Adeline DIEUDONNÉ (autrice) et Arnold HOVART (illustrateur), Un élan de compagnie (conseils et astuces pour s’en débarrasser), Arènes, 2025, 40 p., 14,90 €, ISBN : 979–10-375‑1302‑1
Il y a toutes sortes d’albums pour enfants : ceux pour rêver et contempler, ceux pour sensibiliser et apprendre, ceux pour s’émerveiller et frissonner, ceux pour découvrir et explorer, ceux pour s’évader et s’inventer, et ceux pour rire et passer un agréable moment. Un élan de compagnie (conseils et astuces pour s’en débarrasser) appartient sans conteste à cette dernière catégorie (bien qu’elles puissent être, évidemment, poreuses les unes aux autres).
Imaginez un couple de retraités. L’homme arbore une couronne de cheveux blanche autour d’un crâne dégarni, porte joliment un bidon tendu et, de son bermuda retroussé, sortent des jambes toniques. La femme préfère les vêtements amples et confortables, et un chignon lâche aux mèches grises lui confère un air de mamie gâteaux. Lunettes rondes déposées sur leur nez et sourire vissé aux lèvres, ils fleurent bon la douceur de vivre et la complicité heureuse. Lui jardine et pêche, elle peint et écoute Joe Dassin, eux partagent le thé et l’amour de leur chat. Ils affectionnent aussi les promenades en forêt, quand les arbres revêtent leur parure automnale. Ils admirent alors les papillons blancs, cueillent des fleurs et ramassent peut-être des champignons.
C’est d’ailleurs lors de l’une de leurs balades que, sans crier gare, un élan a surgi de derrière un sapin et a commencé à les suivre avec un naturel désarmant. Ils ont bien tenté de lui fausser compagnie, ont accéléré le pas du mieux qu’ils pouvaient, mais le cervidé, de sa démarche flegmatique et obstinée, leur a collé aux basques et s’est mis à camper dans leur vie. Malgré ses aspects attachants (l’animal est sensible, sociable et élégant), le quotidien à ses côtés se révèle vite contraignant. Il vide leur frigo (et croque tous leurs artichauts), squatte le divan et la chambre d’amis, réclame leur attention… Bref, il impose sa présence de mille et une façons comiques (enfin, lorsque l’on est extérieur à cet énorme chamboulement). Reste à savoir si et comment les aimables petits vieux parviendront à se dépêtrer de cette configuration non désirée.
Avec cet album, le lecteur s’amuse énormément. Les images très colorées d’Arnold Hovart prennent le relais du texte d’Adeline Dieudonné à chaque page. Les expressions des personnages (qui possèdent un côté « bande dessinée » assez rigolo) et les illustrations de situations cocasses (soulignons ici le talent pour les perspectives et le rendu des textures) ajoutent une dimension aux mots « pince-sans-rire » de Dieudonné. De ce décalage naît un humour simple, rafraichissant et bon enfant. Un conseil pour finir : « préférez désormais les promenades à la plage »… ou pas !
Samia Hammami