Michel Rozenberg, Les maléfices du temps

Dans les arcanes de temps 

Michel ROZENBERG, Les malé­fices du temps, Nuit d’avril, 2005

rozenberg les maléfices du tempsEn 2003, Michel Rozen­berg, pas­sion­né de lit­téra­ture fan­tas­tique, lecteur assidu de Thomas Owen, Jean Ray, Brad­bury ou Edgar Poe, nous avait épaté avec son pre­mier recueil de nou­velles, Altéra­tions, paru aux Édi­tions du Col­ib­ris. Il change d’édi­teur, mais non de style ni de source d’in­spi­ra­tion, avec les cinq textes réu­nis dans Les malé­fices du temps pub­lié chez Nuit d’Avril.

Ce qui fascine dans ces réc­its, c’est la puis­sance imag­i­na­tive de son auteur et les sub­tils chemins qu’il emprunte pour nous emporter dans ses mon­des étranges, à par­tir de sit­u­a­tions s’in­scrivant dans le quo­ti­di­en le plus banal. Ces cinq textes cap­ti­vants et impec­ca­ble­ment con­stru­its tour­nent tous autour de la notion tem­porelle et sont sus­cep­ti­bles d’in­téress­er les lecteurs friands de sen­sa­tions fortes, même s’ils ne goû­tent pas spé­ciale­ment la lit­téra­ture fan­tas­tique.
Dans la pre­mière his­toire, qui donne son titre à l’ou­vrage, une jeune femme se voit remet­tre par un étrange per­son­nage un tract pub­lic­i­taire pour une bro­cante où elle décide de se ren­dre immé­di­ate­ment. Son pro­prié­taire, après avoir ten­té de lui ven­dre à prix fort un car­net qu’elle avait eu l’im­pu­dence d’ou­vrir, lui remet une boîte bien fer­mée. Elle se rend bien­tôt compte qu’elle a eu tort d’ac­cepter ce cadeau aux pou­voirs malé­fiques, qui provoque le vieil­lisse­ment rapi­de de celui qui l’ou­vre.

Le deux­ième réc­it, «Le temps d’aimer», le plus irra­tionnel de tous, met en scène une jeune veuve qui, rev­enue dans la mai­son de vacances où elle a vécu avec son mari, ne cesse de se réveiller de ce qu’elle croit tou­jours être un cauchemar. Où l’on s’aperçoit que le réel est chose bien rel­a­tive.

Le héros de «À rebrousse temps», venu en vil­lé­gia­ture à la cam­pagne avec des col­lègues qui se sont empressés de ren­tr­er chez eux suite à la décou­verte du cadavre d’une fil­lette, perd un à un tous ses repères spa­tio-tem­porels au point de ne plus rien recon­naître, ni son gîte, ni même le vil­lage.

Au début des «Spec­tres du temps», un inspecteur trou­ve des cas­settes enreg­istrées auprès du corps d’un vieil­lard sans vie. Il s’ag­it du jour­nal de la vic­time, inquiète de recevoir des let­tres menaçantes retraçant sa pro­pre vie. Qui lui écrit? Et pourquoi? La solu­tion est dia­bolique.

Dans «Le temps fis­suré», enfin, un romanci­er est rat­trapé par le livre qu’il écrit, celui d’un indi­vidu devenu tueur à gages.

Autant de voy­ages en ter­res étranges d’où l’on revient la tête pleine d’in­ter­ro­ga­tions et les sens quelque peu débous­solés.

Michel Paquot


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°140 (2005)