La librairie labellisée, un lieu de qualité pour le lecteur et la promotion du livre

Poussez les portes des librairies label­lisées ! Vous serez cer­tain d’y trou­ver l’accueil digne du lecteur que vous êtes. La fête du livre y est per­pétuelle : ren­con­tres avec des auteurs, des illus­tra­teurs, des édi­teurs, heures du con­te, ate­liers thé­ma­tiques, clubs de lec­ture pour tous les âges, expo­si­tions, séances de dédi­caces, noc­turnes… l’imagination est au pou­voir.

Depuis 2007, un label des librairies con­tribue à val­oris­er un méti­er essen­tiel à la vie cul­turelle en Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles (FWB). Actuelle­ment, 54 librairies sont label­lisées en Wal­lonie et à Brux­elles. Vous les iden­ti­fierez grâce au logo du label qu’elles affichent. Onze critères, défi­nis en con­cer­ta­tion avec le Syn­di­cat des libraires fran­coph­o­nes de Bel­gique, per­me­t­tent de déter­min­er les béné­fi­ci­aires du label « le libraire ».

Ces critères ont fait l’objet en juil­let 2013 d’un arrêté du Gou­verne­ment de la Com­mu­nauté française fix­ant le règle­ment d’usage et de con­trôle de la mar­que « le libraire ». Ils peu­vent se résumer en quelques mots clés : pri­mauté du livre, accueil par des libraires pro­fes­sion­nels bien out­il­lés et for­més, accep­tant la com­mande à l’unité et pro­posant un assor­ti­ment de nou­veautés, d’ouvrage de fonds et de titres d’auteurs belges sans restric­tion de dis­trib­u­teur ou de mai­son d’édi­tion.

Ce label donne accès aux aides de la FWB qui sont prin­ci­pale­ment de trois ordres : des sub­ven­tions pour l’organisation de ren­con­tres lit­téraires et pour des abon­nements à des out­ils bib­li­ographiques pro­fes­sion­nels ain­si que des prêts sans intérêts pour l’aménagement et l’équipement des lieux. En 2016, la FWB a financé 314 ani­ma­tions lit­téraires dans 33 librairies label­lisées et ceci ne représente qu’une petite par­tie du pro­gramme cul­turel dévelop­pé par les libraires dans leurs murs ou en parte­nar­i­at avec des théâtres, des cen­tres cul­turels, des fes­ti­vals, des écoles…

La lecture : un enjeu global et territorial

Pour qu’écoles, bib­lio­thèques publiques, cen­tres cul­turels mais égale­ment auteurs et édi­teurs puis­sent agir ensem­ble pour le développe­ment de la lec­ture, le déploiement d’un réseau dense de librairies indépen­dantes est essen­tiel. La lec­ture est un enjeu glob­al et ter­ri­to­r­i­al cap­i­tal : là où se dévelop­pent bib­lio­thèques et librairies, la démoc­ra­tie se ren­force.

Les man­dataires poli­tiques qui s’emparent de cet enjeu ter­ri­to­r­i­al fort con­tribuent au vivre ensem­ble grâce au livre et à la lec­ture. Cette volon­té poli­tique peut notam­ment se con­cré­tis­er par le choix des critères d’attribution de marchés publics d’achat de livres per­me­t­tant un véri­ta­ble parte­nar­i­at entre écoles, bib­lio­thèques, cen­tres cul­turels d’une part et librairies indépen­dantes d’autre part.

Un accord-cadre

Les col­lec­tiv­ités locales et pou­voirs organ­isa­teurs des bib­lio­thèques mais aus­si des écoles sont con­fron­tés à la pas­sa­tion de marchés publics de livres sans être tou­jours out­il­lés pour fonder leur sélec­tion sur des critères de qual­ité. C’est donc sou­vent le taux de remise qui déter­mine le choix. Dans cette logique, les librairies sont amenées à forcer leurs ris­tournes, risquant ain­si de met­tre leur com­merce en dif­fi­culté et les col­lec­tiv­ités locales sont con­duites à sélec­tion­ner des four­nisseurs peu per­for­mants, voire défail­lants.

L’accord-cadre por­tant sur un marché de four­ni­tures de livres (imprimés et numériques) du Min­istère de la Com­mu­nauté française vise à met­tre fin à cette sit­u­a­tion. Ce vaste marché pub­lic est acces­si­ble à tous les ser­vices de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles mais égale­ment aux 102 pou­voirs adju­di­ca­teurs béné­fi­ci­aires qui s’y sont ral­liés (villes, com­munes, pou­voirs organ­isa­teurs de bib­lio­thèques…). Ce marché a été attribué en jan­vi­er 2017 à l’Association momen­tanée de libraires indépen­dants (AMLI) pour une durée de qua­tre ans. Cette asso­ci­a­tion est com­posée de 50 librairies répar­ties sur tout le ter­ri­toire de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles. Les dif­férents pou­voirs adju­di­ca­teurs pour­ront donc com­man­der indif­férem­ment dans ces étab­lisse­ments sans lim­i­ta­tion d’aucune sorte et selon leur néces­sité du moment.

Par cet accord-cadre, la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles ren­force son sou­tien aux bib­lio­thèques publiques et au secteur de la librairie.

Un décret pour soutenir entre autres les librairies

Le réseau de la librairie indépen­dante, véri­ta­ble poumon cul­turel et économique local, a été par­fois mis à mal ces dernières années par dif­férents mou­ve­ments économiques. Il revient aux autorités publiques de soutenir ce réseau con­sti­tué sou­vent de toutes petites entre­pris­es pour main­tenir la lib­erté de choix du lecteur, la pro­fu­sion et la diver­sité cul­turelles, aux prof­its des auteurs, des édi­teurs et de tous les citoyens, mais aus­si pour éviter le proces­sus de con­cen­tra­tion tel qu’il s’est dévelop­pé au Roy­aume-Uni, en Ital­ie, en Flan­dre où les librairies indépen­dantes dis­parais­sent au prof­it de chaînes qui influ­en­cent de manière restric­tive les choix édi­to­ri­aux des édi­teurs.

Le pro­jet de « Décret relatif à la pro­tec­tion cul­turelle du livre » est actuelle­ment exam­iné par le Con­seil d’État. Il devrait être voté fin 2017 pour entr­er en appli­ca­tion en 2018. Il a pour final­ité de con­stru­ire, en Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles, une poli­tique de sou­tien à la créa­tion, à la dif­fu­sion et à l’accessibilité des livres en lim­i­tant les remis­es autorisées et en abolis­sant la pra­tique de la « tabelle » ou mark-up (sur­coût appliqué au prix des livres importés de France).

Il a été rédigé après une con­cer­ta­tion menée avec les asso­ci­a­tions pro­fes­sion­nelles (la Mai­son des auteurs, l’Association des Édi­teurs belges, le Syn­di­cat des Librairies fran­coph­o­nes, ProDi­Presse, Espace Livre & Créa­tion) et les instances d’avis com­pé­tentes en la matière (le Con­seil du Livre, le Con­seil des Bib­lio­thèques Publiques, la Com­mis­sion d’Aide à l’Edition, la Com­mis­sion d’Aide à la Librairie) et entend répon­dre aux deman­des légitimes du secteur du livre.

Par­mi les nom­breuses moti­va­tions exprimées par celui-ci, on relèvera notam­ment la pro­tec­tion de la diver­sité cul­turelle, la démoc­ra­ti­sa­tion du livre et la pro­mo­tion de la lec­ture, la sup­pres­sion de la « tabelle » devant men­er à une diminu­tion du prix payé par les con­som­ma­teurs pour l’achat de livres édités en France (soit plus de 70% des livres achetés en Bel­gique fran­coph­o­ne), une juste con­cur­rence entre les librairies, les grandes sur­faces et les sociétés de vente en ligne.

« Le présent dis­posi­tif veut inscrire, dans les out­ils lég­is­lat­ifs de la Com­mu­nauté française, une mesure de poli­tique cul­turelle glob­ale visant le sou­tien aux acteurs du livre et plus spé­ci­fique­ment aux créa­teurs (auteurs, illus­tra­teurs, tra­duc­teurs…) et aux dif­fuseurs cul­turels que sont les dif­férentes caté­gories de détail­lants, et en par­ti­c­uli­er les libraires de pre­mier et sec­ond niveaux. Il vient ren­forcer la poli­tique du livre dévelop­pée, entres autres, grâce au “Plan Lec­ture” (lutte con­tre l’illettrisme et le décrochage sco­laire, pro­mo­tion de la lec­ture dès le plus jeune âge…) » (extrait de l’exposé des motifs de l’avant-projet de décret). Le décret devrait ain­si définir les acteurs autorisés à déter­min­er le prix des livres (imprimés et numériques) ven­dus en Com­mu­nauté française ; il devrait égale­ment fix­er les lim­ites des vari­a­tions de prix, à la hausse comme à la baisse, en pour­cent­age et leur cadre tem­porel ; il déter­min­era les déro­ga­tions accordées pour l’achat de livres par cer­tains organ­ismes.

Cette régu­la­tion du livre devrait per­me­t­tre de faire respecter le prix créé par l’éditeur qui en gardera la maîtrise. Tous les détail­lants pour­ront être en con­cur­rence, non plus sur les taux de remise sans rap­port avec la valeur réelle du livre, mais bien sur la fia­bil­ité des ser­vices four­nis, la var­iété, la disponi­bil­ité et la qual­ité de l’offre.

En 2014 déjà, le Con­seil du livre (en accord avec Het Boeken­Over­leg)  recom­mandait de régle­menter le prix du livre en pla­fon­nant les ris­tournes au cours d’une pre­mière péri­ode d’exploitation et en prévoy­ant des remis­es fix­es et intem­porelles pour les col­lec­tiv­ités (écoles, bib­lio­thèques…). De même en 2015, la Com­mis­sion d’aide à la librairie soulig­nait la néces­sité de réguler les remis­es max­i­males et les marchés publics d’achat de livres, de manière à per­me­t­tre aux librairies indépen­dantes d’y garder leur rôle essen­tiel. 

Par ailleurs…

Depuis 2014, le Syn­di­cat des libraires fran­coph­o­nes s’est vu con­fi­er par la FWB la mis­sion de dévelop­per et de gér­er un out­il mutu­al­isé devant per­me­t­tre la com­mer­cial­i­sa­tion de livres numériques.

Une trentaine de librairies indépen­dantes par­ticipent actuelle­ment à Librel.be, le por­tail numérique des librairies fran­coph­o­nes de Bel­gique, qui pro­pose aujourd’hui aux par­ti­c­uliers plus de 400.000 titres en français, 200.000 en anglais, 40.000 en néer­landais, et aux bib­lio­thèques plus de 140.000 titres émanant de près de 3.000 édi­teurs.

L’une des mis­sions de Librel est la pro­mo­tion des auteurs et édi­teurs de la FWB. Une mise en avant de leur pro­duc­tion est sys­té­ma­tisée et le parte­nar­i­at con­stru­it avec la revue Le Car­net et les Instants per­met d’identifier dans ses chroniques en ligne, par un petit « ePub », les ver­sions numériques quand elles exis­tent.

En qua­tre clics, au départ d’un lien sur votre blog lit­téraire préféré, vous pou­vez acheter et télécharg­er les textes de nos auteurs sur Librel.

Si la pra­tique de librairie évolue sous la pres­sion de la moder­nité, le rôle essen­tiel du libraire est de rester proche des besoins et des goûts du lecteur. Les coups de cœurs, les ent­hou­si­asmes à trans­met­tre, les con­seils poin­tus de lec­ture seront tou­jours sa spé­ci­ficité.

Sonia Lefèb­vre

En pratique : 


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°195 (juil­let 2017)