Ruminations de Noël

Luce CARON, Comme un 25 décem­bre, M.E.O., 2025, 168 p., 18 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782807005433

caron comme un 25 décembreL’approche des fêtes de fin d’années est très sou­vent asso­ciée à la per­spec­tive de rap­proche­ments famil­i­aux et ami­caux sur fond de musiques douces, d’odeur de sapin, de cadeaux per­son­nal­isés, de bons repas partagés. Ce sont aus­si des moments qui peu­vent être vécus comme une épreuve à subir dans la soli­tude ou dans la prox­im­ité avec des per­son­nes dont on ne recherche pas la com­pag­nie.

Dans Comme un 25 décem­bre, Luce Caron a mis en scène des mem­bres d’une famille qui devraient se réu­nir à Noël. Ils s’adressent à nous sous la forme de mono­logues suc­ces­sifs et répétés dans lesquels ils nous livrent l’état d’esprit avec lequel ils anticipent la ren­con­tre famil­iale tra­di­tion­nelle. Jeanne ouvre le défilé : sans qu’elle l’aborde d’emblée, elle appréhende les retrou­vailles car elle porte le deuil récent d’un enfant de deux ans et que chaque fête souligne une absence. Elle sait qu’elle n’a rien à atten­dre de ce moment si ce n’est des réflex­ions mal­adroites qui accentuent sa douleur, elle porte sur ses con­génères qui ne savent com­ment l’aborder un regard sans com­pro­mis : « Leur crainte de me voir per­dre toute inhi­bi­tion m’amuse. Enfin non, elle ne m’amuse pas. Dis­ons qu’elle me dis­trait. Ils n’ont pas tort, je n’ai plus de fil­tre. Je dis ce que je pense, je fais ce que je dis, sans aucun scrupule ! La gêne, c’est pour les gens heureux ». Le ton est don­né : dans ces solil­o­ques, cha­cun nous livre le fond de sa pen­sée. Michel, le père de famille qui prend le relais, a per­du son épouse mais il savoure sa lib­erté et aspire surtout à avoir la paix, prin­ci­pale­ment face à ses enfants qui ne voient en lui qu’un vieux lent et mépris­able. Monique, sa nou­velle com­pagne, dénote dans cette bande de râleurs, elle les décon­certe par sa can­deur et son appétit de vivre, son indif­férence face aux sar­casmes qui volent bas. Quant à Sophie, céli­bataire sans enfant, elle se sait con­sid­érée comme une femme inac­com­plie, elle qui rêvait d’une famille nom­breuse autour d’elle, mais elle savoure son céli­bat et elle appréhende aus­si la ren­con­tre autour de la table de Noël. Reste Estelle, autre fille, qui est mère famille, qui gagne de l’argent et fait très atten­tion à sa ligne et qui con­sid­ère les autres d’un air supérieur. 

Au tra­vers de cour­tes séquences, ils nous con­fient sans grande retenue leurs ressen­ti­ments sur les gouts, les manies des autres, sans que leurs con­fi­dences devi­en­nent jamais des dia­logues. Ce qui nous donne l’occasion de con­stater à quel point ceux-là ne sont pas dupes des jeux des autres, cha­cun tirant son épin­gle du jeu tout en n’en pen­sant pas moins pour mieux ren­tr­er dans sa tanière. Ajoutez à ceci que chaque séquence est précédée d’un extrait de Petit Papa Noël et vous com­pren­drez sans peine que cette comédie aigre-douce aux accents un peu trash porte à sourire et à nous ren­dre tout ce petit monde touchant de sincérité. 

Thier­ry Deti­enne