Petit Louis deviendra grand

Louis ESCOUFLAIRE, D’un sim­ple regard, Mem­o­ry, coll. « Jeunes auteurs », 2014, 82 p., 13 €/ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87413–238‑4

escouflaire_hammami« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. » Dix-huit non plus d’ailleurs. Louis Escou­flaire, né en 1996, ne déroge pas à la règle rim­bal­di­enne, et ses audaces, son humour, son énergie créa­trice, il les com­mu­nique via la lit­téra­ture.

Ce jeune Athois est le pre­mier lau­réat dis­tin­gué par le Prix de la Fon­da­tion Lau­re Nobels, qui vise des auteurs belges entre 14 et 23 ans, et désire « intro­duire l’œuvre sur le marché de la lit­téra­ture, selon toutes les normes en vigueur dans le monde du livre ». Eh bien, si chaque édi­tion annuelle de cette très louable ini­tia­tive nous révèle des plumes d’une qual­ité équiv­a­lente à celle de Louis Escou­flaire, l’apport en sang neuf est garan­ti à nos Let­tres !

Certes, le style doit encore s’affirmer et s’enrichir notam­ment sur le plan lex­i­cal. Mais, une fois ce péché véniel passé, le recueil D’un sim­ple regard s’avère un bon­heur de lec­ture. Le démar­rage sur les cha­peaux de roue s’opère en côte, dès la pre­mière nou­velle. La belle idée qu’ont eue Alexan­dre et le gang auquel il s’est aco­quiné, de maquiller en taxi le véhicule util­isé pour leur braquage ! Alex poireaute donc, car­reau bais­sé, à quelques enca­blures de la banque, quand s’engouffre à l’arrière de la voiture une femme affolée. S’il ne s’agissait encore que d’une hys­térique, le pseu­do-chauf­feur pour­rait la débar­quer et lui préfér­er la prise en charge de ses potes, que voici d’ailleurs sor­tant de l’établissement. Seul couac : la pas­sagère, enceinte, est prise de con­trac­tions suite au choc du hold-up. L’heure du choix a son­né pour le sous-fifre Alex, qui plante là com­pars­es et butin, et appuie sur le champignon, direc­tion l’hosto…

Qu’il fasse par­ler la pho­to d’un mari décédé obser­vant sa famille depuis son sous-verre, qu’il prête voix aux pro­tag­o­nistes d’un duel en bled tex­an, qu’il s’infiltre dans la con­science d’un habitué du bar « Le Pur­ga­toire » ou dans celle d’un apa­tride, Louis Escou­flaire se joue du con­cept d’identité et déploie un imag­i­naire des plus orig­in­aux, mât­iné d’une ironie sub­tile. Et que dire d’« Ozy­man­dias », qui clôt l’ensemble, sinon que c’est une excel­lente fable sur le vice suprême qu’est la soif de pou­voir ?

Si vous oubliez le nom Louis Escou­flaire, ce n’est pas grave. Il va bien­tôt réap­pa­raître, en plus grand encore. Les paris sont ouverts.

Samia Ham­ma­mi