Coccinelle vs oisillon

PYEL, Swing green, Livr’S édi­tions, 2017, 46 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930839–50‑9

pyelSwing Green, c’est un réc­it dans un réc­it. Dans cet album sans parole pour enfants, pub­lié dans un beau for­mat à l’italienne, l’auteur donne nais­sance à deux étranges per­son­nages feuil­lus : lorsque deux coc­cinelles, aux ver­tus apparem­ment mag­iques, se posent sur deux arbres, ceux-ci sont pris de soubre­sauts et devi­en­nent d’insolites créa­tures anthro­po­mor­phes ressem­blant à un enfant et un pro­fesseur. Quand ce dernier prend la parole pour édu­quer son sylvestre élève, ce sont des feuilles qui s’échappent de sa bouche. Ces feuilles, en guir­lande, for­ment un phy­lac­tère qui devien­dra la case dans laque­lle se déroule un nou­veau réc­it, comme une leçon.

On y redé­cou­vre les mêmes coc­cinelles, cette fois dans le bec d’une maman oiseau venue nour­rir son petit. Plutôt que de se laiss­er manger, les bêtes à bon dieu tombent sur un œuf, pas encore éclos, et aus­sitôt celui-ci se méta­mor­phose en créa­ture effrayante dont les yeux ne sont autres que les coc­cinelles en ques­tion. L’oisillon s’enfuit, pour­suivi par les deux insectes qui ont l’air bien décidés à ren­dre la mon­naie de sa pièce à celui qui voulait les manger. Elles se posent sur dif­férents élé­ments qui, les uns après les autres, se trans­for­ment en étranges dinosaures végé­taux : les feuilles d’arbres devi­en­nent un ptéro­dactyle, le tronc d’arbre un tricératops, la fleur un véloci­rap­tor etc. Une course pour­suite s’engage, offrant l’occasion à l’auteur de don­ner à voir à ses lecteurs quan­tités de créa­tures sor­ties de son imag­i­na­tion.

L’auteur, Pyel, est orig­i­naire de Mons. Il se frotte dans un pre­mier temps à l’illustration en recopi­ant les per­son­nages de ses ban­des dess­inées préférées, puis se forme en suiv­ant des cours du soir aux Beaux-Arts. Son style s’affirme, claire­ment inspiré par le neu­vième Art et le car­toon. Ils se pas­sionne pour le dessin ani­mé, con­ce­vant sous cette forme ses pro­pres his­toires et dirigeant des ate­liers ayant pour objec­tif l’apprentissage de cette tech­nique à l’attention des plus jeunes. Le motif des coc­cinelles mag­iques appa­rait chez lui pour la pre­mière fois dans un petit film que l’on peut décou­vrir en ligne.

L’influence de la bande dess­inée est présente dans le trait de Pyel et dans l’expressivité de ses per­son­nages, alors que celle du dessin ani­mé se remar­que dans le déroulé de cette his­toire sans parole et tout en mou­ve­ment, qui pour­rait presque être un sto­ry-board de car­toon. Ces herbes folles sont à décou­vrir à par­tir de qua­tre ans.

Fan­ny Deschamps