Philippe Jones : « J’ai cent ans » — 8 novembre 2024

Philippe Roberts-Jones

Philippe Roberts-Jones

Philippe Jones et Philippe Roberts-Jones étaient insé­para­bles. Ils naquirent la même année et aus­si le même jour, dans le même lieu, même­ment belges, mal­gré le nom, et fran­coph­o­nes. Le pre­mier, car ce fut lui qui pub­lia d’abord, était poète et prosa­teur, l’autre prosa­teur et his­to­rien de l’art. Ils avaient en com­mun le gout de l’image, tant pour la créer que pour la con­tem­pler. Le sec­ond suiv­it un cur­sus hon­o­rum sat­is­faisant qui le mena de l’inspection des bib­lio­thèques publiques au secré­tari­at per­pétuel de l’Académie royale de Bel­gique, avec une étape majeure, pen­dant un quart de siè­cle, de con­ser­va­teur en chef des Musées roy­aux des Beaux-Arts à Brux­elles, ce qui lui per­mit de rénover et de recon­stru­ire l’ensemble des bâti­ments. L’enseignement le maintint par­al­lèle­ment en con­tact avec la jeunesse, pro­fesseur à l’Université libre de Brux­elles, il y créa la chaire d’histoire de l’art con­tem­po­rain. Cette dou­ble charge devait l’amener à écrire des essais, de Bruegel à Magritte, et de la car­i­ca­ture à la pein­ture irréal­iste ou abstraite. Ces activ­ités freinèrent peut-être, mais enrichirent cer­taine­ment, sa pro­duc­tion d’écrivain. La néces­sité poé­tique de Philippe Jones s’éveilla dans le fra­cas de la sec­onde guerre mon­di­ale et la mort héroïque du père. À tra­vers l’ombre et la résis­tance, ce fut la voix de Super­vielle qu’il stim­u­la le désir de l’expression. Du pre­mier recueil en 1947 à la pre­mière antholo­gie, pré­facée par René Char en 1967, une per­son­nal­ité mod­erne et rigoureuse s’affirma, sanc­tion­née par le grand prix du ray­on­nement français (1980) et le grand prix de poésie (1985) de l’Académie française. Philippe Jones et Philippe Roberts-Jones se retrou­vèrent ain­si mêlés à des insti­tu­tions vénérables de France, de Bel­gique ou d’ailleurs, sans que la rou­tine ne tri­om­phe pour autant, car le pre­mier pub­lie à par­tir de 1991, des recueils de nou­velles, et le sec­ond, en 1997, L’art au présent. À regarder de plus près, on se rendrait compte sans doute qu’ils n’étaient qu’une seule et même per­son­ne.

Philippe Jones


Texte pub­lié dans Le Car­net et les Instants n°100 (1997)