L’invention du marollien littéraire

L’apparition de l’argot dans la lit­téra­ture con­stitue de longue date une irrup­tion provo­cante du par­ler pop­u­laire. Les lin­guistes désig­nent comme des vari­a­tions dias­tra­tiques les niveaux de langue se référant aux dif­férents statuts (économique, social, cul­turel) des locu­teurs et au con­texte (social, référen­tiel, instru­men­tal) de l’énonciation. Dès le Moyen Âge, des écrivains en font usage, comme Vil­lon dans Le jar­gon et jobellin dudit Vil­lon (1489), ou la lit­téra­ture dite pois­sarde du XVIIIe siè­cle, cen­sée imiter le par­ler des lavandières. Au XIXe siè­cle, c’est le vocab­u­laire des « class­es dan­gereuses » qui fait irrup­tion dans le roman-feuil­leton, avec les Mys­tères de Paris d’Eugène Sue. Au XXe siè­cle, le lan­gage des pris­ons, des truands, les argots des métiers, du sexe ou du jeu sont abon­dam­ment trans­posés, en par­ti­c­uli­er dans les gen­res lit­téraires visant un large pub­lic[1]. Nom­bre de dic­tio­n­naires spé­cial­isés ont recueil­li ces ter­mes et ces tour­nures.

La sit­u­a­tion belge n’est pas très dif­férente. Les par­lers wal­lons ou brux­el­lois, qui peu­vent être con­sid­érés comme des vari­a­tions dias­tra­tiques locales, ont régulière­ment été util­isés par les écrivains pour leur exo­tisme ou pour leur capac­ité à évo­quer des réal­ités lin­guis­tiques pop­u­laires. Dans le cas du brux­el­lois, on a affaire à un dialecte un peu spé­cial. Il n’est pas unifié dans l’espace région­al, et se décline en microvar­iétés dont les prin­ci­pales sont sans doute celles de Molen­beek et des Marolles, ce quarti­er pau­vre de Brux­elles situé dans l’ombre du Palais de Jus­tice. Mais il n’a jamais été non plus un véri­ta­ble dialecte partagé par un milieu sociale­ment homogène. Il s’agit en fait d’un ensem­ble de traits fran­co-fla­mands et qui ont très large­ment dis­paru dès la sec­onde moitié du XIXe siè­cle. Le brux­el­lois représente un con­den­sé de traits syn­tax­iques, lex­i­caux et accentuels régionaux, plus ou moins fidèle à des pra­tiques en réal­ité très divers­es et très vari­ables dans le temps[2].

Ce qui m’intéresse ici est l’usage que les écrivains ont fait de ce dialecte, en par­ti­c­uli­er de sa var­iété marol­li­enne. Plusieurs auteurs se sont en effet illus­trés dans sa trans­po­si­tion. Dans le domaine du roman, Léopold Courou­ble décrit le folk­lore région­al dans La Famille Kaeke­broeck (1901). En 1910, Lucien Fon­son et Fer­nand Wichel­er font jouer Le Mariage de Mlle Beule­mans, une pièce dont l’immense suc­cès se pro­longe encore de nos jours. Roger Kervyn de Mar­cke ten Driess­che pub­lie quant à lui ses Fables de Pit­je Schra­mouille en 1923 : il y donne de savoureuses réécri­t­ures marol­li­ennes du réper­toire clas­sique français, les fables de La Fontaine ou Le Cid de Corneille. Enfin, dans la presse heb­do­madaire, Vir­gile, Jean d’Osta ou Georges Lebouc ont don­né de nom­breux dia­logues, ain­si que des pas­tich­es et des nou­velles en marol­lien, spé­ciale­ment dans le jour­nal Pourquoi pas ?, fondé entre autres par Georges Gar­nir qui, pour sa part, en a réal­isé en 1906 un des pre­miers vocab­u­laires sys­té­ma­tiques dans son « Baedek­er de phys­i­olo­gie brux­el­loise » (Ziev­ereer, Krott et Cie, Architek !, 3 vol­umes, réédités en 1975 par Libro-sci­ences). Plus tard, les injures du cap­i­taine Had­dock s’en sont par­fois inspiré.

Ces auteurs et ces œuvres sont les plus con­nus. Ils ne sont toute­fois pas les inven­teurs du marol­lien lit­téraire, qui sem­ble avoir fait irrup­tion au moins un demi-siè­cle plus tôt sous la plume d’auteurs totale­ment oubliés de nos jours. C’est eux que nous allons à présent décou­vrir, en présen­tant leurs œuvres prin­ci­pales et quelques élé­ments de biogra­phie indis­pens­ables.

Romans et nouvelles

Au stade actuel de mes recherch­es, il sem­ble que le marol­lien ait fait une de ses pre­mières appari­tions lit­téraires en 1846 dans un roman dont l’auteur était français. C’est en effet à cette date que François Édouard Suau (1809–1872) pub­lie Les Mys­tères de Brux­elles (Brux­elles, Société typographique belge, 1846[3]), une imi­ta­tion locale des Mys­tères de Paris d’Eugène Sue (1842–1843). L’auteur était un ancien marin, édi­teur occa­sion­nel, spécu­la­teur véreux et joueur impéni­tent. Il séjour­nait à Brux­elles pour échap­per à la jus­tice de son pays, et c’est pour prof­iter de l’immense suc­cès du roman-feuil­leton de son qua­si homonyme qu’il a eu l’idée d’écrire un roman urbain brux­el­lois aux accents phil­an­thropiques.

Il crée une galerie de per­son­nages hauts en couleur, comme une hor­ri­ble vieille nom­mée la Tan­t­je (la tante, en brux­el­lois), qui élève une petite Mieke, aus­si pure et déplacée que Fleur-de-Marie dans le cabaret où elle sert comme souil­lon, ou encore le cheva­lier de Blee­den, une sorte de génie du mal, qui va jusqu’à per­sé­cuter sa pro­pre sœur, la pure Clarisse ; quant au « Capon du rivage » (débardeur) Peeters, il prend mod­èle sur le Chourineur, l’assassin repen­ti créé par Sue. Le per­son­nage de Toone est un voy­ou brux­el­lois. Mais l’intérêt du livre tient moins au réem­ploi de ces rôles assez stéréo­typés qu’à la descrip­tion sou­vent élo­quente des réal­ités sociales brux­el­lois­es, en par­ti­c­uli­er celles des quartiers les plus pau­vres de la cap­i­tale, les Marolles et le quarti­er de la rue Notre-Dame-aux-Neiges qui sera démoli peu après.

Non moins remar­quable est l’attention que porte Suau au lan­gage de ses per­son­nages. S’il renonce à tran­scrire les con­ver­sa­tions en marol­lien, « lan­gage com­posé moitié d’un mau­vais fla­mand et moitié du patois wal­lon » (I, p. 216), il agré­mente le dia­logue de mots brux­el­lois (ain­si Toone appelle une jeune femme sa « boulleque », I, p. 221) et la syn­taxe de Tan­t­je veut égale­ment tran­scrire ce par­ler. Elle inter­pelle Mieke en lui dis­ant : « Viens une fois voir toutes ces belles choses, sais-tu ? » (I, p. 64). Un des per­son­nages jure en s’écriant « Sap­per­mille­mente ! » (I, p. 221), terme sonore qui frap­pera égale­ment Charles De Coster quinze ans plus tard, puisqu’il en fera le patronyme de « Jean Saper­mille­mente, nom­mé ain­si à cause qu’en ses colères son aïeul pater­nel jurait de cette façon pour ne point blas­phémer le très-saint nom de Dieu. »[4] Cette atten­tion portée au reg­istre argo­tique appar­ente évidem­ment Suau à son mod­èle parisien, mais elle utilise aus­si de manière très nova­trice le par­ler pop­u­laire local comme un matéri­au romanesque.

Peu de temps après Suau, Philippe Les­brous­sart pub­lie ses Types et car­ac­tères belges (Brux­elles, Seghers, 1851). Il s’agit d’un recueil de chroniques illus­trées à la manière des Français peints par eux-mêmes, le célèbre ouvrage pub­lié par Léon Curmer de 1840 à 1842 ; on peut aus­si y voir l’influence des types pop­u­laires mis en vogue par Dick­ens[5]. Les­brous­sart a don­né son nom à une rue ixel­loise, c’est à peu près tout ce qui reste du sou­venir d’un notable par­ti­c­ulière­ment act­if. Né à Gand en 1781 et mort à Ixelles en 1855, il a très longtemps été enseignant, dans l’enseignement sec­ondaire d’abord, à l’Université impéri­ale de Brux­elles et à l’Université de Liège ensuite. Il enseignait les let­tres latines. Il a aus­si été de 1830 à 1835 admin­is­tra­teur général du min­istère de l’Instruction publique. Poly­graphe, mem­bre de la Société de lit­téra­ture de Brux­elles, académi­cien, il fréquen­tait le salon Quételet, la plus impor­tante réu­nion de savants et de réfor­ma­teurs libéraux de Brux­elles. Son père, Jean-Bap­tiste Les­brous­sart, fut un des nom­breux Français appelé pour enseign­er la rhé­torique dans les Pays-Bas bel­giques.

Un grand nom­bre de textes de ce recueil de Types sont de la plume de Vic­tor Joly (1811–1870), quelques autres de « Marie B***, qui est vraisem­blable­ment son épouse, Marie Joly née Bergmann, et d’autres col­lab­o­ra­teurs. C’est là un autre per­son­nage intéres­sant. Directeur du San­cho, admi­ra­teur de Vic­tor Hugo avec lequel il cor­re­spon­dit à plusieurs repris­es, Joly a été auteur dra­ma­tique (Les Pro­scrits, 1838), écrivain de con­tes fan­tas­tiques (His­toires ténébreuses, 1857), écrivain de voy­age et de tourisme (Les Ardennes, 1854–1857)[6]. Libéral, mais sans rela­tion avec les libéraux doc­tri­naires au pou­voir, Joly défend le brux­el­lois comme il défend le fla­mand, et comme Buls ou Picard défendront le bilin­guisme : par référence à un esprit nation­al irré­ductible, et par respect d’une his­toire com­mune aux deux com­mu­nautés lin­guis­tiques. L’Antholo­gie des let­tres belges de Picard et Roden­bach, en 1887, ren­dra un vibrant hom­mage à son tal­ent d’écrivain-journaliste.

C’est dans ce cadre que Vic­tor Joly évoque le par­ler marol­lien. La dernière sec­tion des Types et car­ac­tères belges est en effet con­sacrée aux « Marolles et [aux] Marol­liens » (p. 189–192). On y décou­vre notam­ment Jef, le type du jeune brux­el­lois, en train de danser, mais aus­si de rap­porter sa pre­mière expéri­ence théâ­trale sur la scène de la Mon­naie. Il y fig­ure un sec­ond rôle cen­sé demeur­er silen­cieux. Mais lorsque le comé­di­en Tal­ma vient vers lui et lui dit d’une voix « furieuse » : « Ambas­sadeur d’un roi par­jure, sortez de ces lieux », l’honnête garçon ne com­prend pas ce lan­gage et il répond ingénu­ment en brux­el­lois qu’on lui a promis vingt-cinq cents pour jouer et qu’il ne tient pas à se faire insul­ter de la sorte. Toute la salle éclate de rire tan­dis qu’il sort indigné (p. 190). La sec­tion s’achève sur quelques textes fan­tai­sistes dont les titres —pour accentuer l’historicisme— sont d’ailleurs com­posés en car­ac­tères pseu­do-goth­iques : « El sprinkaut et el for­mi », « Quet­je Cor­beau » et « Les amours de Bette Cor­byn et de Ton­t­je Cadé », deux poèmes à la manière de La Fontaine et un réc­it en brux­el­lois.

La poésie des Marolles

Ces textes semi-par­o­diques inau­gurent une autre veine du marol­lien lit­téraire dans laque­lle vont s’illustrer des bour­geois amoureux du folk­lore local. Le prin­ci­pal d’entre eux fut Vic­tor Lefèvre (1822–1904), un fonc­tion­naire mod­èle du ser­vice de l’Instruction publique de la Ville de Brux­elles. Mem­bre de la loge maçon­nique brux­el­loise « Les Amis Phil­an­thropes », il com­posa quelques chan­sons, des piécettes de théâtre et des con­tes péd­a­gogiques sous son nom, mais c’est comme « barde de la rue Haute » et comme auteur marol­lien qu’il se fit con­naître sous le pseu­do­nyme de Cocu Lulu.

La pre­mière édi­tion des « Œuvres com­plètes de Coco Lulu » forme la sec­onde par­tie de L’Almanach marol­lien (1855–1856) que Lefèvre pub­lie avec Noël Tis­serand[7]. Ce dernier est l’auteur des « Pré­dic­tions pour l’année 1855, annon­cées par Feu Meu­len­berg, bour­geois de Brux­elles » ; le pein­tre et écrivain Émile Lecler­cq, ami de De Coster et autre ani­ma­teur de l’Uylen­spiegel, a illus­tré l’ensemble. Out­re les poèmes, la sec­onde par­tie du recueil com­prend Jean­nette et François, « tableau pop­u­laire représen­té à Brux­elles au Théâtre des Galeries et du Vaude­ville », une pièce par­tielle­ment en brux­el­lois, com­mandée à Vic­tor Lefèvre par Quélus, le directeur du théâtre, pour faire jouer ses acteurs Mes­maeck­er et Gof­fin. Ceux-ci par­laient en fla­mand et en marol­lien, tan­dis que Madame Lemoigne jouait en français. Il s’agit d’une querelle entre deux hommes qui aiment la même femme, un jeune pau­vre et un vieux enrichi. On notera que la super­po­si­tion des rival­ités de classe, de langue et d’amour y annonce déjà Mlle Beule­mans.

Seule la par­tie ver­si­fiée de l’œuvre de Cocu Lulu fut régulière­ment rééditée ensuite. Dans la pré­face à l’édition de 1871[8], Vic­tor Lefèvre se présente comme le décou­vreur du pre­mier poète marol­lien que serait Coco Lulu. « Dès son appari­tion sur la scène lit­téraire, je m’intéressai à cet enfant des mus­es […] » (p. 6). Le mot « lit­téraire » en italique désigne à la fois une mise à dis­tance (il va de soi que ce n’est pas de la vraie lit­téra­ture), mais sans doute aus­si une sorte de reven­di­ca­tion (la chan­son pop­u­laire mérite d’être recon­sid­érée). Qual­i­fié ensuite de « barde de la rue Haute », Coco Lulu livre ses poèmes. Que le genre de la chan­son puisse relever du domaine lit­téraire ne nous éton­nera pas : songeons aux Chan­sons des rues et des bois que tous les ama­teurs de Vic­tor Hugo con­nais­saient par­faite­ment. Lefèvre retrace ensuite l’histoire du marol­lien, dont il fait un mixte de fla­mand et de wal­lon remon­tant au XIVe siè­cle, date à laque­lle les pre­miers Wal­lons se seraient instal­lés dans la future cap­i­tale. Plus tard, la fran­ci­sa­tion des familles nobles instal­lées à prox­im­ité des Marolles aurait égale­ment incité au développe­ment d’un patois spé­ci­fique. Ain­si le marol­lien serait « l’énergie fla­mande unie à la vivac­ité wal­lonne » (p. 10), une sorte d’âme belge avant la let­tre, un con­den­sé de la Bel­gique bilingue.

Lefèvre pub­lie aus­si des Fables de La Fontaine inter­prétées par Coco Lulu (1898). Il est intéres­sant de remar­quer que ces fables sont toutes dédi­cacées à des amis ou à des proches, dont un grand nom­bre sont des écrivains. L’exercice se donne ain­si pour moins gra­tu­it qu’il n’y paraît et équiv­aut à une sorte de demande d’adoubement dans le monde des let­tres. Ces dédi­cataires sont orthographiés en pseu­do-brux­el­lois, mais on recon­naît sans peine leurs mod­èles. Nom­bre d’entre eux sont des per­son­nal­ités impor­tantes de la vie cul­turelle : Charel Van der Stap­pen (Charles Van der Stap­pen, sculp­teur) ; Camomile Le Mon­nier (l’écrivain Camille Lemon­nier) ; Wâre Bauwens (peut-être s’agit-il du notaire Bauwens, fon­da­teur de La Jeune Bel­gique) ; Lion Jouret (Léon Jouret, homme poli­tique, écrivain, ami de Charles De Coster) ; Jefke Van Sever­don­ck (Joseph van Sever­don­ck, né en 1819 et décédé en 1905, artiste pein­tre) ; Liapold Courou­ble (Léopold Courou­ble) ; Pit­je Tem­pels (Pierre Tem­pels, mag­is­trat belge laïc et franc-maçon) ; Fred­je Mabille (Alfred Mabille) ; Tiodor Solvay (le pianiste Théodore Solvay, père de Lucien Solvay, poète et jour­nal­iste) ; Lion van de Voorde (sans doute Léon Van de Voorde exploitant du Théâtre Morieux d’illusion d’optique sur les foires de France et de Bel­gique) ; Umil Greyson (l’écrivain Émile Greyson) ; Jef Lam­beaux ; Tône Van Ham­mée (Antoine Van Ham­mée, pein­tre de sujets his­toriques et de por­traits), etc.

Nous sommes donc loin d’un marol­lien pop­u­laire. L’auteur n’est pas un folk­loriste qui aurait recueil­li des réc­its ou une cul­ture mar­ginale. Le pub­lic qu’il vise se com­pose d’amis, de bour­geois, d’artistes et d’écrivains. Les vers ont pour fonc­tion d’amuser ces proches, en mis­ant sur leur com­plic­ité et leur con­nais­sance plus ou moins grande du brux­el­lois. La défor­ma­tion des fables les plus célèbres du cur­sus sco­laire ren­force évidem­ment la bien­séance du pro­pos. C’est très exacte­ment le mod­èle que repren­dront les Fables de Pit­je Schra­mouille.

Le suc­cès du marol­lien lit­téraire est égale­ment attesté par l’usage qu’en fait la presse satirique. Le jour­nal La Casse­role, pub­lié à Brux­elles du 15 avril 1883 au 9 mars 1884, s’était par exem­ple spé­cial­isé dans la pub­li­ca­tion de longs édi­to­ri­aux en brux­el­lois signés Bazoef. Ain­si, le 3 juin 1883, un arti­cle par­ti­c­ulière­ment réus­si comme « Bazoef in Moskoei » per­met au jour­nal de tir­er à 15 000 exem­plaires, et d’offrir Un mâle de Lemon­nier en prime à qui s’abonnerait pour un an.

Bazoef était le pseu­do­nyme de Léopold Pels (1853–1938), jour­nal­iste au Précurseur d’Anvers et fon­da­teur de la firme de courtage « Pels et Gold­schmidt ». Il était aus­si grand ama­teur de revues et n’hésitait pas à pouss­er la chan­son­nette en pub­lic[9]. On lui doit le recueil Œufs durs et mas­telles : chan­sons et poïésies marol­li­ennes (Brux­elles, Lacomblez, 1903) qui con­tient notam­ment la « Bal­lade des Crot­jes du temps jadis » (Dis un’fois où, dans quel pays,/Est Mi’Katoen, la bell ‘bozinne ;/Florke n’avec ses eull’tout gris,/ Siska qu’aviont n’si gross poitrine […], p. 72) et aus­si des chan­sons man­i­feste­ment des­tinées à l’interprétation musi­cale, comme « La Chan­son des aven­turi­ers des Marolles », dont le refrain est : « En par­tant d’la ru’des Ménages/On étions sages,/ Mo en rev’nant rue des Capucins/On étions pleins ! » (p. 53).

Le nom de Bazoef a égale­ment été util­isé par d’autres auteurs, ce qui en fait une sorte de passe-partout à l’époque. On sig­nale ain­si Bazoef ou les pieds de Philomène, comédie jouée sur la scène des Nou­veautés en 1885, et signée Jef Caste­lyn, qui en était en fait un per­son­nage créé par l’agent de change Dansaert et son ami Bon­droit[10]. Mais le prin­ci­pal con­cur­rent de Pels était Raphaël Lan­doy (1856–1924), auteur des « Dicts de Bazoef », con­tes en marol­lien pub­liés dans le Dia­ble au corps en 1893–1894, et réu­nis sous le titre de Réc­its de Rham­sès II (1894 et 1900). L’homme était le cousin de Colette, née Sidonie Lan­doy[11]. Ses textes, pré­facés par Willy, le pre­mier mari de la roman­cière, sont par­ti­c­ulière­ment acerbes (voir par exem­ple : « Les Aven­tures de Lolle­pot au Con­go », 10 sep­tem­bre 1893, con­tre la poli­tique colo­niale de Léopold II). Pels et Lan­doy précè­dent les jour­nal­istes satiriques Jean d’Osta (1909–1993) qui a créé le per­son­nage de Jef Kazak, ou Vir­gile (pseu­do­nyme de Léon Crab­bé, 1891–1970), revuiste pour plusieurs music-halls brux­el­lois et auteur pro­lifique de chan­sons et de sketch­es, égale­ment parus dans Pourquoi Pas ?, ain­si que de par­o­dies d’auteurs célèbres.

Sur les scènes

Avec la presse, le théâtre est, au XIXe siè­cle, le média urbain le plus impor­tant. Le marol­lien est donc égale­ment présent sur les scènes, prin­ci­pale­ment comme relais dis­cur­sif de per­son­nages pop­u­laires ou comiques. Toute­fois, la pre­mière occur­rence que j’ai repérée ren­voie pré­cisé­ment à Suau de Varennes et à un autre Français séjour­nant en Bel­gique. On doit en effet à Marc Lep­révost (ou Le Prévost, 1821–1882) une pièce représen­tée le 20 juin 1857 au Théâtre du Vaude­ville, Les Bohémiens de Brux­elles, qui, sans le men­tion­ner, est en fait une adap­ta­tion théâ­trale des Mys­tères de Brux­elles, dont on retrou­ve nom­bre de per­son­nages : Peeters, Trine, la Tan­t­je, Lowie, le directeur de La Cam­bre, etc., et cer­tains lieux, comme les Marolles, un cer­cle de jeu, l’hôtel par­ti­c­uli­er de la comtesse (ici : Hôtel Stein­berg). On sait très peu de choses sur cet auteur fécond de revues et de vaude­villes qui a con­stru­it toute sa car­rière entre Brux­elles et Paris[12].

Un théâtre en brux­el­lois exis­tait évidem­ment déjà. Le théâtre de Toone, ou plus exacte­ment la série de théâtres dirigés par des directeurs ayant eu à cœur de s’inscrire dans la tra­di­tion sym­bol­isée par ce pseu­do­nyme, débute sans doute vers 1830. Toone I (Antoine Gen­ty, 1804–1890) ani­me un petit théâtre de mar­i­on­nettes dans l’impasse des Sabots, puis rue de la Plume (1865), rue du Miroir (1866), dans la cave de la grande mai­son basse qu’il occupe impasse Peeters (impasse des Lis­erons, 369 rue Haute), rue des Vers ensuite. Son suc­cesseur fut François Taele­mans (1848–1895), élève et ami du précé­dent, qui dirige son pro­pre théâtre de mar­i­on­nettes avant de repren­dre celui de Toone l’Ancien. Ses affaires ne sont pas floris­santes ; il est sans ouvrage lorsqu’il meurt à l’âge de 46 ans. C’est Georges Hem­bauf, dit Toone III (1866–1898) qui reprend son com­merce après avoir ani­mé des mar­i­on­nettes avec François Taele­mans. En 1890, il occupe un local au 74 de la rue du Miroir, acheté à Nico­las Dufeys, dit Toone du Mir­li­ton, une dynas­tie con­cur­rente. C’est l’heure du suc­cès. Jusqu’à sa mort, Hem­bauf occupe une dizaine d’ouvriers, dont un chef machin­iste et un chef d’acteurs. Les recettes de son suc­cès tien­nent à sa capac­ité d’ouvrir son théâtre pop­u­laire à un pub­lic var­ié. Il pro­pose des pièces alter­na­tive­ment en fla­mand région­al et en fran­co-brux­el­lois, c’est-à-dire en français pronon­cé avec un fort accent fla­mand, entre­coupé de quelques ter­mes ou expres­sions typés. Il adapte pour ce pub­lic les pièces célèbres de la scène brux­el­loise, les mélo­drames, bal­lets ou opéras bien con­nus que sont, par exem­ple, Robert le Dia­ble, La Favorite, Le Bossu ou Ham­let. Par ailleurs, homme d’affaire entre­prenant, il n’hésite pas à présen­ter ses spec­ta­cles chez des par­ti­c­uliers en usant d’un petit castelet por­tatif. En par­al­lèle, Impasse des Lis­erons, un autre Toone III, Jean-Antoine Schoo­nen­burg (1852–1926) utilise les mêmes recettes avec un réper­toire com­prenant par exem­ple Les Trois Mous­que­taires, La Muette de Por­ti­ci ou La Bataille de Water­loo. Le suc­cès de ces spec­ta­cles, très impor­tant entre 1890 et 1914, ne résis­tera ni à la Grande Guerre ni aux trans­for­ma­tions urban­is­tiques des Marolles[13].

La vogue du théâtre de Toone est com­pa­ra­ble à celle que sus­ci­tent à la même époque les baraques de foire ou le cirque auprès d’un pub­lic intel­lectuel ou mondain. Dans une péri­ode de trans­for­ma­tion des valeurs esthé­tiques (nous sommes au temps du sym­bol­isme et de l’Art nou­veau), ces lieux mar­gin­aux sem­blent délivr­er une authen­tic­ité par­ti­c­ulière. L’invitation faite aux mar­i­on­nettes de Toone de par­ticiper à l’Exposition uni­verselle de 1897 au Parc du Cinquan­te­naire mar­que la recon­nais­sance offi­cielle de cette ten­dance[14].

C’est égale­ment chez Toone que débu­ta Lucien Malper­tu­is, avec La Petite Valkyrie (1887), une par­o­die de l’opéra de Wag­n­er que l’on jouait au même moment au Théâtre de la Mon­naie. Brune­hilde y organ­i­sait un « petit bal marol­lien » et chan­tait en fla­mand : « Wij zijn van Wal­hal­la ! »

Lucien-Joseph P. Malper­tu­is, dit Luc, était né à Brux­elles le 21 décem­bre 1865. Son père, Ernest Malper­tu­is (1826–1890), né en France, était un prospère négo­ciant en tis­sus. Il opte pour la nation­al­ité belge en 1886. La famille habitait rue du Poinçon, 39, à quelques dizaines de mètres du « plus vieux citoyen de la ville », la stat­ue du Man­neken-Pis. Sa sœur cadette, Jeanne, est née en 1867 ; elle épousera en 1896 Frantz Fon­son (1870–1924), dont le fils, Lucien, dirigea longtemps le théâtre des Galeries, haut lieu des revues théâ­trales du XXe siè­cle. Élève de l’Athénée de Brux­elles, Malper­tu­is s’intéresse rapi­de­ment à la lit­téra­ture. Il achève sa rhé­torique en août 1883 et s’inscrit dès la ren­trée suiv­ante à l’Université de Brux­elles dont les locaux étaient encore abrités dans le vieux palais Granvelle de la rue des Sols. Pen­dant ses études, Malper­tu­is décou­vre le monde du théâtre, et en par­ti­c­uli­er celui des revues de fin d’année dont il devien­dra, avec Georges Gar­nir et quelques autres, le spé­cial­iste incon­testé. Il mou­rut en 1933, en léguant à la Bib­lio­thèque royale la col­lec­tion des revues et des vaude­villes qu’il avait patiem­ment accu­mulés.

Par nature, les revues fai­saient la part belle aux infor­ma­tions locales puisqu’elles étaient des­tinées à « pass­er en revue » les prin­ci­paux événe­ments et les spec­ta­cles mar­quants de l’année écoulée. La créa­tion par Flor O’Squarr du per­son­nage d’Arthur Van Kop­per­nole, « garde civique de Poper­inghe », dans Brux­elles sens dessus dessous (1861) con­cré­tise l’assimilation locale de la revue française. Le per­son­nage a à la fois une autorité dérisoire, une bon­homie pop­u­laire et un accent fla­mand ; il revient régulière­ment dans d’autres revues, comme une « scie », ajoutant le comique de répéti­tion au comique de sit­u­a­tion. Même les auteurs français qui tra­vail­lent à Brux­elles adoptent le procédé. Ain­si Michel Bor­det et Georges Cav­a­lier remer­cient leur acteur fétiche, M. Thien­pont, qui impro­vise en brux­el­lois et donne la couleur locale à un rôle qui n’est qu’esquissé par les auteurs (A la Chaudière ! revue de l’année 1874). Malper­tu­is et ses com­plices Théo Han­non et Georges Gar­nir vont ren­forcer cette tra­di­tion en insis­tant sur l’ancrage brux­el­lois et en faisant de leurs acteurs locaux de véri­ta­bles vedettes. Le cri­tique Lucien Solvay l’avait bien noté : quand un auteur belge pro­pose une pièce, elle est générale­ment perçue comme « ennuyeuse et plate », mais si « les acteurs la jouent avec l’accent marol­lien […] le suc­cès devient colos­sal »[15].

Fer­nand Crom­me­lynck

Ils béné­fi­cient en effet de comé­di­ens extrême­ment appré­ciés comme Esther Del­tenre, Fer­nand Crom­me­lynck, Milo et Nico­las d’Ambreville. Ce sont eux qui ani­ment le haut de gamme des revues, c’est-à-dire les revues des Galeries ou du Théâtre Molière. Nico­las d’Ambreville (Nico­las Van Berkel, 1863–1923) a suivi les cours du Con­ser­va­toire, dans la classe de Quélus, avec Malper­tu­is[16]. Esther Del­tenre (1877–1958) est issue d’un milieu pop­u­laire wal­lon (Lessines), et elle a été cas­quet­tière avant de chanter dans des cafés puis à la foire du Midi[17]. Milo (Emile Colart) était le fils de l’entrepreneur qui avait con­stru­it l’Alcazar. Par con­tre, Fer­nand Crom­me­lynck, l’oncle du dra­maturge homonyme, sort du Con­ser­va­toire en juil­let 1884 ; il joue au Molière et au Parc, crée le Mâle de Lemon­nier. Ensuite il est engagé au Théâtre de la Renais­sance, et en 1887, au Théâtre des Galeries, et à Anvers, où il chante l’opérette, en Russie ensuite où il effectue des tournées de 1888 à 1889. En 1890, il ren­con­tre Malper­tu­is, et demeure dix ans au Théâtre de l’Alcazar[18]. De son côté, d’Ambreville était un ancien élève de Saint-Michel, le col­lège de Jésuites le plus hup­pé de la cap­i­tale. Il sera le créa­teur du rôle de M. Meule­meester dans Le Mariage de Mlle Beule­mans. Ces élé­ments de biogra­phie per­me­t­tent de com­pren­dre que ces acteurs n’étaient pas néces­saire­ment d’origine marol­li­enne ou pop­u­laire. Ils étaient avant tout des artistes com­plets entrés dans le monde du spec­ta­cle par voca­tion per­son­nelle. Mais ils con­nais­sent par­faite­ment leur pub­lic ; lorsqu’ils se dégui­saient en bourgmestre de Brux­elles (le rôle de Buls était une des spé­cial­ités de Milo) ou en garde-civique, ils en imi­taient volon­taire­ment les accents. Par ailleurs, le marol­lien était égale­ment mobil­isé pour sig­naler l’intrusion de per­son­nages pop­u­laires, que ce soit la com­mère ou le com­père, des incar­na­tions des petits métiers, ou encore des fig­u­rants. Le jeu par­o­dique, habituel dans les revues, impli­quait en effet de fréquentes représen­ta­tions du théâtre dans le théâtre, sous la forme d’un envers explicite des spec­ta­cles en vogue. Salam-Booth, par­o­die de Gar­nier et Malper­tu­is de la Salamm­bô de Rey­er qui venait d’être créée à la Mon­naie en févri­er 1890, com­pre­nait notam­ment le « chœur de Moloch-enpis ». Un peu plus tard, dans Brux­elles au vol (1895), Han­non et Malper­tu­is firent con­stru­ire un décor représen­tant la scène de l’Alcazar durant une répéti­tion de La Fille du Tam­bour-Major. Les décors retournés fai­saient un tableau pit­toresque. Le com­père Mit­son déclarait avec un accent marol­lien pronon­cé : « Et le régis­seur général qui revient pas. Ça est tout de même curieux. J’ai beau leur don­ner l’intonation, ils [les autres acteurs] ne peu­vent pas se débar­rass­er de leur accent marol­lien ! Que va encore une fois dire la presse ! » Dans ce cas, l’accent établit une com­plic­ité à dou­ble détente avec le pub­lic ; elle a été très appré­ciée.

Les ambivalences du « populaire »

Au terme de cette rapi­de enquête, un pre­mier con­stat s’impose. L’usage lit­téraire du marol­lien résulte rarement d’une volon­té de ren­dre compte du par­ler réel d’une par­tie de la pop­u­la­tion brux­el­loise. Jamais les auteurs n’assument eux-mêmes cette var­iété de langue perçue comme fau­tive. Elle est tou­jours mise entre guillemets, citée et attribuée à un locu­teur spé­ci­fique. Le « Brux­el­lois » est ain­si un per­son­nage peu val­orisé, engoncé dans une série de traits cul­turels et soci­aux : il est pop­u­laire ou a con­nu une récente ascen­sion sociale, il exerce le plus sou­vent un méti­er lié à l’espace pub­lic (com­merçant, vagabond, voleur,…) qui ne requiert pas d’études pro­longées. Il demeure ain­si un type lit­téraire un peu car­i­cat­ur­al.

Le fait que cet argot ou cet accent appa­raît dans un con­texte par­ti­c­uli­er est non moins révéla­teur. Quel que soit le sup­port ou le genre lit­téraire, le marol­lien sert le plus sou­vent une trans­po­si­tion par­o­dique. Même le théâtre Toone n’échappe pas à cette ten­dance, puisqu’il utilise les grands suc­cès du réper­toire. Un con­trat de lec­ture ou de com­mu­ni­ca­tion implicite s’impose ici : l’auteur affiche sa maîtrise des codes du texte pre­mier et sa capac­ité de le met­tre à dis­tance, et, de la même manière, le lecteur ou le spec­ta­teur est sup­posé con­naître l’original pour pou­voir appréci­er l’imitation. L’horizon d’attente s’inscrit néces­saire­ment dans une cul­ture partagée, et non dans la décou­verte d’une véri­ta­ble mar­gin­al­ité.

On serait donc ten­té de voir, en con­clu­sion, dans ces usages du marol­lien lit­téraire une réal­ité plus idéologique que lin­guis­tique[19]. Com­pa­ra­ble aux ves­tiges de la vieille ville de Brux­elles que les autorités com­mu­nales se sont effor­cées de sauve­g­arder à la fin du XIXe siè­cle dans un esprit qui n’était pas sans rap­pel­er celui d’un Vio­l­let-le-Duc, l’argot local sem­ble avoir été un signe iden­ti­taire avant tout. Il a per­mis à une par­tie de la bour­geoisie brux­el­loise, surtout fran­coph­o­ne et libérale, de se con­tem­pler dans le miroir d’une mix­ité essen­tielle, liant les deux com­mu­nautés lin­guis­tiques du pays, le monde latin et le monde ger­manique, déposi­taire priv­ilégié d’un mon­u­ment lin­guis­tique mythique. Aidée en cela par les immi­grés français qui l’ont val­orisée pour sa valeur exo­tique, cette bour­geoisie a inven­té une langue dans laque­lle elle pou­vait recon­naître sa dif­férence, et donc son apport à l’identité nationale. Une his­toire très actuelle, en somme.

Paul Aron


[1] Voir par exem­ple : Denise François, « La lit­téra­ture en argot et l’ar­got dans la lit­téra­ture », Com­mu­ni­ca­tion et lan­gages, n°27, 1975, p. 5–27.
[2] La grande étude de ce dialecte demeure la thèse de  Hugo Baetens Beardsmore, Le Français région­al de Brux­elles, Brux­elles, Press­es uni­ver­si­taires de Brux­elles, 1971, qui con­sacre aus­si un chapitre aux man­i­fes­ta­tions lit­téraires du brux­el­lois.
[3] L’ouvrage a fait l’objet d’une tra­duc­tion en russe et en alle­mand (Die Mys­te­rien von Brüs­sel, Deutsch bear­beit­et von Lud­wig Hauff, [und] E. Zoller, Stuttgart, Franckh, 1846–1847, 3 t. en 2 vol). Incom­plet à la KBR, il est con­servé aux Archives de la Ville de Brux­elles. L’exemplaire disponible sur Google a été très mal numérisé et il est lacu­naire. Une numéri­sa­tion cor­recte est con­sultable sur le site de la dig­ithèque de l’ULB (http://digitheque.ulb.ac.be/fr/les-documents-numerises/index.html).
[4] Charles De Coster, La Légende et les aven­tures héroïques, joyeuses et glo­rieuses d’U­len­spiegel et de Lamme Goedzak au pays de Flan­dres et ailleurs, Paris, Librairie Inter­na­tionale, 1869, p. 196.
[5] Voir Car­lene A. Adam­son, « Boz as Tutor : The Recep­tion of Dick­ens in Fran­coph­o­ne Bel­gium », in The Recep­tion of Charles Dick­ens in Europe, Michael Holling­ton (ed.), Blooms­bury Aca­d­e­m­ic, 2013, p. 259–271.
[6] Voir la notice de Fran­cis Sar­to­rius dans Nou­velle Biogra­phie nationale, t. 2, p. 242–245.
[7] Noël Tis­serand était le pseu­do­nyme de Léon Weber (1828–1899), fils de bonne famille, qui avait fondé une petite feuille auto­graphiée, Le Messie (1851–1854), mem­bre du cer­cle des Joyeux et ami de Féli­cien Rops. Il fut un des col­lab­o­ra­teurs les plus spir­ituels de L’Uylenspiegel, revue fondée en 1856 par Féli­cien Rops (1833–1898), et un défenseur déter­miné du jeune libéral­isme. Il n’avait rien d’un mar­gin­al : c’était un haut fonc­tion­naire  de la Banque nationale ! (voir Fran­cis Sar­to­rius, « Notes à pro­pos de l’Uylenspiegel. Le « Jour­nal des ébats » et ses col­lab­o­ra­teurs (1856–1863) », in Rops-De Coster, une jeunesse à l’Université libre de Brux­elles, Brux­elles, Cahiers du GRAM, sd., p. 144–145.)
[8] Le Marol­lien, œuvres com­plètes de Coco Lulu recueil­lies par Vic­tor Lefèvre, Brux­elles, Hen­ri Manceaux, 1871.
[9] Voir : « L’au­then­tique Bazoef, alias Léopold Pels », Pourquoi Pas ?, 7 mars 1912 ain­si que la notice sur la famille Pels dans le Dic­tio­n­naire biographique des juifs de Bel­gique : fig­ures du judaïsme belge XIXe-XXe siè­cles, ss la dir. de Jean-Philippe Schreiber, Brux­elles, De Boeck, 2002. Je remer­cie Gilbert Stevens pour ces références et quelques autres.
[10] Franz Ser­vais, Sou­venirs de mon vieux Brux­elles, Brux­elles, Canon, 1965–1967.
[11] Il était rédac­teur en chef du Matin d’Anvers. Voir : La Dernière Heure, 27 avril 1923 ; Jen­ny-Adèle-Car­o­line Lan­doy, Rham­sès II, Liège Pro Arte, 1964.
[12] Une brève nécrolo­gie dans Le Rad­i­cal du 5 sep­tem­bre 1882, p. 3 pré­cise qu’il a achevé sa car­rière comme régis­seur général des Folies-Bergères à l’âge de 61 ans.
[13] Voir Lionel Renieu, His­toire des théâtres de Brux­elles, depuis leur orig­ine jusqu’à ce jour, Paris, Duchartre & Van Buggen­houdt, 1928, p. 636–640, et l’ouvrage bien doc­u­men­té d’Andrée Longcheval et Luc Hon­orez, Toone et les mar­i­on­nettes tra­di­tion­nelles de Brux­elles, Brux­elles, Paul Legrain, 1984, p. 23–29.
[14] Renieu, op. cit., p. 638.
[15] Lucien Solvay, La mare aux grenouilles, trente ans d’avant-guerre, Brux­elles, Office de pub­lic­ité, 1924, p. 198, cité par Pierre Van Den Dun­gen, « De la gai­eté fron­deuse à la nos­tal­gie : aux orig­ines d’un Brux­elles qui brux­elles (xixe-xxe siè­cles) », dans Serge Jau­main (dir.) et al., Vivre en ville : Brux­elles et Mon­tréal au xixe-xxe siè­cles, Brux­elles, PIE Peter Lang, 2006, p. 33.
[16] Auto­bi­ogra­phie parue dans Le Pourquoi pas ? en 1911, citée par Georges Gar­nir, Sou­venirs d’un revuiste, Brux­elles, Press­es de l’Expansion belge, sd.
[17] « Esther Del­tenre, racon­tée par elle-même », Pourquoi pas ?, n° 94, 1er févri­er 1912, p. 657–658.
[18] Inter­view dans Le Soir, 13 jan­vi­er 1925.
[19] Dans son analyse de la « zwanze » (op.cit.), l’historien Pierre van den Dun­gen aboutit à des con­clu­sions très sim­i­laires à celles-ci. Je ne peux que recom­man­der la lec­ture de son arti­cle à qui s’intéresse au sujet.


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°186 (avril — juin 2015)