Michel ZUMKIR, Portugal : les œillets d’Amalia, Nevicata, coll. « L’âme des peuples », 2024, 96 p., 9 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782875232243
« L’âme des peuples », l’élégante collection de petit format des éditions Nevicata, fête son dixième anniversaire. Et s’enrichit de plusieurs nouveaux volumes, dont celui que Michel Zumkir consacre au Portugal.
Outre un roman initialement paru chez Balland (C’est pas fini), la bibliographie de Michel Zumkir s’appréhende comme une porte ouverte sur les centres d’intérêt de l’auteur – littéraires souvent, avec ses ouvrages sur Nicole Malinconi (Nicole Malinconi, l’écriture au risque de la perte, Luce Wilquin) ou Marguerite Duras (Aimer les huîtres, la mer, le tout. Aimer Duras, Lamiroy) ; musicaux aussi avec son récent « Article » sur le parolier Jacques Duvall (Jacques Duvall : et finalement le bonheur ?, Lamiroy). C’est une autre de ses passions qu’il dévoile avec Portugal. Les œillets d’Amalia.
Est-ce parce que je ressens cela en étranger ? Je ne sais pas, mais ce que je peux dire c’est que je ne m’habitue pas à la beauté du Portugal, qu’elle me surprend, me bouleverse à chacun de mes séjours. Et je suis sûr que les Portugais aussi, ils l’ont chevillée au corps, à l’âme, cette beauté, ainsi que le montre leur fierté déjà évoquée.
Michel Zumkir parle en « je » pour dire « la vérité, ma vérité » sur ce pays d’Europe finalement mal connu, hâtivement ramené à une extension de son voisin espagnol, et que l’essayiste a sillonné du nord au sud et d’est en ouest. Le parcours qu’il nous propose suit deux fils rouges : le fado (la musique, toujours), dont l’incarnation la plus pure est cette Amalia Rodrigues qui donne son titre au livre, et l’Histoire, depuis les Temps Modernes jusqu’à aujourd’hui. Laquelle connait deux points focaux : les « Grandes Découvertes », et l’auteur ne se prive d’ailleurs pas de déconstruire cette appellation européocentrée et colonialiste, et la dictature de Salazar, mise par terre par la « Révolution des œillets ».
La collection « L’âme des peuples » des éditions Nevicata professe que « pour connaitre les peuples, il faut d’abord les comprendre ». Michel Zumkir s’y emploie, à partir d’une hypothèse : le Portugal est le pays qu’il est, les Portugais ne peuvent se comprendre que si l’on garde à l’esprit qu’ils considèrent leur patrie comme un petit pays. D’où cette politique de conquêtes forcenée autrefois, d’où une forme d’humour et de relativisme aujourd’hui comme hier.
À la lumière de ces lignes directrices, l’écrivain évoque la langue portugaise, la nourriture, la musique, les lieux les plus beaux… Ne sombrant jamais dans le catalogue touristique – Michel n’est pas Michelin – il brosse un portrait passionné, subjectif mais tout en nuances du pays et de ses habitants. Il complète en outre son travail par plusieurs entretiens, offrant d’autres regards, d’autres angles, d’autres idées sur son objet.
Michel Zumkir donne l’envie d’aller là-bas, de tout découvrir, de mieux connaitre. La bibliographie et la playlist qui closent le volume nous invitent à entamer le voyage depuis notre salon.
Nausicaa Dewez