La vérité dans la nuit

Michel ZUMKIR

lowie

Avec Chara­bia, Patrick Lowie con­tin­ue d’inventorier (inven­ter) les travaux lit­téraires de Marceau Ivréa, artiste lan­gagi­er et graphique dont il aurait décou­vert, dans les archives du Palais de jus­tice de Brux­elles, plus de six milles pages man­u­scrites.

Depuis 2013, il en pub­lie (écrit) des extraits sous le titre générique de Chroniques de Mapuetos. Dans ce qua­trième vol­ume (por­tant le numéro 3), il nous pro­pose une nou­velle facette de cette œuvre pro­téi­forme et infinie. Non plus une let­tre débor­dante et amal­gamée de rêves, d’anec­dotes, d’in­sultes et de pro­jets (Amaroli Mira­coli) ni un dis­cours amoureux fielleux (Mar­rakech, désamour) ou un texte glis­sant ses vers dans ceux d’un chef‑d’œuvre biblique (Le Can­tique des Can­tiques, d’après Salomon) mais un court recueil de poèmes en prose. Des poèmes qui ne sont pas écrits en chara­bia comme le titre sem­ble l’indiquer (à moins que le chara­bia ne soit le sabir des chats) mais plutôt dans une langue qui retient le sens, main­tient la nuit en plein jour, l’éveil en plein som­meil – à moins que ce ne soit l’inverse. Une langue qui ne cesse de nous défi­er de ses incon­gruités et de ses para­dox­es. Qui, tout d’abord, nous laisse croire à notre vic­toire sur les écarts poé­tiques puis nous fait com­pren­dre qu’ils sont irré­ductibles. Qu’il faut en tir­er ver­tige, jouis­sance, mélan­col­ie et leçon :

percevoir que ce n’est pas la nuit noire qui nous affronte mais l’immense vérité qui s’y est cachée.

La vérité trou­ble, trem­blée, trem­blante de l’amour, encore et tou­jours. Et celle de l’existence humaine née du vide, trouée par lui, et des­tinée à y retourn­er, sans que les mots dressés en bar­rage ne puis­sent l’en empêch­er.

À ces textes où l’on croise des chats, des hommes qui se trans­for­ment en félin, des mou­ve­ments de danse et des amours évanouies ou imag­i­naires, s’ajoutent cinq dessins que Patrick Lowie attribue à l’écrivain, bien qu’ils ne soient pas signés, comme il le pré­cise dans l’introduction de cette édi­tion. Il les aurait fait restau­r­er par Pas­cal François, pein­tre, dessi­na­teur et sculp­teur avi­gnon­nais qui, est-il néces­saire de le pré­cis­er, en est le réel maître d’œuvre. Ces cro­quis noir et blanc, proches de sa série Noirs élixirs, nous présen­tent quelques aspects de Mapuetos, la ville imag­i­naire de cet épisode des Chroniques. Non-fig­u­rat­ifs, sym­bol­iques, ils n’enlèvent aucun mys­tère à la cité vol­canique, au con­traire, ils la ren­dent plus intri­g­ante encore.

Patrick LOWIE, Chara­bia. Suivi de cro­quis attribués à Marceau Ivréa et restau­rés par Pas­cal François, Les chroniques de Mapuetos 3, P.A.T édi­tions, 11 €. La ver­sion numérique peut être lue et téléchargée sur le site http://www.e‑pat.net.

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