Colette NYS-MAZURE, Quatre saisons de la vigne. L’été, Préface Aubert de Villaine, Aquarelles Anne Le Maître, Atelier des Noyers, 2024, 57 p., 16 €, ISBN : 978–2‑494676–23‑7
Voici un livre dont on ne peut dissocier les trois éléments qui le constituent tant ils sont solidaires du texte de la poète : illustrations, préface et poésie.
Les illustrations apportent ici un supplément d’âme au sujet. Anne Le Maître apporte à la lecture cette lumière singulière que permet l’aquarelle, sublimant l’allégresse de l’eau mêlée à la couleur. À la fois autrice et aquarelliste, l’artiste aime associer son trait aérien à celui des poètes dont elle illustre les recueils. Avec Colette Nys-Mazure, à l’Atelier des Noyers, où elle dirige la collection « Quatre chemins », elle a déjà co-signé un recueil Chaque année te restera première (2020). Elle illustre les quatre carnets qui constituent l’ensemble des Quatre saisons de la vigne.
La préface, signée Aubert de Villain, – viticulteur, co-gérant du domaine de la Romanée-Conti –, nous prépare à l’évocation poétique et picturale à venir dans ses vignobles bourguignons. Il excelle à partager avec le lecteur cette « part de mystère, d’indéfinissable » qui préside d’année en année à la naissance d’un millésime.
La poésie enfin, vient sublimer sous la plume de Colette Nys-Mazure, le travail du vigneron, décrit par Aubert de Villain : « faire parler à sa vigne le langage unique et singulier du lieu ». Dans de courts textes en prose ou en vers, la poétesse exprime de l’éveil du jour à la tombée de la nuit, cette respiration, [cette] jubilation, qui la saisit aux premiers instants lorsqu’Un chant s’élève de la terre prodigue.
La terre que travaillent les chevaux de trait, constitue le fondement des paysages : Les rangées étagées / peignent les collines calcaires / leur moutonnement / riche en minéraux. D’aquarelle en aquarelle, la lecture s’aligne comme la poète aux travaux, à l’incertain et au mystère dont chaque instant est empreint : Tu le suis pas à pas ce travail sa rigueur / te casser les reins à effeuiller la vigne / redouter les sautes de temps ses humeurs / (…) tu ressens le sacré de l’œuvre (…).
Si la vigne a été célébrée par la poésie depuis la nuit des temps, c’est sans doute par la grâce démultipliée du vocabulaire qui lui est dédié. La poète en fait son miel avec une gourmandise alerte et enjouée : Ébourgeonnage, relevage, accolage, effeuillage, / piochage : tant de mots sages reflètent l’ampleur du / labeur. Elle entrelace le lexique du vignoble à l’enchantement qu’engendre chez elle la profusion – parfois salutaire (un rosier en vigie / sus au mildiou) – du végétal : les haies regorgent de mûres fondantes / s’y côtoient églantier lierre et chardon / sedum clématite en pagaille coquelicots espiègles.
Le mystère et le spirituel ne sont jamais absents de l’écriture de Colette Nys-Mazure. Ainsi, évoque-t-elle ici, forgée dans l’esprit de Citeaux, la Croix de la Romanée-Conti, témoin d’une haute instance.
La poésie, l’aquarelle, l’art viticole tracent, chacun, chacune à leur façon, le tableau inspiré d’un miracle renouvelé de saison en saison. Le recueil en est un vibrant reflet, « nous offrant ce vertige de beauté fugace, mais éclatante » qu’évoque le viticulteur dans sa préface.
Jean Jauniaux