Photos d’enfances

Chris­tine VAN ACKER, Ceux que nous sommes, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2016, 147 p., 14 €

van-ackerNous auri­ons pu inti­t­uler cet arti­cle « His­toires de retombances », en nous inspi­rant du néol­o­gisme que Chris­tine Van Ack­er a créé pour qual­i­fi­er la démarche de son nou­veau livre, Ceux que nous sommes, pub­lié aux édi­tions Weyrich.

À tra­vers de très courts réc­its qui sont comme autant d’instantanés, Chris­tine Van Ack­er nous pro­pose de feuil­leter une sorte d’albums de famille et nous invite à « tomber en enfance », à retrou­ver des évo­ca­tions de cet âge d’or qui tou­jours nous suit et nous pour­suit, même quand on le fuit. En fil­igrane, elle reprend la ques­tion de Ray­mond Carv­er : « À un cer­tain âge ou dans les moments impor­tants de sa vie, la ques­tion, quand on se regarde dans la glace, c’est : est-ce que j’ai trahi ou aban­don­né l’enfant que j’étais ? ».

On notera que le titre du livre est Ceux que nous sommes et pas Ceux que nous étions, une manière de rap­pel­er que tou­jours som­meille en nous l’enfant que nous fûmes. Comme l’un des per­son­nages s’y adonne par le dessin, l’auteure nous pro­pose donc « une machine à remon­ter le temps ». Nous décou­vrons Lucie face à l’orage, Antoine, arsouille par­mi les arsouilles, qui s’initie à l’écriture, Ari­ane face aux  araignées, Gabrielle l’inachevée, Lau­ra et son prénom pluriel, le rit­uel des rel­e­vailles avec la nais­sance de Mar­cel, les poux de Marie sans époux, les « appa­rais­sances » de Jimi­ni Crick­et, Madeleine, la grand-mère, face à Madeleine, la petite-fille, car ce livre qui croise les épo­ques est aus­si intergénéra­tionnel. Si Chris­tine Van Ack­er met en avant les ques­tion­nements de l’enfance, par exem­ple lorsque Louisa se demande si son petit frère Simon a été acheté en grande sur­face, elle n’en oublie pas pour autant les adultes : Gilbert, l’enfant soli­taire, l’homme céli­bataire pour qui les mômes sont un vrai casse-tête, Dominique, « l’homme à femmes qui est aus­si un homme à enfants », Papy­dou et son clown ou encore le moine qui a emporté un reste d’enfance dans sa vie monas­tique.

Tout cela est racon­té avec sim­plic­ité, tant dans les images, les évo­ca­tions que dans les raison­nements, avec au pas­sage des for­mules qui font mouche comme « L’enfant est sat­is­faite de se voir réussie en une si belle grand-mère », « L’avantage, avec les enfants des autres, c’est que tu peux les ren­dre », « elle passe d’un sujet décousu à un autre, sans fil appar­ent, dans une sorte de haute cou­ture du sens », « là où les mots qui sor­tent de nos bouch­es ont encore l’air de vouloir dire quelque chose », « la vie est bien autre chose que la quête de l’emploi, cet impos­teur trav­es­ti en valeur absolue » et, puis, cette dernière qui pour­rait être la morale de ce livre : « À quoi ser­vent les par­ents, si ce n’est à aider leurs  enfants à ouvrir les portes de l’invisible ? ». For­mule qui, soit dit au pas­sage, pour­rait s’appliquer à la lit­téra­ture.

Michel Tor­rekens