Olivier SCHOONEJANS, 20 Heures Academy, M+ éditions, 2025, 325 p., 21,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑38211–286‑1
Prenez deux extrêmes, d’une part les journaux télévisés et d’autre part les émissions de téléréalité, degré zéro de la télévision, mélangez ces deux extrêmes, et vous obtenez la toile de fond de 20 Heures Academy, le premier roman d’Olivier Schoonejans, qui sait de quoi il parle.
Olivier Schoonejans est journaliste pour RTL-TVI et présente depuis plus de dix ans le journal télévisé de 13h. Chaque édition se termine par l’interview d’unꞏe invitéꞏe. Régulièrement, il s’agit d’un auteur ou d’une autrice et l’empathie, l’intérêt que le journaliste met dans ses questions nous donnait à penser que celui-ci publierait un jour son livre. Voilà nos prédictions réalisées avec ce premier roman.
Le synopsis nous place au cœur du métier du néo-écrivain : afin de désigner le remplaçant de Marc Espelette, 58 ans, présentateur vedette du 20 Heures de France Une, la direction de la chaîne organise une émission de télé-réalité qui permettra au public de désigner le lauréat. Dix journalistes se lancent dans la compétition. Cinq femmes, cinq hommes, aux profils variés, déterminéꞏeꞏs même si les risques qu’ils et elles prennent diffèrent.
Ainsi présenté et connaissant le métier de l’auteur, on pourrait penser que 20 Heures Academy tient du classique roman-à-clés. Olivier Schoonejans s’en défend par deux fois, dans un avertissement liminaire et dans ses remerciements finaux. À la lecture du livre, on le croit tant les enjeux du livre sont d’un autre type. Par contre, le roman doit être nourri par les années d’expérience de l’auteur ainsi que ses analyses et interrogations sur un milieu qu’il a appris à connaitre et vu évoluer.
Cela apparait dès la mise en place des personnages et notamment des quatre mâles à la tête de l’entreprise : le président de France Médias, le directeur général, le directeur des programmes ainsi que le producteur exécutif. Des hommes de pouvoir qui calculent sans cesse et veillent à leurs intérêts mais aussi à ceux de la chaine, évalués sur base des audiences. Les caractères des dix concurrentꞏeꞏs sont aussi très typés. Ajoutons à ce panel la présentatrice vedette de l’émission arborant son « sourire spontané-sur-commande » et, bien sûr, Marc Espelette qui est au cœur même du livre, même s’il n’en est pas le narrateur. Le roman présente aussi plusieurs aspects de la vie dans les studios et en dehors, ne fût-ce qu’en terme de vocabulaire. Au fil des interruptions et reprises d’antenne, des plans serrés, larges et semi-larges, il est question d’oreillettes, de magnétos en VCR, de l’intercom, de lignes prompteur, de chauffeurs de salle, de PDM, de PRA, de conducteur, de mode pré-écoute, du rôle des huissiers ou des boites de production… Celles-ci vont se révéler déterminantes dans le dénouement de l’intrigue.
Surtout, au fil des semaines de compétition et des soirées en prime, au gré du suspense entretenu par de nombreux rebondissements, on assiste à une série de coups fourrés, dénonciations, trahisons, rivalités, jeux de séduction, phrases assassines, etc. On imaginait bien que le monde des médias n’était pas celui des Bisounours, mais cette réalité est ici exacerbée par ce mixte entre journal télévisé et télé-réalité, car les adversaires doivent jongler en permanence avec les codes de l’un et de l’autre.
Mais le roman met aussi en scène des hommes et des femmes avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs egos bien trempés, leurs manies et convictions… Des êtres de passion. Un personnage sort du lot : l’épouse de Marc Espelette porte un regard extérieur sur toute cette arène tragi-comique et apporte un soutien constant à son mari, surtout quand elle constate qu’il risque de perdre pied. Bien qu’en coulisses, c’est un personnage essentiel qui donne du relief au roman et lui apporte un supplément d’âme.
Enfin, le roman ne manque pas, à travers la voix de Marc Espelette, de s’interroger sur cet univers (im)pitoyable mais aussi sur le rôle de la télévision demain. Un passage en dit long :
En retournant dans les loges, les candidats n’échangèrent pas un mot. Conscients d’avoir été, une fois de plus, les héros malgré eux d’une petite tragédie. Ils touchaient la rançon d’une gloire qu’ils n’avaient pas demandée. Pas comme ça. Pas en étant livrés en pâture, déshabillés et moqués par le public. La fonction de journaliste était sapée. (…) La figure paternaliste du présentateur du 20 heures s’effritait. Elle n’existerait sans doute plus après cette aventure.
Michel Torrekens
À la Foire du livre
- Olivier Schoonejans sera en dédicace à la Foire du livre le vendredi 14 mars de 18h à 20h, le samedi 15 mars de 14h à 17h et le dimanche 16 mars de 14h à 17h sur le stand 312.
