L’édition belge veut sortir de ses frontières

L’Adeb et les Édi­teurs sin­guliers, les deux asso­ci­a­tions de maisons d’édition de Bel­gique fran­coph­o­ne, pro­posent à une ving­taine d’éditeurs de Wal­lonie et de Brux­elles un accès mutu­al­isé à une dis­tri­b­u­tion pro­fes­sion­nelle en Bel­gique depuis 2021. Les deux asso­ci­a­tions vien­nent de l’annoncer : dès sep­tem­bre de cette année, ce sys­tème de dis­tri­b­u­tion s’étendra aus­si à la France et à la Suisse.

De nombreux “petits” éditeurs

Le tis­su des maisons d’édition en Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles est surtout com­posé de maisons de taille mod­este. Ce qui sig­ni­fie un nom­bre lim­ité de livres pub­liés chaque année, des tirages mod­estes et un chiffre d’affaires à l’avenant. Dif­fi­cile sinon impos­si­ble, dans ces con­di­tions, de s’offrir les ser­vices d’un dis­trib­u­teur pro­fes­sion­nel.

Sou­vent incon­nu du grand pub­lic, le dis­trib­u­teur est pour­tant un mail­lon cru­cial de la chaine du livre, chargé de l’ensemble des opéra­tions logis­tiques assur­ant la cir­cu­la­tion physique des livres entre les maisons d’édition et les points de vente : stock­age, envoi des nou­veautés et des réas­sor­ti­ments, ges­tion des com­man­des à l’unité, ges­tion des retours des inven­dus, fac­tura­tion.

Les petites maisons recourent le plus sou­vent à l’auto-distribution, une pra­tique chronophage et peu effi­cace – l’édition et la dis­tri­b­u­tion sont deux métiers bien dif­férents – qui dimin­ue d’autant les chances pour ces maisons de trou­ver leur place en librairie. C’est même une par­tic­u­lar­ité de la Bel­gique fran­coph­o­ne : en-dehors des édi­teurs de lit­téra­ture pour la jeunesse et de bande dess­inée, les maisons d’édition belges sont sous-représen­tées dans les librairies de Wal­lonie et de Brux­elles. Les maisons d’édition québé­cois­es et suiss­es, par exem­ple, sont quant à elles bien mieux loties dans leur pro­pre pays.

Répondre à une demande

Les maisons autodis­tribuées aspirent à dis­pos­er d’une dis­tri­b­u­tion de leurs ouvrages qui leur donne un accès plus facile aux marchés du Benelux et de France, qui améliore le ser­vice aux libraires et qui dimin­ue les coûts des opéra­tions de vente. L’Adeb et Les édi­teurs sin­guliers leur ont alors pro­posé une solu­tion, mise en place avec le sou­tien du Ser­vice général des Let­tres et du Livre (SGLL) de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, dans le cadre du con­trat de fil­ière.

Con­crète­ment, il s’agissait de rassem­bler plusieurs maisons d’édition pour attein­dre un chiffre d’affaires sus­cep­ti­ble d’intéresser un dis­trib­u­teur pro­fes­sion­nel, tout en per­me­t­tant à ce dis­trib­u­teur de s’adresser à un inter­locu­teur unique pour l’ensemble des maisons par­tic­i­pantes. La solu­tion a été mise en place dès 2021 : le rôle d’interlocuteur unique, coor­don­nant l’ensemble des maisons par­tic­i­pantes a été con­fié à la Cia­co, tan­dis que le dis­trib­u­teur choisi était MDS Benelux.

Pour pou­voir s’inscrire dans ce proces­sus, les maisons d’édition doivent réalis­er un chiffre d’affaires annuel inférieur à 2 000 000 € et répon­dre aux critères de la charte de l’édition pro­fes­sion­nelle. À ce jour, elles sont 21 à par­ticiper : Altura, Anthemis, Asso­ci­a­tion belge des athées, Cel­lule Archi­tec­ture, Couleur Livres, Cour­tes­lignes Édi­tions, Édi­tions Antoine Degive, Édi­tions de la Province de Liège, Édi­tions du Bas­son, Édi­tions du CEP, Empaj Édi­tions, Fon­da­tion Hen­ri Lafontaine, Lilys Édi­tons, Mur­mure des soirs, Névrosée, Pan­thère Édi­tions, Pre­mière Ligne Édi­tions, Press­es uni­ver­si­taires de Lou­vain, Press­es uni­ver­si­taires de Namur, Press­es uni­ver­si­taires Saint-Louis Brux­elles, Soliflor.

La dis­tri­b­u­tion mutu­al­isée s’est rapi­de­ment avérée un choix gag­nant et les maisons d’édition par­tic­i­pantes ont souhaité éten­dre ce sys­tème de dis­tri­b­u­tion à la France et à son vaste marché. Le bel ent­hou­si­asme a toute­fois con­nu un gros coup de frein début 2024 : MDS a annon­cé cess­er ses activ­ités en Bel­gique fran­coph­o­ne à la fin de l’année.

Une nouvelle solution

L’Adeb et Les édi­teurs sin­guliers se sont donc attelés à une dou­ble tâche : rem­plac­er MDS Benelux et trou­ver un dis­trib­u­teur pour la France. Les deux asso­ci­a­tions vien­nent de l’annoncer : c’est DOD & Cie qui repren­dra les fonc­tions de dis­tri­b­u­tion à par­tir du 1er sep­tem­bre. Le ter­ri­toire cou­vert sera non seule­ment la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles et le Lux­em­bourg, comme précédem­ment, mais aus­si la France et la Suisse. Une tout autre échelle, donc. Inter­na­tion­al­i­sa­tion oblige : au sou­tien du SGLL s’ajoute celui de WBI. La Cia­co con­serve quant à elle son rôle de coor­di­na­tion.

Et la diffusion ?

Un dis­trib­u­teur assure le ver­sant logis­tique per­me­t­tant la présence physique d’un livre en librairie. Pour qu’un libraire souhaite présen­ter un livre à sa clien­tèle, encore faut-il qu’il le con­naisse. C’est pourquoi, par­al­lèle­ment à la mise en place d’un sys­tème de dis­tri­b­u­tion, le besoin d’une dif­fu­sion mutu­al­isée et pro­fes­sion­nelle elle aus­si, s’est rapi­de­ment fait sen­tir. La dif­fu­sion est l’étape qui con­siste à com­mer­cialis­er les paru­tions de l’éditeur auprès des clients reven­deurs.

Pour ce faire, la Cia­co s’est adjoint les ser­vices d’un délégué com­mer­cial pour se plonger dans le cat­a­logue des édi­teurs (avec leur col­lab­o­ra­tion) et être au con­tact de la clien­tèle des reven­deurs. L’objectif est de dévelop­per la clien­tèle en France tout en ren­forçant les liens avec les libraires wal­lons et brux­el­lois. Cette nou­velle organ­i­sa­tion se met­tra en place pro­gres­sive­ment à par­tir du 1er juil­let et sera pleine­ment effec­tive à l’automne prochain.

Des ambitions

Portées par leur arrivée sur ces nou­veaux marchés, les maisons d’édition se veu­lent ambitieuses. Elles espèrent mul­ti­pli­er qua­si par trois leur chiffre de ventes total en 2025.

On le leur souhaite.