Vingt ans de « Non-Dit »…

Michel Joiret Pierre Mertens

Michel Joiret et Pierre Mertens aux Entre­tiens du Non-Dit ©Michel Tor­rekens

Michel Joiret est l’auteur d’une trentaine de recueils de poèmes et de dix romans, de Leila (paru aux Eper­on­niers en 1981) au trou­blant Chemin d’Amandine (Luce Wilquin, 1999) et au récent polar Le Tueur de jon­quilles. C’est aus­si un infati­ga­ble passeur de littérature(s) : prof de français puis con­seiller péd­a­gogique, con­férenci­er et guide de voy­ages lit­téraires, anthol­o­giste et créa­teur de la revue trimestrielle Le Non-Dit, il y a juste vingt ans.

Le Car­net et les Instants : Qu’est-ce qui pousse un écrivain à fonder une revue lit­téraire ?
Michel Joiret : Dans les années 70, j’avais déjà fondé une autre revue trimestrielle, « L’Arche ». Pen­dant une demi-douzaine d’années, cha­cun de ses numéros a présen­té un écrivain de Bel­gique fran­coph­o­ne selon dif­férents points de vue. Je me sou­viens par exem­ple d’une présen­ta­tion de Con­rad Detrez par Pierre Mertens. « L’Arche » ren­con­trait pas mal d’intérêt, mais j’ai fini pour­tant par la sabor­der parce qu’elle me pre­nait trop de temps !

Pourquoi alors avoir récidi­vé en 1988 en lançant « Le Non-Dit » ?
Par pas­sion ! J’éprouve une vraie fas­ci­na­tion pour l’écriture des autres. Je crois que cette pas­sion est née dans le salon de coif­fure que mon père tenait au cen­tre de Brux­elles. Mon père était coif­feur pour gag­n­er sa vie, mais il était d’abord un artiste pein­tre et un pas­sion­né de théâtre –son ami­tié pour Michel de Ghelderode datait de leur ser­vice mil­i­taire com­mun ! J’ai vu défil­er beau­coup d’artistes et d’écrivains dans son salon… Ain­si, j’ai été très impres­sion­né de ma pre­mière ren­con­tre avec le poète David Schein­ert. J’étais encore élève à l’athénée Robert Cateau, mon père venait de lui couper les cheveux… Schein­ert m’a dédi­cacé son recueil La figue sur l’ulcère. Quel sou­venir !

Enseign­er le français, con­cevoir une antholo­gie et fonder une revue lit­téraire, c’est encore et tou­jours partager la même pas­sion ?
Exacte­ment ! Et comme j’aime ren­con­tr­er les autres écrivains !… Face à l’acte d’écrire, je me pose tou­jours cette ques­tion : com­ment font les autres ? C’est cette recherche que je veux partager avec les lecteurs du « Non-Dit ». Bien sûr, en vingt ans, la revue a évolué, mais je veille à suiv­re les trois mêmes axes. Tout d’abord, met­tre en évi­dence un écrivain choisi sans préjugés. Nous avons ain­si con­sacré un numéro à Hen­ri Vernes comme à Pierre Mertens. Ensuite, j’aime y dévelop­per ma vieille pas­sion pour les voy­ages lit­téraires, ce qui a don­né des dossiers sur Alain-Fournier, sur Loti, sur Mau­pas­sant ou encore sur Sand in situ. Enfin, plusieurs numéros ont pro­posé un défi ludique aux auteurs. Il s’agissait de faire écrire nos con­tem­po­rains à par­tir d’un thème comme « Pour moi, l’écriture, c’est… » ou « Pour moi, Simenon, c’est… ». Bien sûr, c’est avant tout un jeu, mais il est réelle­ment por­teur de sens !

C’est ce jeu que vous pro­posez dans votre numéro anniver­saire…
Plus de cent auteurs m’ont envoyé un texte réagis­sant au thème « L’emploi du temps », qui se réfère au titre du roman de Michel Butor. Mais à côté de cha­cun de ces points forts, le « Non-Dit » est fidèle à ses rubriques : « Poste restante », qui explore l’actualité lit­téraire ; « Rideau », longtemps assurée par Paul Ernst et reprise aujourd’hui par Anne-Michèle Hamesse ; « Jeunes poètes », ani­mée par Jean Dumorti­er ; « Le coin du prof », que dirige Michel Voi­turi­er ; et, plus récem­ment, « Le bloc-notes » dans lequel Jean Lacroix jette des ponts entre musique et lit­téra­ture. Être au ser­vice de la langue et de l’écriture tout en essayant de sur­pren­dre notre lecteur, c’est, depuis vingt ans, l’objectif du « Non-Dit » !

Pro­pos recueil­lis par Chris­t­ian Libens


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°153 (2008)