Entre rebondissements et répétitions

Otto GANZ, Mille gouttes rebondis­sent sur une vit­re. Chœurs, L’Arbre à paroles, coll. « P.O.M », 2015.

C’est dans la très belle col­lec­tion « P.O.M. », Poésie ouverte sur le monde, et son très recon­naiss­able for­mat car­ré, qu’est paru le dernier texte d’Otto Ganz, Mille gouttes rebondis­sent sur une vit­re.

Un recueil qui étonne d’emblée par sa rigueur formelle, notam­ment dans la répéti­tion de la sen­tence latine « Vivat vivat sem­per vivat ». Deux vers répéti­tifs qui appor­tent du rythme au texte. De courte fac­ture – à peine 64 pages – l’ouvrage s’ouvre par ces quelques vers d’annonce  :

À ceux

et aux autres

amants hommes

pous­sières

poètes avérés

cadavérés menteurs

bon­i­menteurs

tal­entueux

impul­sifs et allongés

en tra­vers de ma vie

pour renaître à l’Orient

je n’oublie pas

qu’ils mâchent ma mémoire

D’emblée, on con­state que la poé­tique d’Ot­to Ganz priv­ilégie une  écri­t­ure plus libre, proche de la prose. Et quel est, du reste, le con­tenu poé­tique de ce recueil au titre sur­prenant ? Le poète – ou du moins sa poésie – se prend au jeu du sou­venir et s’interroge sur le monde qui l’entoure.

Chaque stro­phe – de douze ou treize vers – s’enchaine sans chercher volon­taire­ment les rimes ou les fig­ures poé­tiques. La poétic­ité du recueil se pro­duit davan­tage dans la con­fronta­tion des idées, des images qui nais­sent dans ces évo­ca­tions. Par­mi celles-ci revient régulière­ment la fig­ure de l’amant, par cette anaphore « Un homme que j’ai aimé », fil rouge du recueil :

Un homme que j’ai aimé

rejouait sa vie

tous les matins

et un seul soir

le moment est venu

annonça-t-il

invi­tant à quit­ter

sans oubli­er le guide

ne cher­chant plus

d’issue qui

ne con­ti­enne

son pro­pre égare­ment

à choisir une direc­tion

On ne s’en cache pas : la lec­ture de ce recueil est agréable. Peut-être aurait-on aimé plus d’originalité dans le con­tenu du pro­pos, qui revis­ite des thé­ma­tiques con­nues avec des formes par­fois déjà lues. Mais Mille gouttes rebondis­sent sur une vit­re développe une poésie qui se veut mod­erne et mod­erne, incon­testable­ment Otto Ganz le restera.

Pri­maëlle VERTENOEIL