Dehors et dedans

Un coup de cœur du Carnet

Marine SCHNEIDER, Hiro, hiv­er et marsh­mal­lows, Ver­sant Sud Jeunesse, coll. « Les Pétoches », 2018, 40 p., 15,90€, ISBN : 978–2‑930358–97‑0

L’hiver est à nos portes. Tan­dis que la nature se dépare de ses atours, au sein des tanières, on ressort duvets, chaus­settes et lainages, on se réap­pro­vi­sionne en choco­lat, thé et can­nelle, on véri­fie bou­gies, bouil­lottes et bib­lio­thèque. On se pré­pare au mieux à affron­ter les soirées obscures, les après-midis glacés et les matins givrés. Et puis, on fonc­tionne un peu au ralen­ti aus­si, à cause des couch­es super­posées qui empêchent et du froid qui engour­dit, et on envie même ces ani­maux qui ont le loisir de dormir en paix des semaines entières. Sauf que, « [l’] hiber­na­tion, ça ne doit pas être fait pour tout le monde », comme le grogne Hiro qui ne parvient pas à trou­ver le som­meil « alors que ses frères se prélassent dans de doux rêves mielleux ».

Dès lors, Hiro, « ourse brune de la famille des ursidés », pour­tant plutôt obéis­sante, prend la déci­sion d’aller à la ren­con­tre de l’Hiver, une étrange abstrac­tion quand on n’a jamais mis une pat­te dehors lors de « la longue nuit ». Avec un kit de survie (doudou, peigne, brosse à dents, miel, crayons, car­net à dessins), elle s’aventure, seule, à l’extérieur. « Son cœur bat fort et ses poils se héris­sent, mais elle n’a pas peur, pas trop. » Dehors, tout est blanc, désert, silen­cieux. « L’Hiver a peut-être avalé tout le monde »… Hiro ne se fige pas pour autant dans une per­plex­ité glacée car ses sens la tit­il­lent : ses yeux remar­quent des traces sur le sol enneigé et sa truffe hume « l’odeur chaude du bois qui brûle et celle, sucrée et fon­dante, des marsh­mal­lows gril­lés ». Joie ! Une fête ! Enfin… une fête aban­don­née par ses con­vives qui, dans leur fuite, n’ont lais­sé que quelques lam­pi­ons et des bro­chettes de guimauves. Hiro, le dés­espoir et le cœur gros, s’assied devant les brais­es, les yeux gorgés de larmes. Elle entend alors une petite voix venant de der­rière un tronc. Serait-ce l’Hiver ?

C’est un univers tout en ron­deur et en douceur que déploie la tal­entueuse Marine Schnei­der. Cha­cune des dou­bles pages qui con­stituent l’album Hiro, hiv­er et marsh­mal­lows se conçoit comme un tableau à l’atmosphère par­ti­c­ulière, dans une har­monie de nuances col­orées et de déli­cats détails. Schnei­der, dans un délavé savam­ment maîtrisé, ne craint ni les som­bres ni les plages blanch­es, et elle leur donne un relief et un mou­ve­ment sou­tenant le sucre de son texte. Ses mots, absents, parci­monieux ou plus nom­breux, sont por­teurs des idées de décou­verte, de partage, d’ouverture mais égale­ment de retour, de pen­sée et de retrait. Dehors ou dedans, petite Hiro ? Dehors et dedans…