Roland LADRIÈRE, La danse universelle, Taillis Pré, 2026, 75 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–252‑1
La danse universelle, titre du nouveau recueil de Roland Ladrière, pourrait être un mouvement balancé originaire d’Espagne ou d’Italie, une chaconne peut-être. En tous cas, une danse à trois temps rythmée par les trois moments de l’existence, la naissance, la vie, la mort. Une danse, un mouvement perpétuel qui s’illustre ici par la présence du même poème en tête et en fin de volume.
Cet été-là
Les chiens de la canicule
ne se couchaient pas
midi sonnait sous le regard de Jésus
une femme cherchait son enfant dans les linges
rompre le silence
était irrémédiable
quelqu’un avait changé le sens des mots
et toute parole
dite en plein vent revenait
À l’image d’un rouleau de papyrus antique, la cadence immémoriale donne le ton à cet éternel recommencement, à cette parole renouvelée. Les poèmes brefs courent entre ces deux instants, ces deux étés-là qui se succèdent selon le cycle naturel. Une saison qui pourrait peut-être se confondre avec ce bel été cher à Pavese et dont le poète, par ailleurs critique et traducteur de l’italien, se sent sans doute proche. Une célébration de la vie en somme, souvent joyeuse, parfois amère que rend à merveille le début du roman de l’auteur italien, paru en 1949 : « À cette époque-là, c’était toujours fête. » Les séquences poétiques courtes, exemptes de ponctuation, se succèdent comme autant d’éclats de vie capturés et où les âmes comme les silhouettes « vont, viennent [et] disparaissent. »
Les poètes nous accompagnent
Comment quitter Toronto
pour la côte Ouest
sans pâlir au nom de Vancouver
entendre le cri d’un petit enfant
sans penser à ces choses
qui ne passent jamais
comme l’a dit Pavese
Quelques références à des écrivains (Thiry, Pasolini, …), quelques noms de peintres (Gauguin, Renoir, …) en effet accompagnent le flux déambulatoire de l’auteur qui n’hésite pas à narguer la mort en fixant, comme pour en conserver le souvenir, les instants fugaces d’un éternel aujourd’hui. Des moments de presque rien, des images comme pour camper le décor ; un père tenant son enfant par la main, la musique d’un cirque de province ou une partie de whist dans un café à midi… Autant de photographies qui sont tels des instantanés sur lesquels ne craint pas de se retourner le poète-Orphée, au risque de perdre pour toujours son Eurydice.
Qu’importe au fond puisque le poète nous entraîne à sa suite, dans ses pas qui pourraient d’ailleurs être les nôtres. On le suit dès lors avec plaisir et nostalgie à travers les pages du livre qui ne cessent de rappeler que seule la mémoire demeure.
Rony Demaeseneer
Roland Ladrière à la Foire du livre
Dédicaces :
- Vendredi 27 mars 15h-16h — Stand 337 (Hall 3)
