Cécilia DUMINUCO, Il suffit d’une cerise sur le gâteau, Jouvence, 2024, 275 p., 17,95 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8895–3938‑3
Jules est un vieux monsieur un peu bourru enfermé dans sa solitude et son mutisme depuis plusieurs années déjà. Lorsqu’il apprend être atteint d’une maladie incurable, il demande à sa fille Audrey de lui amener sa petite-fille de 12 ans, Cerise, afin qu’elle passe quelques jours de vacances chez lui, dans les Ardennes belges.
Audrey a peu de contacts avec son père, leur lien s’est distendu à la suite d’un drame familial où elle a perdu sa mère et sa sœur, Jules s’est alors figé dans la culpabilité et la rancœur, comme si sa vie s’était arrêtée. Cerise représente pour lui l’espoir de planter une petite graine du passé dans le futur qu’elle représente, mais il l’a peu côtoyée depuis sa naissance. Arrivera-t-il à lui transmettre des perles de sagesse, alors que le temps lui est désormais compté ?
Jules n’a pas vraiment élaboré de plan pour occuper Cerise quand elle débarque chez lui. Il l’observe d’abord comme si elle était un petit animal à dompter et il improvise en lui proposant de cuisiner en duo. C’est avec enthousiasme que la jeune fille accepte cette proposition de son grand-père, elle qui est habituée aux plats préparés et livrés. Les ateliers culinaires se reproduisent et deviennent progressivement l’élément central de leurs journées ensemble. La cuisine se mue en lieu de partages, de rires et de moments complices, offrant à ces deux êtres blessés une occasion de transmission et d’attachement progressif. D’un côté, Jules, épuisé de lutter contre ses fantômes, autorise son cœur à se déverrouiller et accueille avec soulagement la légèreté que Cerise insuffle à ses journées mornes ; de l’autre côté, Cerise retrouve l’appétit et se sent plus apaisée grâce au calme ardennais, elle semble également bien décidée à percer le mystère de son grand-père derrière sa carapace…
« Bon, ça a rien d’exceptionnel hein… tu diras à ta mère de t’en offrir un !
- N’empêche que c’est triste, non ?
- De quoi ?
- De lui enlever son cœur, à la pomme… après, elle est ‘’vidée’’. »
Jules resta sans voix. Sérieuse comme un pape, Cerise conclut :
« En soi, si on me retirait le cœur, je pense que ma vie ne serait plus aussi rose.
- Eh bien, je suppose que t’as raison, gamine. Le cœur, c’est ce qu’il y a de plus important.
- Moui… Quoique, ça sert pas à grand-chose si on le garde que pour soi. Faut partager, tu crois pas ?
Avec Il suffit d’une cerise sur le gâteau, Cécilia Duminuco nous donne à lire un roman feel good dont le développement et l’issue sont assez prévisibles. L’intérêt de l’histoire réside dans la rencontre entre deux personnes de deux générations différentes qui vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs blessures, les secrets et les non-dits qui entravent le bonheur familial.
« Promets-moi une chose, gamine… Ne deviens pas comme moi. Ne t’enferme pas dans l’obscurité, parce qu’y a rien de bon qui peut sortir d’un pareil déni. Pour ton père, te fais pas d’bile ; Audrey va t’expliquer, elle t’a promis. Les choses vont s’arranger.
- Et si elles ne s’arrangent pas ? Et si… et s’il ne voulait pas de moi ? »
Jules resta silencieux. Comment lui avouer ? Non, ce n’était pas à lui de le faire.
« Eh bien, s’il ne veut pas [de] toi, ce bougre, alors il prouvera à la face du monde qu’il est le plus grand des idiots. Parce que faut pas être Einstein pour voir que des p’tites comme toi, ça court pas les rues ; c’est précieux. S’il veut pas de ce trésor-là, alors il te restera quand même l’amour de ta mère, de tatie Thérèse…
- Et le tien ?
- Et le mien.
Le roman est écrit dans un style simple et fluide, il est parsemé de dialogues savoureux grâce aux interjections wallonnes de Jules et au caractère bien trempé de nos héros (« Oh ça va, hein ! T’avais raison… T’es content, comme ça ? »). Il nous offre une histoire tendre qui met en valeur la transmission des valeurs à travers les générations et l’importance de la douceur réconfortante d’un foyer, dans un lieu symbolique comme une cuisine, où les liens peuvent se tisser naturellement lorsqu’on y met tout son cœur. Le récit a obtenu le prix du roman bien-être 2024.
Séverine Radoux