Le bleu et le noir de la vie

Virginie MOULIGNEAUX, Un trou dans la mémoire, Ker, 2019, 102 p., 12 €, ISBN : 9782875862501

Le texte qui ouvre le recueil de nouvelles de Virginie Mouligneaux et lui donne son titre, Un trou dans la mémoire (prix de la Fondation Laure Nobels 2018), est probablement le plus frappant.

Sur fond de guerre d’Espagne, un homme marche, au milieu de ses frères d’armes, vers le peloton d’exécution. En ce moment ultime, lui, Álvaro Garriga, qui « était mort un nombre incalculable de fois et il était né bien plus souvent encore », se souvient, au bout de tant d’années, du soir d’été « bleu et capiteux », qui tournerait à l’orage, où Inès l’avait emmené voir la mer. Sans oser dire un mot ni faire un geste, il l’avait regardée s’éloigner sous l’averse alors qu’il aurait tant aimé l’embrasser. « Ses lèvres auraient eu un goût de pluie. » Et si cette heure-ci n’était pas la dernière…? (Un trou dans la mémoire)

Après une longue absence, Martha, qui crépitait de joie à l’idée de revenir dans le domaine familiale tant aimé, La Bosquetière, et de le faire découvrir à son fiancé, retrouve son palais d’enfance dévasté. Surmontant sa détresse, elle entreprend de sauver La Bosquetière de la décrépitude. Mais elle n’est pas au bout de ses (funestes) surprises… (Sous les pavés)

Plus loin, nous rencontrons Alba dans son village « de cendre et de soleil », aux portes du désert, mystérieuse oasis où elle vend des rêves à ceux qui ont perdu le sommeil et la clef des songes. (Alba-la-Coloriée)

Les personnages, les paysages, les destinées varient. Contrastent.

De l’errance éperdue d’une femme à la recherche de son histoire (« Après sa vie, sa vie qui passe sans elle, elle court. ») (Les mains tachées) aux rêveries lancinantes d’un homme âgé ressassant, embrouillant dans son lit d’hôpital des souvenirs du temps passé. L’image obsédante d’Ida : « Elle faisait toujours les choses comme si elle était tout entière dans le moindre de ses gestes. » Ida ardente et rieuse, plus tard lasse et désenchantée, sans espoir. « Je vais lui dire que j’ai besoin d’elle comme on a besoin de la lumière. » Il a oublié qu’Ida n’est plus de ce monde… (Une longue tresse jaune à caresser).

Francine Ghysen