Mes amis, mes envies, mes folies

Lin­da VANDEN BEMDEN, La reine, la loi, la lib­erté, Weyrich, 2019, 139 p., 13€, ISBN : 978–2‑87489–529‑6

D’auditions en recon­sti­tu­tions, la vie pro­fes­sion­nelle d’Anne-Omalie Valdieu est ryth­mée par les affaires qu’elle suit en tant qu’interprète judi­ci­aire, pro­fes­sion qui lui vaut ren­con­tres atyp­iques et anec­dotes cocass­es ou trag­iques. Côté vie privée, on n’emploiera pas le terme « rou­tine » non plus. Point de vue cou­ple, c’est com­pliqué. Rien de sérieux depuis Mille Pétards, l’amoureux sous influ­ence qui préser­vait trop bien le mys­tère sur sa per­son­nal­ité clean. La seule rela­tion sta­ble d’Anne‑O, c’est celle qu’elle entre­tient avec Béa, sa meilleure amie. « L’amitié à long terme a quelque chose d’extrêmement séduisant en ce sens qu’elle est dénuée d’obligations, hormis celles que vous vous imposez tacite­ment. » Même son voisi­nage est changeant, la sym­pa­thique vieille Fan­nie du rez-de-chaussée se voy­ant bien­tôt rem­placée par la hau­taine Fleurine Renoir-comme-le-pein­tre.

Pour ajouter du piment dans son temps libre et par con­vic­tions per­son­nelles, Anne‑O est mem­bre d’un groupe de « lutte con­tre la suff­i­sance osten­ta­toire », rassem­ble­ment d’originaux plan­i­fi­ant des atten­tats d’un genre par­ti­c­uli­er. Faisant fi des risques pour sa car­rière, la trente­naire est en charge des muni­tions. Et que la troupe apprenne lors d’une réu­nion que Paris est endeuil­lé par des attaques ter­ror­istes ne mod­i­fiera pas le plan­ning.

La reine, la loi, la lib­erté n’est ni un hymne roy­al­iste, ni un man­i­feste fémin­iste. Juste une plongée de quelques mois dans la vie d’une trente­naire brux­el­loise. Une Brid­get Jones belge ? Le rac­cour­ci sem­ble ter­ri­ble­ment sim­pliste mais peut-être trou­vera-t-on, out­re l’âge, des simil­i­tudes dans la déter­mi­na­tion et la spon­tanéité des deux héroïnes. La Belge sem­ble néan­moins beau­coup plus assurée que sa loin­taine cou­sine anglaise.

L’histoire imag­inée par Lin­da Van­den Bem­den est con­tem­po­raine, le style du texte très actuel, ryth­mé par des phras­es cour­tes. Par­fois très cour­tes. On passe d’une idée ou d’un envi­ron­nement à l’autre sans chichis. Il arrive même qu’un pas­sage sem­ble un peu tombé de nulle part. Toute­fois, on assem­ble sans peine les pièces du puz­zle de la vie et de la per­son­nal­ité de la sym­pa­thique héroïne un rien déjan­tée. C’est un roman à la fois frais et intel­li­gent, diver­tis­sant et intéres­sant. On le tra­verse avec curiosité et plaisir, sans temps mort ni baisse de régime, jusqu’à la dernière page.

Estelle Piraux