Aurélien DONY, À vous je dois mon ciel plus bleu, Abrapalabra, 2025, 80 p., 8 €, ISBN : 978–2‑931324–10‑3
Dans leur joli format poche, les éditions Abrapalabra proposent un recueil écrit (presque) entièrement le temps d’un festival de poésie : le Festival Voix Vives à Sète, où Aurélien Dony représentait la Belgique francophone aux côtés de la poétesse Mel Moya. Un recueil comme une entreprise de mémoire, pour arrimer le souvenir de ces rencontres à l’écriture.
Si les mots du poète ont pris forme en Méditerranée, la Belgique est partout dans ces pages : le haut ciel bleu du Sud est traversé d’échos aux visages amis qui composent le paysage poétique de Wallonie-Bruxelles — autrices et auteurs, éditrices, éditeurs, graphistes, toutes celles et ceux grâce à qui “les auteurices et lecteurices [peuvent] poursuivre le dialogue”.
Sur les bords de la Meuse
Sur les bords de l’Escaut
En Wallonie Hainaut
À Liège ou à Namur
À Westende à Arlon
À Bruges ou à Anvers
Aux campagnes de Wavre
Au bord de la Semois
Dans les rues de Bruxelles
Dans les forêts d’Ardennes
Chercher son bleu peut prendre une vie
Inspirée par la formule de Romain Gary dans Les cerfs-volants, cette recherche mène l’auteur à voyager entre ciel et terre, parfois plus vite que la musique mais toujours en harmonie avec celles et ceux qui viennent à sa rencontre. À vous je dois mon ciel plus bleu est un recueil amoureux et sensuel, agité d’une urgence contagieuse de saisir toutes les chances — qui, souvent, prennent la forme de bras tendus.
[…] puisqu’aussi bien toute lumière me ramène à ta peau
À Sète, une bouteille de vin scintille dans la lumière d’une lampe frontale. Une dame pleure de recevoir un poème, des enfants glissent des petits mots dans les livres et, au milieu de tout ça, un drapeau palestinien apparait. Au milieu des lumières et des camarades-poètes, Aurélien Dony interroge les conditions précaires des travailleurs et travailleuses du service public, professeurs et infirmières, factrices et facteurs, classe populaire ouvrière. Où se positionner en tant qu’artiste dans cette économie mortifère, quels points de contact dessiner entre le poétique et le politique ? Pas de réponse, mais des doutes qui traduisent un regard sensible posé sur le monde.
On peut s’attendre à tout
Revirements sans cesse
Métamorphoses encore
Tu n’es pas terminé‑e
Puisque tu n’es pas mort‑e
L’immobilité dans un train revenant de France, à l’arrêt entre deux gares belges, constitue probablement un contexte idéal pour terminer le livre-voyage d’Aurélien Dony — mais n’importe quelle conjoncture suffira pour ressentir le tourbillon dans lequel est pris l’auteur, homme de scène dont le souffle anime chaque page de ce petit recueil, même lorsque “le cœur est en berne et l’âme en spleen”, lorsque le corps ne suit qu’à peine. Toujours il y a ce souffle et ces répétitions, à outrance peut-être lorsqu’aplaties sur le papier, mais qui remplissent impeccablement leur mission d’appuyer plus fort : exalter leur contenu jusqu’à transpercer le langage — pour atteindre la peau.
Louise Van Brabant