Un coup de cœur du Carnet
Christian LAUWERS, Le maître des rêves, Murmure des soirs, 2024, 260 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782931235164
Durant le 19e siècle et une grande partie du 20e siècles, d’innombrables auteurs, véritables chevilles ouvrières de l’imaginaire, alimentent en fictions un public de plus en plus massif qui trouve dans la lecture un divertissement alors inédit. En résulte, une production pléthorique et foisonnante que l’on rassemble sous l’expression de littérature populaire. Son influence est incontestable : elle donnera non seulement naissance à des genres narratifs encore bien vivants aujourd’hui comme le policier, la science-fiction, la fantasy ou encore la romance, mais contribuera également de manière décisive au façonnement des imaginaires contemporains et, plus particulièrement ceux de la « pop culture ». C’est à ce pan toujours méconnu et malheureusement largement disparu de l’histoire de la littérature que Christian Lauwers rend un hommage aussi réjouissant qu’érudit dans Le maître des rêves.
Il faut toujours se méfier des apparences. Sous les sages couvertures des excellentes éditions Murmure des soirs, se cachent régulièrement des propositions aussi audacieuses que singulières. L’arrivée de Christian Lauwers au catalogue en fait assurément partie. Archéologue de formation et spécialiste des monnaies anciennes, l’auteur avait déjà associé sa passion de la numismatique et de la littérature dans un premier roman paru en 2020 aux éditions du CEDARC : Le cabinet des médailles.
Dans ce second roman, l’auteur s’inscrit dans la longue et riche histoire des pastiches et continuations des aventures de Sherlock Holmes. Le récit nous entraîne dans les pas d’un certain Sigmund Holmes dont on suit les péripéties par l’entremise du docteur Yungson, bras droit mais également chroniqueur fidèle des aventures de son excentrique compagnon. Régulièrement appelé en renfort d’un Scotland Yard trop souvent dépassé par les événements, le détective se retrouve à enquêter dans un club de numismatique. Rapidement, ce qui s’apparentait à un simple vol de monnaie ancienne prend un tournant fantastique totalement inattendu.
Après une première partie relativement sage où l’auteur prend un plaisir communicatif à faire revivre le Londres holmésien de la fin du 19e siècle, la seconde moitié du roman se révèle étonnamment plus spectaculaire et renoue avec la tradition, très populaire aux siècles derniers, des détectives de l’étrange. Si les noms des personnages principaux n’auront pas manqué d’alerter les amateurs de psychanalyse, ce n’est évidemment pas un hasard. L’auteur joue en effet avec la notion d’inconscient collectif pour entraîner le lecteur dans un voyage à travers les rêves des protagonistes. Véritable prétexte à une exploration des imaginaires populaires, Lauwers brasse alors d’innombrables références allant de Conan Doyle à Lovecraft en passant par Gaston Leroux, Maurice Leblanc ou encore Eugène Sue. Avec une réjouissante légèreté, l’auteur, et le lecteur avec lui, s’amuse dans ce récit aux multiples rebondissements qui résonne comme le meilleur des hommages à cette littérature de pur divertissement qui en constitue l’inspiration principale.
Véritable déclaration d’amour à tout un pan de la littérature, Le maître des rêves est un roman aussi inattendu que bienvenu. Faisant preuve d’un remarquable sens du suspense et de la narration, l’auteur donne à son récit policier un caractère aventureux qui en rend la lecture particulièrement addictive : une réussite totale qui illustre de la plus belle des manières la puissance de la littérature lorsqu’elle donne toute sa place à l’imagination !
Nicolas Stetenfeld

Christian Lauwers sera présent à la Foire du livre.
- Dimanche 07 avril de 16h à 17h — Stand 216 : dédicaces