Immersion poétique dans une aire polaire

Giu­lia VETRI, Là où tout est blanc, Grandes per­son­nes, 2020, 44 p., 20 €, ISBN : 9782361936112

vetri la ou tout est blancLà où tout est blanc s’an­cre au cœur de l’Antarc­tique, que l’au­teure et illus­tra­trice Giu­lia Vetri a déjà exploré dans un album éponyme pour la jeunesse (Antarc­tique – expédi­tions en terre incon­nue, La Mar­tinière Jeunesse, 2018) et, antérieure­ment, dans un pro­jet-livre imagé muet (90° Sud, non pub­lié) dont s’in­spire le présent album réal­isé à la fin de son cur­sus académique artis­tique à Urbino sous la super­vi­sion de l’artiste améri­cain Steven Guar­nac­cia.  

Là où tout est blanc se dévoile dans une palette chro­ma­tique lim­itée au blanc, qu’il soit opaque ou translu­cide, et au bleu, avec quelques touch­es plus som­bres. Palette qui ren­voie au froid glacial du pôle aus­tral et n’est pas sans simil­i­tude avec l’at­mo­sphère boréale. En ce monde hos­tile, la vie ani­male s’y épanouit pour­tant – sur terre, en mer, dans l’air. 
Là où tout est blanc déploie grandes et larges les ailes du pétrel des neiges, fait parad­er la baleine bleue pleine de grâce, rythme le dandine­ment réguli­er des man­chots rejoignant la mer, expose le léopard des mers se prélas­sant sur la ban­quise, déroule la nage puis­sante et agile de l’orque entre les glaces, narre la course pressée des chiens d’at­te­lage en direc­tion du pôle Sud, là où « il n’y a plus de vie, plus de pluie, juste des vents vio­lents et encore du blanc ».

Là où tout est blanc est une ode à la terre mère, une ode en par­ti­c­uli­er à l’une de ses aires habitée de cétacés, pho­cidés et  volatiles de mer, vaste région aux con­di­tions cli­ma­tiques extrêmes, lab­o­ra­toire écologique et atmo­sphérique d’une nature sauvage. 

Là où tout est blanc est une épopée poé­tique, économe de mots, qui mag­ni­fie la beauté, la pureté, la majesté immac­ulée du « Con­ti­nent blanc », la pro­fonde har­monie de ses com­posantes aus­si que rend par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble la ques­tion de l’ex­ploita­tion de la nature par l’homme.  

Cet opus remar­quable de raf­fine­ment que signe Giu­lia Vetri, artiste orig­i­naire de Vénétie instal­lée aujour­d’hui à Brux­elles, adopte dif­férentes dimen­sions formelles qui affer­mis­sent le sujet pour lequel se pas­sionne l’artiste : le for­mat à l’i­tal­i­enne donne la mesure des grandes éten­dues du paysage antarc­tique et du règne ani­mal qui y vit ; la reli­ure en spi­rale de couleur blanche ren­force la vision panoramique et organique de ce con­ti­nent aus­tral ; la cou­ver­ture et la qua­trième de cou­ver­ture en car­ton épais pour­raient ren­voy­er à la robustesse de cette terre glacée, dou­ble­ment men­acée si l’on en croit les images, par le réchauf­fe­ment cli­ma­tique qui dis­loque la calotte polaire antarc­tique et par la présence de l’homme qui y pro­gramme des expédi­tions depuis un siè­cle. L’al­ter­nance de pages découpées et pages de papi­er calque inscrit ce livre dans la lignée des livres-objets et livres d’artistes de Bruno Munari et Kat­su­mi Koma­ga­ta. La fil­i­a­tion, élo­gieuse, n’est ici pas exces­sive. 

Brigitte Van den Boss­che
(les Ate­liers du Texte et de l’Im­age)