Ces vies disparues qui nous échappent

Isabelle SPAAK, Une allure folle, Équa­teurs, 2016, 187 p., 17 €/ePub : 12.99 €

« Finie la vie. Il n’en reste plus. On pour­ra seule­ment, si on le veut absol­u­ment, en faire l’histoire. »

Hen­ri Michaux, La Vie dans les plis

Éditions des Équateurs - UNE ALLURE FOLLE - Isabelle SpaakLa cita­tion d’Henri Michaux mise en exer­gue au début du roman donne le ton. Une allure folle nous plonge dans un réc­it où la nar­ra­trice se lance sur les traces  impré­cis­es et floues de deux fig­ures féminines : sa mère et sa grand-mère. Une nar­ra­trice qui est  finale­ment à  sa pro­pre recherche avec les vides et les doutes que la démarche sup­pose.

Le réc­it fait revivre avec charme, de manière par­cel­laire, mais étince­lante,  des épo­ques et des gens désor­mais dis­parus. Des mon­des, des mon­dan­ités, une guerre mon­di­ale, des class­es et des réal­ités sociales, des archi­tec­tures… Une his­toire qui entraîne le lecteur de Brux­elles à Rochefort en pas­sant de la France à l’Italie. Un roman fort et beau dans les décors qu’il pro­pose, notam­ment dans son évo­ca­tion d’une bour­geoise belge du début du siè­cle ou du con­flit 40–45 et ses suites, la manière dont il a été vécu par cer­tains en Bel­gique, actes de résis­tance, chas­se aux sor­cières, ques­tion royale… Des épo­ques qui changent et des fig­ures qui les tra­versent comme Mathilde et Anny, la grand-mère et la mère. Fig­ures si dif­férentes et si sem­blables, bal­lot­tées entre flam­boy­ance et chaos intérieur, qui finis­sent par mourir à quelques semaines d’intervalle et dont les por­traits à peine esquis­sé nous échap­pent déjà…

Lau­rence GHIGNY