Biographie d’un universitaire

Frédéric SOJCHER, Fac off, Léo Scheer, 2024, 192 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782756123202

sojcher fac offFac off évoque l’ascension d’un jeune uni­ver­si­taire, con­fron­té à un univers qui s’apparente à un panier de crabes. Chaque chapitre se réfère à une dizaine d’années du héros, plutôt mal loti.

Tous les micro­cosmes pro­fes­sion­nels se car­ac­térisent par des écueils, sou­vent com­pa­ra­bles. Orgueil, ambi­tion et mau­vais coups con­duisent nom­bre d’agissements, qu’il s’agisse du monde entre­pre­neur­ial ou uni­ver­si­taire.

Que Frédéric Sojch­er soit un habitué du monde visuel ne sur­pren­dra pas les lecteurs de Fac off. Les scènes s’y suc­cè­dent, sans être néces­saire­ment liées les unes aux autres ; les per­son­nages appa­rais­sent dans les péripéties ren­con­trées par le nar­ra­teur, pour être aus­sitôt voués aux oubli­ettes. En d’autres mots, le visuel l’emporte sou­vent sur l’aspect lit­téraire.

Des acronymes à n’en plus finir

Un glos­saire aurait pu syn­thé­tis­er les acronymes référencés.

ATER, attaché tem­po­raire d’enseignement et de recherche
CNU, con­seil nation­al des uni­ver­sités
COS, com­mis­sion des spé­cial­istes
DEA, diplôme d’études appro­fondies
HDR, habil­i­ta­tion à diriger les recherch­es
MCF, maître de con­férences
PAST, pro­fes­sion­nel asso­cié en ser­vice tem­po­raire
PR, pro­fesseur des uni­ver­sités
PUS, press­es uni­ver­si­taires sci­en­tifiques
TD, travaux dirigés
UFR, unité de for­ma­tion et de recherche

Il est con­nu que les chercheurs passent la moitié de leur temps à chercher des finance­ments. Fac off de Frédéric Sojch­er n’en donne pas une autre image, rap­pelant la pré­car­ité dans laque­lle vivent les aspi­rants enseignants, la néces­sité de trou­ver un loge­ment raisonnable lors de leurs déplace­ments loin du domi­cile, le manque de locaux dans les insti­tu­tions, la vétusté de ceux-ci… « En tant que directeur d’un mas­ter, j’avais une prime de 350 euros par an, pour un tra­vail qui me demandait env­i­ron un jour par semaine, et que j’aurais pu ne pas faire, en me con­tentant de prester mes heures d’enseignement – mes oblig­a­tions statu­taires. » Pla­giats, ten­ta­tives d’escroquerie… Cer­tains ne recu­lent devant rien pour obtenir leur graal dans la coterie : l’adoubement de la toge ances­trale.

Si Frédéric Sojch­er a choisi de camper son roman en France, l’attrait pour Paris y demeure bien présent, quel que soit le départe­ment ou la ville d’origine des pro­tag­o­nistes. La province ne retient pas son per­son­nage face aux fastes sup­posés de la Sor­bonne, même dans une implan­ta­tion en ban­lieue. « Julia était à nou­veau fière de moi. Je sen­tis dans son souf­fle, avant même qu’elle ne prononce un mot, com­bi­en elle m’estimerait davan­tage comme MCF parisien, comme si j’avais atteint là une forme d’aboutissement », con­state l’intermittent uni­ver­si­taire.

Homme blanc, d’origine juive, le nar­ra­teur observe que « La soror­ité est un con­te pour midinettes. Si elles élim­i­nent ou rem­pla­cent un jour les hommes, les femmes de pou­voir s’entretueront entre elles. » Et de déplor­er que les abus com­mis sur des étu­di­ants de sexe mas­culin ne soient pas davan­tage évo­qués sur les affich­es de mise en garde.
La fin du roman s’apparente davan­tage à un bilan sous la forme d’une énuméra­tion de con­stats : finance­ment des uni­ver­sités, générosité du per­son­nel… Tout n’est décidé­ment pas mau­vais dans l’université publique.

Angélique Tasi­aux

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