devant le tableau lumineux. Au cœur d’une aire vaste et solaire, une fil­lette blonde, coif­fée d’un cha­peau de paille et vêtue de blanc, pans volant au vent de la course, pour­suit un bal­lon rouge qui s’échappe mali­cieux. (…) Son élan est com­mu­ni­catif. Je lui enver­rais bien la balle. »

L’auteure ne manque pas, dans ce court texte, d’embrasser des styles et des formes mul­ti­ples ; cela pro­duit d’ailleurs un objet lit­téraire et édi­to­r­i­al tout à fait sur­prenant et agréable où prose et poésie se répon­dent, où fic­tion et sou­venirs per­son­nels se mêlent : « à gauche, tout au fond du tableau de Félix Val­lot­ton, à la lisière, dans une trouée verte, l’œil, qui a eu le temps de s’accommoder, remar­que deux sil­hou­ettes de femmes immo­biles, l’une en blanc, l’autre en bleu. Quel est leur lien avec la fil­lette en lib­erté ? (…) Le tableau racon­te une his­toire dont je creuse le sens. Cette femme en blanc ce pour­rait être Maman. »

Par­mi les nom­breuses pub­li­ca­tions de Colette Nys-Mazure, Val­lot­ton, Le Soleil ni la mort occupe déjà – nous sem­ble-t-il – une place sin­gulière. Certes, on y retrou­ve la plume per­son­nelle et pleine de poésie qui car­ac­térise sou­vent les écrits de l’auteure, mais un cer­tain mys­tère empreint plus que de cou­tume ce court texte. Quoi qu’il en soit, Colette Nys-Mazure nous offre un beau voy­age entre deux mon­des artis­tiques dont elle a su explor­er avec beau­coup de finesse les liens étroits.

Pri­maëlle Verte­noeil


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°178 (2013)